L’atterrissage en douceur à l’Assemblée nationale de l’affaire Bundu dia Kongo avec envoi dos à dos et du chef de la secte mise en cause et du ministre de l’Intérieur reproché pour la répression qualifiée de disproportionnelle des insurgés laisse planer des interrogations aux inquiétantes inconnues.

L’actualité nationale reste dominée par la crise de la secte Bundu dia Kongo à la base des récents incidents déplorés dans la province côtière du Bas-Congo. L’attention générale a été focalisée quatre jours durant sur le traitement de ce dossier à l’Assemblée nationale à l’occasion des séances que la Chambre basse du Parlement a consacrées à la question orale avec débat posée par le député national Gibert Kiakuama au ministre d’Etat en charge de l’Intérieur, Décentralisation et Sécurité, sur la manière dont a été gérée la crise concernée par le pouvoir.
Les longues séances de ce plénières étaient marquées par les pétillantes interventions des différents orateurs montés à la tribune de l’Assemblée nationale, que ce soit les principaux ténors concernés dans le débat, ou que ce soit tous les autres députés qui se sont succédés pour donner les positions de leurs groupes, ou même les avis présentés comme des considérations personnelles sur le dossier.
Il y eut d’abord et naturellement l’auteur de la question orale, le député Gilbert Likuama, ensuite le ministre d’Etat Denis Kalume, puis le député national et leader de la secte en cause, et finalement le grand arbitre Vital Kamerhe ainsi que les nombreux et différents représentants des groupes parlementaires. Le spectacle était saisissant et les déclarations des uns et des autres ont édifié plus d’un sur les graves tenants et aboutissants du dossier examiné.
Quid du précepte « Dura lex, sed lex ! »
Le ministre d’Etat Denis Kalume, en tant que principal responsable convié à expliquer le traitement que le pouvoir a appliqué sur les incidents, a plaidé sur le rétablissement de l’ordre public par les forces policières contraintes de réprimer les actes de rébellion posés par les adeptes de la secte Bundu dia Kongo dans plusieurs localités du Bas-Congo. Justifier une répression policière ne pouvait être une aubaine facile. Il faut être un Denis Kalume déjà habitué à l’exercice pour présenter sans état d’âme des opérations policières pas toujours innocentes. On avait tellement reproché la disproportion des forces déployées devant des miliciens non armés, surtout au regard du nombre tout aussi disproportionné des victimes dans le camp des adeptes de la secte par rapport à la moins d’une poignée de mains de forces de police fauchées !
Le ministre Denis Kalume en représentant de l’exécutant de la loi ne pouvait qu’invoquer que le rôle ingrat de cette application de la loi. Dura lex, sed lex ! A sa place, pouvait-il agir autrement ? La critique en cette matière est facile, mais que faire dans les circonstances de la chaude entreprise de terrain ? L’intervention musclée de la Police nationale par fut justifié par l’entremise de volumineux dossiers d’accablantes preuves de compromission des adeptes mis en cause. Mais pour bon nombre de députés, le lourd bilan des pertes humaines dans le camp de Bundu dia Kongo ne permettait pas d’indulgence pour les forces de l’ordre déployées. Les rares députés qui ont soutenu la « Dura lex, sed lex » en préconisant même de sévères sanctions à l’encontre du leader de la secte n’ont pu déployer l’argumentaire qu’il fallait.
Par ailleurs, le leader de Bundu dia Kongo qui eut le privilège de présenter sa défense au haut de la même tribune s’adonna avec tout le loisir de plaider sa cause en touchant la corde sensible de l’auditoire et, par-delà, le grand public des auditeurs et des téléspectateurs suivant la retransmission en directe des séances. L’intervention du député Ne Muanda Nsemi accapara beaucoup plus l’attention que sa mise en cause par le ministre Kalume. Le leader de Bundu dia Kongo qui eut la partie plus facile de plaider son innocence et celle de sa secte alla plus loin en accablant les autorités de l’ordre avec des accusations qui firent trembler, lorsque, par exemple, le député Ne Muanda Nsemi se permettra de révéler tout un complot de coup d’Etat militaire en cours d’être tramé !
Les sentiments ont pris le dessus au point de dérouter la froide analyse de la situation. Dès lors l’issue redoutée de la levée d’immunité suspendue sur la tête du député chef de secte par ses pairs de l’Assemblée nationale, afin de permettre de traduire Ne Muanda Nsemi devant les instances judiciaires fut mise en ballottage. L’arbitre président de l’Assemblée nationale invoquera la complexité de la procédure de cette alternative de levée d’immunité parlementaire. Bien plus que cela, il sera conseillé au chef de file de la secte de régulariser le dossier d’agrément de son organisation, une manière si on pouvait en douter de contourner la mesure prise par le gouvernement d’annuler l’agrément sous lequel Bundu dia Kongo justifiait jusqu’à présent ses activités.

En contrepartie, l’Assemblée nationale a formulé 17 recommandations au gouvernement pour l’inviter à prévenir dans le futur ce qui a été considéré presque de débordement malheureux de la répression policière dans les incidents du Bas-Congo. Ainsi le député national et chef de la secte mise en cause a été déclaré intouchable de par son mandat d’immunité parlementaire et le gouvernement perdait la face devant la crise qu’il lui a été reconnu d’avoir jugulé maladroitement !
Ainsi, ce n’est pas dans un exercice de sapeur-pompier que s’est évertuée l’Assemblée nationale mais plutôt dans un jeu d’équilibriste. Reste à savoir si le dossier appelait cette sorte de traitement de prestidigitation qui éblouit sans doute, mais qui laisse tellement de questions sans réponses et même déroute les esprits. C’est comme Alexandre le grand ne sachant dénouer le nœud gordien qui lui fut soumis résolut tout simplement de le trancher par son épée. Ce fut sans doute une trouvaille éblouissante, mais le conquérant Alexandre y avait démontré l’impatience à rechercher les véritables voies de solution des problèmes des peuples de l’empire qu’il cherchait à bâtir. Et ce fut peu à peu l’écroulement dudit empire !
Il y a de quoi s’interloquer devant l’inconnue de réarmement encouragée par l’Assemblée nationale de l’organisation Bundu dia Kongo, alors que l’organe exécutif présidé par le Chef de l’Etat avait tranché par la mesure de retrait de l’agrément de la secte aux facettes imprécises et à la base de la déplorable crise. La perte de la face de l’exécutif dans le traitement opéré par l’Assemblée nationale est lourde de conséquences. La sorte de blanchiment des activités de Bundu dia Kongo et de son leader peut mener plus tard à de fâcheux équivoques et précédents.
La préservation de l’ordre public dont la compétence est dévolue à l’organe exécutif n’est pas une mince responsabilité. Celle-ci procède autant de l’imposition de la loi que de la dissuasion du désordre. Si ceux qui font la loi arrivent par souci de contrôle de l’application de cette loi à l’édulcorer avec des tempérances de sa force, alors est battu le précepte romain de « Dura lex, sed lex ».
Un précédent sous le gouverneur colonial Ryckmans en 1944 !
Le cas des velléités insurrectionnelles de Bundu dia Kongo n’est pas le premier dans l’histoire même du Congo. Le pouvoir colonial belge avait eu à faire face à son temps au même genre de contestation comme par hasard d’un identique mouvement de frustration déclenchée par des populations Kongo avec noyau parti toujours du foyer des « Manianga ». A l’époque, en 1944, en plein effort de guerre de la colonie, les frustrés avaient paralysé le port de Matadi en bloquant la voie ferrée dont ils avaient arraché des traverses dans le dernier tunnel. Le gouverneur Ryckmans avait ordonné un vigoureux rétablissement de l’ordre, au prix d’énormes pertes de vies humaines. On démantela le réseau insurrectionnel et l’on procéda à un nettoyage avec déportation des têtes de file dans leurs localités d’origine jusqu’en territoire alors sous colonisation portugaise. La situation avait été rétablie ainsi.
Il est vrai que l’ère de la démocratie ne peut tolérer de telles sévères mesures, mais l’on ne doit pas pour autant flétrir la rigueur de l’ordre public pour lequel tous les pouvoirs ont toujours été traités parfois de cruels depuis les temps immémoriaux. Ce ne sont pas seulement les Romains qui auront été les maîtres de la fermeté, mais même les maîtres penseurs de la trempe d’un Goethe qui clamait qu’il préférait l’injustice au désordre ! C’est dire qu’il est capital d’éviter de fâcheux précédent avec ceux qui jouent au feu sur la place publique.
MMC
Last edited: 31/03/2008 17:01:31