L’avantage de l’institution­nalisation du dialogue permettra d’éviter le recours à la force dis­proportionnée, certes, mais sur­tout de ne pas pousser les frus­trés dans la clandestinité. En fait, Bundu dia Kongo, quels que soient ses excès, demeure une réalité sociologiquement avec des conséquences politiques. Sanc­tionner et réprimer cette secte sans des mesures incitatives vi­sant un retour des choses à la normale serait une grosse erreur politique. Car, il y a des millions de personnes qui croient en Bundu dia Kongo en République démocratique du Congo.

Son idéologie est susceptible d’attein­dre des pays voisins ou d’autres millions de personnes peuvent y adhérer. Or, si ce mouvement verse dans la clandestinité, avec nos frontières poreuses, il sera difficile en ces instants pour le gouvernement congolais de le contrôler. En fait de la force « mystique » de ces mouve­ments politico-religieux, c’est qu’ils disposent d’une force de pénétration indiscutable dans les milieux défavorisés, marqués par une pauvreté extrême. Leurs discours passent facilement et les mouvements connaissent une fulgurante ascension dès lors que des milliers de personnes trou­vent en ce mouvement un refuge, un espoir pour résoudre leurs pro­blèmes sociaux.

A titre d’illustra­tion, le cas d’Algérie, avec le Front islamiste du salut, FIS. Dans leurs investigations, les analystes se sont attardés sur la percée du mouvement islamiste en Algérie et ont souligné justement cette dimension de la précarité de la situation sociale qui a permis au FIS de devenir une « force politique redoutable », il y a de cela quelques années. C’est dire que le gouver­nement congolais devra absolu­ment trouver des réponses à cer­taines revendications, surtout d’ordre social, soulevées par Bundu dia Kongo.

La seule chose que le gouvernement de­vra préserver, c’est l’unité natio­nale et mettre tout en œuvre pour ne pas ouvrir des brèches à quelques illuminés qui s’appuieront sur la xénophobie, l’exclu­sion à la base de la guerre des « clans » afin de satisfaire leurs ambitions égoïstes.

Au demeurant, l’Affaire Bundu dia Kongo mérite qu’on aille au fond des choses. Pas de réactions épidermiques qui n’ont jamais apporté de solution dura­ble à un problème donné.

(Ern.)

Le Potentiel