L’actualité parlementaire demeure dominée par les récents débats à l’Assemblée nationale sur notamment le dossier Bundu dia Kongo autour duquel le député Richard Muyej, président du PPRD Katanga, émet des remarques d’une incontestable pertinence.

Le député national Richard Muyej Mangeze Mans, président du Comité provincial/Katanga du Parti du Peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), a profité de l’actuel temps de recul après les chaudes séances de l’Assemblée nationale consacrées dernièrement au dossier Bundu dia Kongo comme à celui de l’alternative d’écartement pour incompétence du Premier ministre Antoine Gizenga, pour donner un autre son de cloche qui mérite de retenir l’attention sur ces sujets caractéristiques des turbulences politiques de l’heure dans le pays.
S’agissant de l’affaire Bundu dia Kongo et la déplorable tragédie qu’elle a provoquée dans la province du Bas-Congo, le leader katangais n’hésite pas à soutenir que « Si nécessaire, clame-t-il, une enquête judiciaire soit prévue pour approfondir le dossier ». Par ailleurs il est apparu en appendice au traitement de cette crise du Bas-Congo un climat de suspicion entre les institutions du pays, ce pour lequel le député Muyej en appelle à un nécessaire surpassement des considérations de la part des animateurs des dites institutions, afin qu’ils préservent l’harmonie dans leur collaboration pour l’intérêt de la bonne marche des affaires du pays.
Quant à l’alternative envisagée par un député de l’opposition à l’Assemblée nationale d’un changement à la tête du gouvernement après constat d’incompétence de l’actuel chef de l’exécutif, M. Muyej émet des réserves sur le bien-fondé de la démarche qui risque de ne comporter, estime-t-il, que des « préjugés négatifs » sur des personnes, alors que le problème qui se pose est plus complexe dans la mesure où n’est en cause que le décisif enjeu du rapide démarrage des cinq chantiers sur lesquels est misé le devenir de la Nation. Voici les propos de cet important commentaire politique du leader du Pprd/Katanga.
Honorable député Richard Muyej, les récents débats à l’Assemblée nationale ont été focalisés sur l’affaire Bundu dia Kongo quia fait palpiter votre hémicycle à l’occasion de la question orale avec débat adressée au ministre de l’Intérieur, Décentralisation et Sécurité par votre collègue Kiakwama Kia Kiziki. A votre avis, le traitementt de cette grave affaire était-il celui approprié et que la situation recommandait ?
Il s’agit effectivement d’une grave affaire. C’est véritablement une crise. Il importe aux institutions de la République de se liguer pour apporter des solutions durables à cette affaire. La population du Bas-Congo a besoin de la paix. Le chef de l’Etat ne voudrait pas parler de la paix sans qu’une seule région ne se retrouve dans le même contexte. Son souhait est qu’on reconstruise le Congo ensemble et dans la paix. Si l’Assemblée nationale s’est penchée de manière durable sur ce dossier, c’est pour montrer toute l’importance qu’elle lui accorde.
J’ai personnellement condamné les attitudes négatives qui tendent à troubler la paix et à déstabiliser l’ordre public ainsi que le fonctionnement de la République dans cette partie du pays. Il est donc tout à fait normal que le gouvernement agisse pour rétablir l’ordre public et restaurer l’autorité de l’Etat. Quant à l’importance de moyens utilisés, il m’est difficile d’évaluer le problème d’autant plus que je n’ai pas tous les arguments s’y rapportant. Je ne sais pas non plus évaluer l’ampleur des manifestations décriées à l’hémicycle.
Si je dois faire confiance au rapport du ministre d’Etat chargé de l’Intérieur, je crois que la police s’est retrouvée dans des conditions où elle devait absolument réagir avec vigueur pour mettre fin à ce désordre.
S’agissant des dérapages, dans un camp comme dans un autre, nous voudrions que le rapport du ministre d’Etat chargé de l’Intérieur, Décentralisation et Sécurité mais aussi les rapports de différents parlementaires cités comme témoins puissent donner davantage de lumière pour que les sanctions soient prises de manière équitable. Et si nécessaire, qu’une enquête judiciaire soit prévue pour approfondir le dossier.
Pour vous, votre pair député Ne Muanda Nsemi a-t-il une responsabilité directe ou indirecte dans les malheureux événements du Bas-Congo ?
A en croire le rapport du ministre d’Etat qui a engagé le gouvernement, Ne Muanda Nsemi a une responsabilité dans cette affaire. Je crois qu’il est important qu’il cesse de s’afficher comme leader d’une force négative. Il est important qu’il puisse se raviser et se comporter dignement surtout qu’il a reçu mandat du peuple pour le représenter au niveau de l’Assemblée nationale ; un cadre adéquat pour porter très haut les revendications du peuple Ne Kongo.

Je ne crois pas que les méthodes qu’il utilise soient conformes à la démocratie. Il faut qu’il change de méthode et d’attitude et qu’il défende son peuple de manière digne. Si chaque province laissait naître ou émerger un Ne Muanda Nsemi, je crois que ce pays deviendrait ingouvernable.
Au regard du déroulement des débats et de la manière dont l’Assemblée nationale a abordé le dossier, peut-on dire que la Chambre basse a bien joué son rôle ?
Tout à fait. Nous sommes en démocratie. Il fallait laisser les gens s’exprimer. J’admire la procédure adoptée par le président de l’Assemblée nationale. Il nous a laissé suivre le rapport du gouvernement. Il a donné la possibilité au collègue Ne Muanda Nsemi de se défendre même si dans sa défense il a, à mon avis, encore une fois dérapé. Il a manqué d’égard à l’endroit des animateurs de différentes institutions, y compris nous-mêmes députés. Je crois que Ne Muanda Nsemi constitue réellement un cas et il faut qu’on s’y penche sérieusement.
Vous avez suivi le déroulement des débats. Les députés se sont exprimés qui pour, qui contre. Il y en a qui avaient des arguments objectifs. Beaucoup se sont alignés par pur sentiment. Je regrette que plus de quarante ans après l’indépendance les gens réfléchissent encore tribu, région ou province. C’est dommage. Je regrette que les gens refusent de regarder la vérité en face pour ne prendre position que par rapport à la couleur de la personne qui parle.
Je crois que cela est très dangereux pour l’avenir de la démocratie, surtout pour le processus que le chef de l’Etat a initié pour forger une nation congolaise forte…
Y a-t-il des pistes de solution à préconiser pour que ce dossier puisse être réglé de manière à rencontrer à la fois les intérêts du gouvernement central, de la province du Bas-Congo et du mouvement BDK par rapport à la restauration de l’autorité de l’Etat, de la paix, de la stabilité et de la concorde dans la province du Bas-Congo ainsi qu’aux exigences d’un Etat républicain, de la justice et des droits de l’homme ?
Je vous renvoie aux cinq recommandations que l’Assemblée nationale avait formulées à l’époque et envoyées au gouvernement. Des recommandations qui, malheureusement, sont restées lettre morte. J’adhère aussi totalement aux résolutions tout récemment publiées à travers le compte rendu de la réunion du gouvernement qui s’est tenue à Matadi. Mais, j’émets le vœu de voir le gouvernement passer dans la phase d’application parce qu’on avait déjà eu l’occasion de suivre de très belles résolutions, mais au niveau de l’application on a soit pataugé soit créé de nouveaux prétextes pour ne pas déclencher tout ce processus de changement.
Je crois que la province du Bas-Congo, comme toute autre province du pays, a besoin de l’attention du gouvernement. L’autorité de l’Etat doit être rétablie partout ; et dans nos entités à la base, nos dirigeants doivent agir avec fermeté pour que la mentalité change et que l’esprit évolue.
Comme les deux chefs des deux chambres du Parlement l’avaient signifié dans leurs respectifs discours d’ouverture de la session ordinaire actuelle, le président de l’Assemblée nationale est revenu sur le manque d’harmonie entre les institutions du pays, notamment entre le gouvernement de la République et l’Assemblée nationale, faisant de cette dernière, selon lui, une simple chambre de résonance du gouvernement. Partagez-vous cet avis ?
Le président de l’Assemblée nationale fait beaucoup d’effort pour crédibiliser l’institution qui est la nôtre. Très souvent, il fait des suggestions très constructives. Mais, il est parfois très mal compris. J’aimerais qu’à travers les réunions interinstitutionnelles tous ces problèmes soient débattus de manière très sincère et que les différentes dispositions qui sont arrêtées soient respectées pour le fonctionnement harmonieux de toutes les institutions de la République.
MMC-Le Potentiel
Last edited: 05/04/2008 14:31:16