L’Assemblée nationale a évité le pire dans l’affaire Bundu dia Kongo sans sacrifier les deux principaux antagonistes, les ci-devant ministre d’Etat Denis Kalume et le chef spirituel de la secte en cause, le député national Zacharie badiengila, alias Ne Muanda Nsemi.

Plus de peur que de mal ! Ce sentiment est partagé par bon nombre de compatriotes qui craignaient de voir le débat sur le dossier Bundu dia Kongo consacrer, soit l’invalidation de Ne Muanda Nsemi de son mandat de député national, soit la démission du ministre Denis Kalume du gouvernement. Grâce à la sagesse du président du bureau de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, l’affaire s’est terminée par un match nul, comme diraient les sportifs.
A l’issue: de trois plénières très chaudes dont deux consacrées aux interventions des députes et une aux réponses du ministre et à la conclusion de l’interpellateur, plusieurs recommandations ont été faites au gouvernement. La principale concerne l’organisation d’une table ronde dans le Bas-Congo.
Pour éviter l’effet de contamination, parce que les problèmes posés par le BDK sont les mêmes partout à travers le pays, la représentation nationale a préconisé la tenue des tables rondes économiques dans toutes les provinces.
Autre recommandation : les députés invitent le gouvernement à prévenir les événements plutôt qu’à les subir. En cas de l’ordre public perturbé, l’exécutif devrait éviter tout dérapage dans l’action de maintien par les forces de l’ordre et forces armées. Il lui est aussi demandé de lancer une campagne de sensibilisation en vue de convaincre les adeptes de BDK qui sont encore cachés en forêt de regagner leurs milieux habituels et cela sous la sécurité du gouvernement, etc.
Au chef spirituel de BDK la plénière a exigé de clarifier le statut de son mouvement en réintroduisant une nouvelle demande d’agrément. Il lui faut dire clairement s’il s’agit d’un parti politique, d’un mouvement culturel ou d’une église.
Ne Muanda Nsemi doit recenser ses jeunes adeptes désoeuvrés et les mettre à la disposition du gouvernement pour qu’ils soient intégrés dans le service national et autres métiers à même de les occuper, etc.
Kamerhe sapeur-pompier
Justifiant pourquoi son institution n’a pas voulu prendre des recommandations ou résolutions extrêmes, après avoir fait adopter presque à l’unanimité les propositions du bureau, le président de l’Assemblée nationale a évoqué deux raisons.
Premièrement, «nous sommes une jeune démocratie qu’il faut sauvegarder ». Il y a nécessité d’éviter tout ce qui est de nature à envenimer davantage la situation, au risque de provoquer beaucoup plus de violence avec un bilan plus lourd que celui qu’on déplore à ce jour.
Deuxièmement, Vital Kamerhe a indiqué que la procédure de levée de l’immunité parlementaire étant très lourde et compliquée, son bureau n’a enregistré aucune demande dans le sens.
Denis Kalume pour la déchéance de Nsemi
Les députés ont suivi le ministre d’Etat en charge le l’Intérieur, Décentralisation et sécurité dans ses réponses à leurs préoccupations levées dans l’affaire de BDK. S’agissant des 222 questions lui posées, Denis Kalume les a recoupées en une centaine de réponses.
De manière générale, le ministre d’Etat a rejeté en bloc les accusations portées contre lui par le chef spirituel de Bundu dia Kongo.
Il a justifié l’intervention des forces de l’ordre ayant causé la mort d’homme par le fait que les policiers s’étaient retrouvés en face des kamikazes, suicidaires à base de croyance religieuse et mystique.
Il a fait savoir pour le cas d’espèce que l’UPL, qui était en 1ère ligne, a utilisé des armes non létales et la PIR en 2é échelon, est intervenue avec des armes d’autodéfense et d’appui aux unités anti-émeutes.
Le ministre d’Etat a plaidé pour la levée de l’immunité de Ne Muanda Nsemi pour qu’il réponde de ses actes devant la justice, au cas où son implication serait prouvée en tant qu’auteur intellectuel,
G. Kiakawaama: « Denis Kalume est dangereux pour l’avenir démocratique de la RDC »
Clôturant sa question orale avec débat adressée au ministre d’Etat à l’Intérieur, Gilbert Kiakwama kia Kiziki n’a épargné personne dans le drame du peuple Kongo.
Pour l’auteur de l’interpellation, l’échec dans cette escalade incombe à tous: l’élite Kongo, le pouvoir provincial du Bas-Congo, l’opposition provinciale, le gouvernement central et sa majorité parlementaire, l’opposition nationale, le ministre d’Etat à l’Intérieur, la Monuc et la communauté internationale. En résumé, il ne partage pas les idées et certaines méthodes de Ne Muanda Nsemi sur la question des revendications du peuple Kongo. S’il est d’accord avec lui sur la forme, il est totalement opposé au leader de BDK sur le fond. Il a reproché l’arrogance, l’intolérance, la prétention de croire qu’il est le seul à détenir la vérité, etc. Au passif du ministre d’Etat, Kiakwama a épinglé l’arbitraire, l’injustice, la bavure, la répression aveugle, etc.
(Milor) Dom/Le Phare
Last edited: 01/04/2008 15:26:35