Face à la crainte de voir les députés provinciaux du Sud-Kivu, prochainement appelés à élire le gouverneur successeur de Cibalonza, récidiver leur scandaleux vote sans état d’âme des sénatoriales, le ministre et responsable Amp au Sud-Kivu Crispin Mutuedu assure que les concernés se sont ressaisis dans un élan de loyauté pour soutenir le candidat de la famille politique.

Beaucoup d’interrogations et de craintes sont supputées dans l’opinion générale tant au Kivu, particulièrement à Bukavu, qu’à Kinshasa, autour du cas de l’élection prochaine du gouverneur du Sud-Kivu, le nouveau chef de l’administration provinciale appelé à succéder au gouverneur démissionnaire Cibalonza. Plus d’un observateur émet de sérieuses craintes de voir les députés provinciaux à majorité Amp (Alliance de la majorité présidentielle) concernés dans cette élection récidiver leur incroyable désaveu des candidats de leur regroupement politique lors des sénatoriales. L’opinion avait été ahurie en effet de constater que des députés majoritaires de la famille politique Amp, 35 sur le total de 36, aient voté des candidats sénateurs non sortis des rangs de leur coalition politique. On était allé jusqu’à qualifier de monstres politiques les députés provinciaux Amp auteurs de cette inqualifiable forfaiture !
Voici que se profile à l’horizon la perspective d’un nouveau scrutin qui engage encore les mêmes députés provinciaux avec l’élection cette fois du gouverneur de province. Les concernés vont-ils une fois de plus se comporter comme lors des fameuses sénatoriales ? Pour en avoir le cœur net, l’occasion fortuite de la présence dans la capitale d’un acteur politique clé du Sud-Kivu en la personne du ministre provincial des Mines, Energie et Hydrocarbure, M. Crispin Mutwedu, a été mise à profit pour en savoir plus auprès de lui sur le comportement des députés provinciaux Amp siégeant à l’Assemblée provinciale à Bukavu.
Problématique cristallisée autour de deux préoccupations
Le ministre provincial Crispin Mutwedu n’est pas un homme quelconque. Il est le président provincial Sud-Kivu du plus grand parti au sein de l’Amp. Il s’agit donc d’un leader sensé maîtriser la troupe des élus Amp, tout au moins ceux de sa formation politique déjà prépondérante dans la coalition. Il est arrivé à Kinshasa dans le cadre des 5èmes Journées minières organisées par la tutelle du gouvernement central. Les travaux de cette sorte d’Etats généraux des Mines en Rdc et auxquels le ministre provincial Mutwedu prend part avec des pairs venus d’autres horizons de la République en leur qualité de gestionnaire numéro 1 du secteur dans leurs provinces respectives vont courir du 12 au 15 mars.
Les problèmes des Mines ne sont pas concernés dans le dossier sous examen de l’enjeu de l’élection du gouverneur du Sud-Kivu. L’éclairage sollicité auprès du ministre provincial Mutwedu porte exclusivement sur cette élection. Deux principales questions cristallisent la problématique lui soumise, à savoir : Pourquoi le Sud-Kivu s’est-il offert en spectacle comme type de province ingouvernable ? L’Amp pourtant majoritaire à l’Assemblée provinciale n’est-elle pas en mesure de prendre la direction administrative du Sud-Kivu ?
M. Crispin Mutwadu a préféré prendre en première considération la deuxième préoccupation dont il a reconnu la situation. Ce n’est pas seulement à Kinshasa, mais aussi au Sud-Kivu, avoue-t-il, que l’opinion se pose la question du contrôle de cette province par ses élus provinciaux à majorité de la famille politique Amp. Il reconnaît que sur les 36 députés, 35 sont de l’Amp, tandis que le seul hors-groupe est celui membre des Forces du Futur. M. Mutwedu admet comme tout le monde que si ces électeurs majoritaires des sénateurs ont laissé passer des candidats qui n’étaient pas de leur famille politique, c’est qu’ils étaient corruptibles facilement.
Le ministre provincial des Mines du Sud-Kivu appelé à expliquer ce comportement s’est répandu dans une pertinente digression. « Le Sud-Kivu, déclare M. Mutwedu, est une province qui a souffert et qui souffre de crise de croissance démocratique sur le plan politique. Cette crise est perceptible dans le contexte purement politique, notamment dans la motion des députés provinciaux qui ont débouté le gouverneur pourtant lavé la Cour suprême de justice des récriminations portées contre lui. La haute instance judiciaire était arrivée même à recommander la réhabilitation du proscrit. Et par sérénité, le concerné a accepté de désister pour sauvegarder la paix. Comme l’a toujours fait le président Joseph Kabila qui accepte tout pour la paix.
Cibalonza avait donc jeté l’éponge face à la fronde des 24 signataires campés sur leur position de le défenestrer du gouvernorat du Sud-Kivu, en dépit des mérites à lui reconnaître d’avoir tout entrepris pour la sauvegarde de la paix ainsi que le témoignent ses actions dans la pacification de Kanyola, Ninja. En quelque sorte il avait atteint l’objectif qu’il s’était assigné pendant la campagne électorale de ne pas ménager ses efforts à la tête de la province pour liquider les foyers d’insécurité.
Crise de croissance
En fait de véritable reproche fait au gouverneur démissionnaire, avoue M. Mutwedu, je n’en trouve pas et ne puis même pas répondre sur cette question. Tout ce que je constate est que sur le plan politique, il y a la crise de croissance consécutive à tout le pourrissement du climat depuis la dictature jusqu’aux guerres auxquelles a été livrée la province. Parler brusquement démocratie au sortir de cette situation, c’est ouvrir une boîte à Pandore propulsant des ambitions diverses jusque là mal gérées. Tout le monde s’est mis à penser qu’il était seul capable de résoudre les problèmes et non l’autre.
Tout le monde a voulu être candidat aux plus hauts postes de commandement. Pour cela les cordes les plus sensibles devaient être touchées, en l’occurrence les sentiments tribaux et territoriaux avec des ambitions démesurées. Je place tout cela sous le signe de l’immaturité politique qui a, en fait, déstabilisé la province. Le mal a heureusement été perçue et maintenant place est faite au replâtrage. On revient les deux pieds sur terre, pour admettre que l’Amp n’a pas gagné les élections pour être dirigé, mais pour diriger. On ne doit pas accepter au Sud-Kivu la contradiction de voir le parti majoritaire exclu de l’exercice du pouvoir. Pendant qu’au pays l’Amp est aux commandes, il n’est pas admissible que le Sud-Kivu où la même Amp a la plus grande majorité présente le cas d’un électron libre, contrairement à ce qui se passe, par exemple, au Katanga avec le gouverneur Moïse Katumbi, à la Province Orientale avec son homologue Médard Autsai, au Kasaï Oriental avec Ngoy Kasandji, et j’en passe.
Je crois que dans le cas du Sud-Kivu, le comportement des députés provinciaux lors des sénatoriales a dénoté la fameuse crise de croissance démocratique que j’ai largement évoquée. Aujourd’hui la leçon a été comprise, nos députés ont évolué et réalisent qu’il faut à tout prix sauvegarder les acquis des élections en veillant à la loyauté au sein de la famille politique Amp. J’en veux pour la meilleure preuve leur renouvellement de confiance à laquelle ils s’étaient engagés devant le Chef de l’Etat, le leader du regroupement politique, et cela en marge de la conférence de Goma sur la paix au Kivu. Ils ont renouvelé le pacte de loyauté en promettant de soutenir le candidat gouverneur que l’Amp allait leur recommander. De la sorte ils récusent désormais l’image de monstrueux députés corruptibles et manipulables contre la ligne de conduite tracée par leur famille politique, comme ils l’avaient affiché aux sénatoriales. Foi de Mutwedi, je suis certain que cette fois nous sommes sur le bon chemin et que l’erreur de parcours commis par crise de croissance est révoquée à jamais ! ».
Arrière les tâtonnements du début !
De là à revenir sur la première préoccupation de la non gouvernabilité de la province du Sud-Kivu, M. Crispin Mutwedi a franchi le pas pour affirmer ce qui suit : « Je pense que dès lors que l’erreur du passé a été reconnue et qu’ils ont juré au Chef de l’Etat de rester désormais dans la loyauté, les députés provinciaux du Sud-Kivu ne vont plus dérailler. Faisons confiance qu’ils se comporteront de manière plus responsable. Ils tiennent mordicus à sauver la face en insistant sur leur détermination à accompagner leur leader en la personne du Chef de l’Etat dans l’accomplissement des objectifs fixés aux élections et pour lesquels ils ont combattu ensemble. Ces prédispositions sont autant d’assurances que les députés provinciaux veilleront à la bonne gouvernabilité du Sud-Kivu ».
Le point de chute des explications-plaidoirie du ministre provincial Mutwedu est encore plus significatif et édifiant. « Que l’opinion comprenne que chaque début comporte et est caractérisée par des tâtonnements. L’Assemblée provinciale du Sud-Kivu a pris la hauteur de la leçon de ses premiers faux pas pour évoluer aujourd’hui dans la croissance politique. Elle a compris son rôle, du fait qu’elle soit majoritaire Amp. Tous ses députés à l’exception du singleton minoritaire formulent le vœu de voir l’Amp arracher naturellement les commandes de la province et administrer celle-ci dans la ligne de la meilleure réalisation du plan d’action que s’est assigné la famille politique Amp ».
Le mot de la fin du ministre provincial Mutwedu tranche. « Avant les élections, l’opinion éprouve sans doute de la crainte, mais je peux la rassurer, parce que je crois que les députés suspectés ont pris de la hauteur, après leur faux pas aux sénatoriales. Il n’y a plus lieu de leur jeter des pierres. Ils ont compris que la survie de l’Amp et le pouvoir que l’alliance doit incarner dans leur province ne sont pas négociables, parce que la famille politique n’a pas gagné les élections pour accepter de se laisser diriger des outsiders. Leur promesse de loyauté faite au Chef de l’Etat à Goma est un ferme engagement de fidélité à l’Amp. Je crois que l’enjeu de l’élection prochaine du gouverneur du Sud-Kivu ne doit plus représenter une angoissante inconnue pour l’Amp ! ».
Daniel Nzuzi/MMC
Last edited: 13/03/2008 18:59:50