A quoi ressemble donc Kinshasa après une pluie diluvienne ? C’est l’enfer, les eaux stagnantes empêchent toute mobilité, et des chauffeurs et de la population. A chaque pluie, les têtes des érosions se multiplient et se dilatent.

Décidément, à Kinshasa, la pluie n’est pas toujours la bienvenue. Lorsque souffle le vent annonciateur, dans certains coins de la ville, ce sont les grincements des dents qui s’ensuivent. Avec anxiété, des familles habitant la périphérie ou encore dans des quartiers non urbanisés, guettent la tombée de la pluie. Beaucoup retiennent leur souffle. Les plus prévenants vont jusqu’à quitter momentanément leurs maisons parce que n’offrant pas les conditions sécuritaires requises. Dieu seul sait s’ils la retrouvent en état après le passage de la dame pluie ! Les plus malheureux sont ceux qui assistent impuissants à la razzia de leur maison par la pluie dévastatrice.
Celle-ci emporte tout au passage : porte, fenêtre, tôles, etc. C’est cela le lot quotidien des kinois dont beaucoup se sont établis sur des sites à risque rongés par des érosions à l’image de ceux habitant la ville haute. A chaque pluie, les têtes d’érosion se multiplient et se dilatent. La dernière pluie de lundi 04 mars dernier a donné la mesure de la folie dévastatrice dont est capable la pluie dans une ville où toutes les structures de canalisation laissées par les Belges ont cessé d’être fonctionnelles.
Pour la simple raison que les normes urbanistiques ne sont plus respectées. Les chasseurs d’espaces, que sont devenus les citoyens enclins à construire n’importe où et n’importe comment, ont littéralement détruit la ville. Poussant l’outrecuidance à l’extrême, certains n’ont pas hésité à ériger leurs maisons sur des voies de canalisation bouchées pour le besoin de la cause. A quoi ressemble donc Kinshasa après une pluie diluvienne ? La réponse s’impose, d’emblée : à l’enfer.
Les eaux de pluie stagnantes empêchent toute mobilité et des chauffeurs, et de la population. Les uns et les autres cherchent à se frayer un passage sur ces ruelles ou encore sur des avenues étroites non habilitées à recevoir un trafic intense, créant des embouteillages monstres. Avec des câbles à découvert qui quadrillent les artères de Kinshasa, au grand dam de la Snel, il devient suicidaire de se balader à Kinshasa après la pluie. Combien sont-ils morts après avoir empiété sur un fil électrique enfoui dans une marre d’eau ?
Outre les érosions qui empestent la ville haute, il faut compter aussi avec les inondations très fréquentes dans les quartiers riverains. Les habitants de Kinsuka-pécheur en savent quelque chose. Au décor apocalyptique, il faut ajouter également la désolation qu’entraînent des arbres plantés le long des artères ou à côté des maisons. Ces arbres déracinés à coup de vent finissent leur course sur des toitures ou sur des clôtures qu’ils détruisent sans coup férir au grand désenchantement des propriétaires.
A tout prendre, l’adage « après la pluie vient le beau temps » est loin de s’appliquer à Kinshasa. Bien au contraire, le passage de la pluie à Kinshasa entraîne désolation, affliction et consternation dans de nombreuses familles.
Là où le bas blesse, c’est de savoir que rien de concret n’a été fait, ni aucune disposition prise par l’autorité urbaine pour maîtriser les effets pervers qu’entraîne généralement la pluie. Dommage !
(Ern.)AD/Uhuru
Last edited: 11/03/2008 08:05:01