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Réagissant à la position du Conseil de sécurité exigeant le désarmement immédiat des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) et les autres groupes armés rwandais présents en Rdc, le professeur Philippe Biyoya Makutu, salue l’implication dans ce dossier de cette structure des Nations unies en charge de la paix dans le monde. En effet, note t-il, le Conseil de sécurité con­sidère ces forces comme un danger, une menace à la paix et à la stabilité, tant en RD Congo, dans la région des Grands Lacs que dans le monde. Aussi aimerait-il voir la Mission des Nations unies au Congo (Monuc) user de sa force, au cas où les diffé­rents groupes armés rwandais opposeraient de la résistance. Ci-dessous l’intégralité de cette in­terview.

Le Conseil de sécurité vient d’adopter une résolution sur les Forces démocratiques pour La libération du Rwanda (FDLR). Quelle analyse fai­tes-vous de cette résolution ? Dans un premier temps, on doit constater qu’il y a’eu évolution dans la gestion de ce dossier. « Parce que, jusqu’ici, c’est géné­ralement à la République démo­cratique du Congo qu’on deman­dait d’aider à ce désarmement. Mais, maintenant, c’est le Con­seil de sécurité qui s’implique. Je crois que c’est positif. Ces gens­ là ne sont ni sous le contrôle du gouvernement congolais ni sous celui du gouvernement rwandais. C’est un groupe autonome qui est dangereux pour La sécurité dans la région.

Mais il y a d’autres groupes armés rwandais qui opèrent dans cette partie de l’Est de la RDC. C’est un peu flou. De quels groupes s’agit-il ?

Il semble qu’il y a beaucoup de groupes criminels d’aventuriers, tels que les Rasta qui coexiste­raient avec les FDLR, les Interahamwe, etc. Il ne s’agit pas de présences régulières dans les mouvements officiels des armées rwandaises. Mais des bandes armées composées de ressortis­sants rwandais qui seraient en vadrouille en territoire congolais.

Vous voulez dire que le Rwanda ou l’armée rwandaise n’a aucune influence sur ces groupes-là ?

Du point de vue du Conseil de sécurité et d’après leurs sources, notamment, semble-t-il, l’interna­tional Crisis group, le Rwanda n’aurait plus d’influence parce qu’en fait, ce pays pourrait avoir de l’influence sur des groupes armés congolais qui agiraient contre le gouvernement de la RDC. Mais, pour les groupes rwandais opérant en RD.Congo, le Rwanda semble n’avoir pas d’influence sur eux.

Vous savez que, depuis très longtemps, le Rwanda nie la présence de ses troupes en RDC. Et dernièrement la Mission des Nations unies au Congo (Monuc) a, elle aussi, nié l’existence de ces troupes sur le sol congolais, alors qu’on les voit à Goma, à Rutshuru, etc.

C’est une question à poser aux vérificateurs qui, malheureusement n’existent plus. Présente­ment. Il n’y a que la Monuc, qui est sur le terrain, qui peut nous répondre. Sans oublier nos forces armées, également sur le ter­rain, et qui peuvent nous rensei­gner sur la présence de l’armée régulière rwandaise sur le sol congolais. Vous voyez qu’ici, le Conseil de sécurité nous de­mande d’agir dans le sens du Communiqué de Nairobi dans lequel les gouvernements rwan­dais et congolais se sont mis d’accord pour coopérer ensem­ble dans le rétablissement de la paix de la confiance et de la sé­curité dans la région. Ce qui sup­pose, en fait, que les armées rwandaises ne devaient pas être présentes sur le territoire congolais.

C’est curieux ! Laurent Nkunda a des troupes. On n’en fait pas allusion ... Pour­quoi ne demande-t-on pas à Nkunda ce que l’on exige des FDLR ?

Les processus sont séparés. Pour Nkunda, il y a eu conférence à Goma à l’issue de laquelle il est devenu partenaire du gouverne­ment congolais dans le rétablis­sement de la paix à l’Est de la République. Et il y a un proces­sus initié à Goma avec le Pro­gramme Amani. Donc, c’est un processus interne au Congo. Ici, l’on s’adresse plutôt à une situa­tion qui est régionale, internatio­nale. En fait, une présence mili­taire rwandaise non régulière qui est considérée par le Rwanda comme criminelle. Et le Conseil de sécurité considère aussi cela comme un danger, une menace à la paix et à la stabilité. Aussi bien en RDC, dans la région des Grands Lacs que dans le monde. Et, à ce titre, agissant comme or­gane qui doit gérer la paix, le Conseil de sécurité a décidé qu’on s’occupe de ces étrangers qui perturbent la paix dans la ré­gion.

A propos du retour de tous ces Hutu rwandais dans leur pays, Paul Kagame va-t-il ac­cepter qu’ils y retournent facilement ?

Le Conseil de sécurité demande au Congo et au Rwanda d’exé­cuter la lettre et l’esprit du Com­muniqué de Nairobi, de coopé­rer clairement pour le rapatrie­ment volontaire de tous ces gens ­là. La difficulté réside dans la question de savoir si le Rwanda va les recevoir. Mais cela ne doit pas être notre problème. C’est la Communauté internationale qui devrait s’en préoccuper parce qu’ils ne doivent pas devenir les apatrides. Ce qui deviendrait un problème du droit international. Notre problème est de les voir partir.

Mais ce que nous ne souhaitons pas, c’est de voir cette Communauté recourir au désar­mement forcé. Parce que, si ces gens n’obtempèrent pas, d’ici de­main, la Monuc et l’armée congolaise seront obligées, une fois de plus, de faire parler les armes. Alors, on verra ce que ça va don­ner. En tout cas, s’ils font preuve de résistance, il y aura guerre dans la région, avec le retour des Rwandais sur notre territoire. Cela risque encore de nous créer des problèmes dans notre fierté et notre dignité nationales.

Il ne faut pas perdre de vue que la RDC est sous em­bargo. D’un côté, elle ne peut s’acheter des armes. De l’autre, on demande à la Monuc et au Congo de chas­ser les FDLR et autres Interahamwe, s’ils parvien­nent à résister, on va le faire avec quels moyens armés? C’est la Monuc qui devrait se convertir en force de paix, en force de guerre en forçant la main à ces Rwandais de rentrer. Nous, on n’a pas de logistique, alors que la Mission onusienne en a suffisamment.

(Ern.)

Le Potentiel

Last edited: 18/03/2008 13:25:29

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