Finies les vacances. Les activités parlementaires vont reprendre leur cours normal ce samedi 15 mars 2008 dans l’hémicycle du Palais du peuple avec la rentrée parlementaire.

Une rentrée parlementaire qui s’annonce riche en rebondissements politiques tant des points importants, d’actualité brûlante figurent déjà à l’ordre du jour. Affaire Bundu dia Kongo, amnistie, dérapage monétaire, magistrature, désignation du porte-parole de l’Opposition, et nous en passons. Autant des questions nationales aux implications politiques, économiques, juridiques et sociales incontestables. Ce samedi 15 mars 2008 pourrait devenir une « date historique ». Certes, elle marque la rentrée parlementaire pour la session ordinaire du mois de mars. Mais elle promet d’imprimer une nouvelle impulsion au processus de l’évolution politique tant il est vrai que plusieurs points qui font l’actualité nationale, doivent être gérés avec plus de compétence politique.
Au fait, jamais les parlementaires n’ont été placés devant leurs responsabilités historiques. Ils rentrent des vacances durant lesquelles ils ont palpé du doigt les réalités politiques, économiques et sociales de notre pays. Après une année d’un enfantement difficile d’une législature née des cendres d’une guerre complexe, les députés et sénateurs sont interpellés et soumis à cette obligation morale, mais surtout électorale de mériter de la confiance placée en eux par leurs électeurs.
C’est-à-dire, juger sans complaisance l’action de l’Exécutif qui ne bénéficie plus de la période de grâce dans le but de créer un environnement national propice à la convivialité et à un développement durable; éditer des lois impersonnelles susceptibles de renforcer l’arsenal juridique propice à un Etat de droit pour sortir des voies sinueuses et tortueuses; examiner et ratifier des accords bilatéraux et multilatéraux visant à créer un espace de coopération serein en vue de doter l’Etat des moyens de sa politique dans cette perspective d’un développement harmonieux qui sous-tend toute promotion humaine.
Les plates-formes parlementaires à rude épreuve
Il est entendu que pour faire la différence avec les autres sessions parlementaires les députés et sénateurs doivent se résoudre à faire preuve de haute responsabilité politique ce afin d’honorer leur mandat. Les « points chauds » qui pourront même bousculer le calendrier de la Session ont un caractère national. Tenez.
De la Loi portant organisation et fonctionnement du Conseil supérieur de la Magistrature en deuxième lecture au Sénat, dépend l’indépendance de l’institution « Cours et tribunaux », l’un des piliers importants d’un Etat de droit. Si les interférences politiques influent sur le comportement des sénateurs au regard des calculs politiciens, ce serait une entorse à l’édification d’un Etat de droit. On aura fait le lit à un régime totalitaire.
A l’examen de la loi sur l’Amnistie proposée par le gouvernement découlent toutes les mesures visant à créer un environnement national propice à une convivialité indispensable à l’éclosion des valeurs. Quant à l’Affaire Bundu dia Kongo, cette question repose sur le respect des textes et lois du pays, des institutions de la République pour raffermir l’autorité de l’Etat, et bien sûr le respect des libertés individuelles et associatives. Quant à la désignation du porte-parole de l’Opposition, elle s’inscrit dans cette logique de maintenir cet équilibre politique nécessaire entre le pouvoir et l’Opposition. Ce point n’est rien d’autre qu’un test de maturité politique que l’on doit reconnaître à la classe politique.
Tous ces points chauds ont un dénominateur commun: l’action du gouvernement déjà entamé par le dernier dérapage monétaire. Il faudrait que les députés et sénateurs examinent toutes ces questions en toute célérité, lucidité, sans passion ni complaisance.
Evidemment, cela ne pourrait se faire sans casse tant l’intérêt national est enjeu. Maintenant, il faut juger le discours électoral, proposer des alternatives courageuses pour une nouvelle dynamique dans la gestion des institutions nationales « cette pilule amère », a dit un confrère pour que l’on guérisse. Il faut casser des œufs pour faire des omelettes, en quittant justement ce sentier de la complaisance sur fond de calculs politiciens, de ce laxisme qui conduit à un suicide collectif. Le moment est venu de briser l’immobilisme, de faire face aux défis de la réconciliation nationale, de l’unité nationale, de la bonne gestion doublée d’une vision clairvoyante, du rétablissement de l’autorité de l’Etat.
Il ne fait l’ombre d’aucun doute que l’AMP et l’UN sont mises à rude épreuve. D’un côté, il faut honorer le discours électoral, reconnaître des insuffisances relevées au cours de cette première année et se faire violence en prenant des décisions courageuses qui ne visent qu’à honorer des engagements pris vis-à-vis des électeurs. Pour y parvenir, il faut rénover, briser cet obscurantisme découlant d’un clientélisme abject source des réseaux maffieux à la base des frustrations, de l’incapacité, de l’incompétence et de la médiocrité. Faire une autre lecture, serait pousser l’AMP à perdre la majorité parlementaire pour une cohabitation qui ne serait pas du tout la moins agitée.
De l’autre, le grand test qui attend l’Union pour la Nation est la désignation du Porte-parole de l’Opposition. Un test de maturité pour ne pas tomber dans le même piège qui guette cette majorité otage d’un clientélisme désuet que nous venons de dénoncer.
L’atomisation de cette opposition n’est pas à exclure devant cette hypothèse qui ne ferait pas du tout mal à la majorité. De bonne guerre, elle en tirerait le bénéfice de « gouverner seul sans partage ». Il n’y aura donc point cet équilibre tant souhaité dans toute démocratie.
Une prise de conscience
Selon les premières investigations, de nombreux parlementaires sont déterminés à bien jouer leur rôle. Ils refusent, toutes les tendances confondues, à être complices de ce laxisme, de cet immobilisme qui risquent de précipiter le pays dans le gouffre.
L’absence de l’Etat, ce leadership fort au sommet qui fait encore défaut, est ressentie par la communauté nationale. L’Affaire Bundu dia Kongo, les incidents de Lubumbashi, la guerre au Nord-Kivu, les insolences des groupes armés, l’administration d’une bonne partie du territoire national par des Rwandais, FDLR, soient-ils, sont des choses inadmissibles. Des défis lancés à un pays et qui ne visent qu’à l’humilier, à consacrer son inexistence en tant que Nation et Etat. Pas étonnant que les partenaires extérieurs en soient inquiets et se montrent de plus en plus dubitatifs de croire à une réelle volonté politique de la renaissance de la République démocratique du Congo. Ils ne se le cachent plus. Les parlementaires le savent mieux que nous.
Il y a là des éclaircies d’une réelle prise de conscience. La rentrée parlementaire qui marque également la rentrée politique s’ouvre sous ce signe. Espoir peut-être d’un changement réel qui ne doit plus s’arrêter aux effets d’annonce. La tension est bel et bien perceptible.
(Ern.)
Le Potentiel
Last edited: 15/03/2008 13:39:52