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« Morale et politique », c’est le thème choisi par Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, Archevêque de Kinshasa et président de la Conférence épiscopale du Congo (Cenco), pour marquer l’ouverture du deuxième atelier des acteurs politiques catholiques, organisé du 28 au 30 mars au Centre catholique Béthanie de la Gombe. Le prélat catholique n’est pas allé par quatre chemins pour décrire les grands maux qui rongent la société congo­laise. De même, il s’est interrogé sur le sens de l’action publique. Car, selon lui, « les pouvoirs publics n’ont de sens que si leur action assure le bien commun de la société (…). C’est dire que les pouvoirs publics qui ne se soucieraient pas du bien commun ou qui se contente­raient de s’occuper des affaires privées des gouvernants est un pouvoir sans objet, un pouvoir irresponsable, un pouvoir politique inutile, car il est une contradiction dans les termes ».

Mgr Monsengwo s’insurge donc con­tre une perte, à l’échelle nationale, des valeurs, celles sur lesquelles les dirigeants politiques devaient s’ap­puyer pour faire le bonheur du peuple congolais. Constat du prélat : la RDC a perdu ce qu’elle a de plus pré­cieux, sa dignité fondée sur un certain nombre de va­leurs. « Ces valeurs de société (…) constituent un socle susceptible de porter un Etat de droit pluraliste. Pour avoir oublié ces valeurs d’excellence, la société congo­laise est actuellement aux prises avec des anti-valeurs innommables ».

Face à ce tableau sombre, Mgr Monsengwo appelle les acteurs politiques congolais – catholiques en premier – de s’élever pour sauver la Nation qui se meurt, pense-t-il. « Un sursaut national est nécessaire », lance l’archevêque de Kinshasa. C’est sur ce sursaut collectif que se cache, estime le prélat, l’avenir du pays. La refondation de la Nation congolaise passe également par là.

Conférence d’ouverture du Deuxième atelier national des acteurs politiques catholiques

0.0. Introduction

0.1. Je suis heureux de saluer, au nom de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et au mien propre, les participants au pré­sent congrès destiné à traiter du thème de « Morale et politique », thème aussi intéressant qu’utile et opportun : intéressant, parce qu’il permet de clarifier certaines notions fondamentales en théologie, en phi­losophie et dans la doctrine sociale de l’Eglise ; utile parce que suscep­tible d’aider nos hommes politiques chrétiens à intérioriser leur respon­sabilité devant Dieu dans la gestion de la chose politique ; opportun en­fin, eu égard à son incidence prati­que dans la quête de l’Etat de droit en ce début de la Troisième Répu­blique.

0.2. Je remercie les organisateurs de ce congrès pour m’avoir fait la joie et le plaisir de m’adresser à cette auguste assemblée, à qui je souhaite plein succès dans ses travaux.

0.3. Mon propos émettra rapide­ment quelques considérations sur le thème sons examen pour les ver­ser dans le débat.

1.0. La morale

1.1. Les saintes Ecritures nous en­seignent que Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance. Il les créa homme et femme (cfr Gn 1,26-27). L’examen du texte mon­tre d’emblée que Dieu a créé l’homme comme un être sociable.

1.2. Ils sont homme et femme pour assurer la pérennité du genre humain, c’est-a-dire pour perpétuer l’œuvre créatrice de Dieu, en ce qui concerne l’humanité. « Soyez féconds, multipliez, emplis­sez la terre » (Gn 1,28), dit le Sei­gneur.

1.3. Ils sont homme et femme aussi pour vivre ensemble et constituer le noyau de base sinon le modèle de la société : « C’est pour­quoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et il deviendront une seule chair » (Gn 2,24).

1.4. Mais la création de l’homme à l’image de Dieu et à sa ressemblance comporte une caractéristi­que qui différencie l’homme de la bête. L’image et la ressemblance de Dieu font de l’homme un être doué d’intelligence (orthoslogos - droite raison) et de volonté (Liberté - libre arbitre). Par sa volonté, l’être hu­main choisit librement et non par déterminisme ce que son Intelli­gence lui présente comme étant bon. De ce fait, Dieu a créé l’homme capable de discernement entre le bien et le mal.

1.5. Pour que ce discernement soit possible, Dieu a mis au cœur de l’homme une loi, la loi naturelle (Rom 1,18-23), qu’il ne faut pas confondre avec la loi de la nature. Celle-ci est la loi selon laquelle les créatures sont régies conformé­ment à leur nature particulière. Le discernement entre le bien et le mal est opéré par la conscience, qui de ce fait, si elle est correctement informée et éclairée, est la dernière instance et norme de décision pour l’homme.

1.6. Mais parler de discernement entre le bien et le mal, de liberté, de loi et de libre arbitre, c’est affirmer du coup qu’il existe des critères de moralité, c’est-à-dire des principes qui définissent le bien et le mal. Par voie de conséquence, c’est affirmer  que l’homme est un être mo­ral, dont les actes libres et volontai­res, suivant leur nature, sont bons, mauvais ou indifférents, conformément à la loi, le principe ou la norme de référence.

1.7. Aucun acte humain de la per­sonne, i.e. acte libre et volontaire et des lois responsables, ne peut échapper à la moralité. Tout acte humain est moral ; il ne s’agit pas d’une question de « règle du jeu », mais de la loi qui détermine la bonté ou la malice d’un acte, d’une activité ; lorsque cette loi est tirée de la divine révélation (théologie), on parle de préférence de « morale ». Lorsqu’elle provient de la raison (philosophie), on parle d’éthique. Par ailleurs la morale implique un ensemble de normes universelles qui concernent tout l’agir humain tan­dis que l’éthique se réfère souvent à des normes sectorielles, la déontologie.

2.0. Politique

2.1. La dimension politique de l’homme découle précisément de sa nature sociable mentionnée ci-avant. La politique (de polis, la cité) est l’art noble de gérer la chose publique (Res Publica). Le Con­cile Vatican II l’appelle un art, pour signifier que la gestion de la cité ne se fait pas au petit bonheur, elle a des règles et suppose une expertise et certaines qualités et charismes nécessaires à sa réussite. Cet art est noble, parce qu’il a pour objet le bien commun et qu’elle implique un coefficient élevé de vertus.

2.2. On ne peut donc parler de politique que s’il existe une commu­nauté humaine plus étendue que le noyau familial. La politique (de polis, cité) a pour objet la vie publique des hommes. Elle entraîne avec soi les concepts d’autorité et de pou­voir public qui, eux-mêmes, déri­vent des deux caractéristiques de l’homme que sont la liberté et la droite raison. Parce que l’homme est doué d’intelligence et de liberté et que, dès lors, une pensée et une vision plurielles des fins des défis et des enjeux de l’action politique sont légitimes, il est nécessaire qu’une force supérieure, une autorité morale, puisse canaliser les énergies de tous (tes) vers la poursuite du bien commun sinon la commu­nauté des hommes verserait dans l’anarchie (cfr Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, n. 393).

2.3. Le pouvoir public n’a de sens que si son action assure le bien commun de la société, c’est-à-dire l’ensemble des conditions qui per­mettent à chaque membre de la communauté d’accéder à un développement intégral qui dépasse ses efforts personnels. C’est dire qu’un pouvoir public qui ne se soucierait pas du bien commun ou qui se con­tenterait de s’occuper des affaires privées des gouvernants est un pouvoir sans objet, un pouvoir irresponsable, un pouvoir politique inutile, car il est une contradiction dans les termes. On ne peut « faire de la politique » sans gérer la chose pu­blique au bénéfice du peuple, de qui les gouvernants détiennent le pou­voir dans un Etat de droit. « La com­munauté politique trouve dans la référence au peuple sa dimension authentique » (Compendium, n. 365).

2.4. Tels sont les principes de la doc­trine sociale de l’Eglise, dans la vie publique. La dignité de la personne humaine, le bien commun, la desti­nation universelle des biens de la terre, la subsidiarité, la solidarité, en vue d’une croissance commune des hommes. Tout cela est articulé autour des quatre piliers de toute communauté politique la vérité, la liberté, la justice et la chanté.

3.0. Conclusion : morale et politique

3.1. Les considérations émises jus­qu’à présent nous permettent de mieux saisir les rapports existant entre politique et morale. Une pre­mière évidence est que la politique n’échappe pas à la morale, étant constituée d’un ensemble d’actions dont dépend la vie de la commu­nauté, l’homme politique accomplit des actes humains, volontaires et responsables dont la malice ou la bonté sont évidentes au regard de la loi naturelle et de la loi morale.

3.2. Une deuxième évidence est que les acteurs politiques répondent de leurs actes non seulement devant le peuple de qui ils reçoivent immé­diatement le mandat, mais aussi et surtout devant le créateur des hom­mes et par ricochet de la société. En effet, « la communauté politique découle de la nature des person­nes, dont la conscience leur révèle et leur enjoint de respecter l’ordre inscrit par Dieu dans toutes ses créatures, un ordre moral et reli­gieux qui, plus que toute valeur ma­térielle, influe sur les orientations et les solutions à donner aux problèmes de la vie individuelle et sociale, à l’intérieur des communautés nationales et dans leurs rapports mutuels » (Compendium, n. 384).

3.3. Enfin, il faut affirmer que la loi positive, y compris la loi suprême ou Constitution, tire véritablement sa force contraignante de la loi naturelle et de la loi divine, révélée en Jésus Christ. Lorsqu’elle s’en écarte, la loi positive des nations ris­que d’être arbitraire et donner lieu au droit de résister et à l’abjection de conscience. Le chrétien engagé en politique doit donc lutter par les voies du droit, pour que la vie poli­tique promeuve les valeurs humai­nes et culturelles authentiques, afin de faciliter dans la société la prati­que de la vertu. A ce propos, l’on a un peu vite oublié que le peuple con­golais a opté pour un corps de va­leurs cohérent pendant la Confé­rence nationale souveraine (CNS). Un peuple sans mémoire risque d’être un peuple sans histoire, parce qu’un peuple sans essences histori­ques.

3.4. Ces valeurs de société de la CNS constituent un socle suscep­tible de porter un Etat de droit plu­raliste. Pour avoir oublié ces va­leurs d’excellence, la société con­golaise est actuellement aux prises avec des anti-valeurs innommables. Un sursaut national est nécessaire.

Je confie ces réflexions à vos débats et délibérations, tandis que je souhaite plein succès à vos travaux.

Je déclare ouverts les tra­vaux du 2ème atelier national des hommes politiques catholiques.

L. MONSENGWO PASINYA, Archevêque de Kinshasa, Président de la CENCO

(Yes)

Le Potentiel

Last edited: 29/03/2008 15:59:28

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