Le gouvernement préconise le dialogue avec toutes les parties concernées de loin ou de près dans les incidents du Bas-Congo pour dégager les solutions appropriées à la crise, et cela après avoir pris les précautions de contenir les affrontements survenus.

Les incidents de ces dernières semaines demeurent encore d’actualité. Le plus important est la situation préoccupante dans la province du Bas-Congo avec les incidents de Luozi. Autant le gouvernement affirme avoir maîtrisé la tempête et promis des poursuites judiciaires à l’endroit des fauteurs de troubles qui ont entraîné mort d’hommes et occasionné des dégâts matériels importants, autant il dit avoir initie le dialogue pour mieux pénétrer les causes profondes de toutes ces agitations. La démarche vise à aboutir à une solution durable afin d’éviter toute mauvaise interprétation et récupération.
L’heure est à la réflexion profonde au moment où la situation se calme dans la province du Bas-Congo. En effet, cette province a été secouée dernièrement par des accrochages meurtriers qui se sont produits à Luozi entre les adeptes de la secte politico-religieuse Bundu dia Kongo et les éléments de la Police. Le bilan officiel est de 22 morts et plusieurs blesses, en plus des dégâts matériels importants.
Les premières causes de ces incidents ont été évoquées et analysées parmi lesquelles on épingle l’absence de l’autorité de l’Etat et l’insoumission de la part des adeptes de Bundu dia Kongo. Une situation intolérable qui empêche le bon fonctionnement des institutions de la République. Aussi, a-t-il été demandé à l’Etat d’assumer ses responsabilités pendant qu’un appel au calme a été lancé aux adeptes de BDK pour qu’ils cessent tout comportement incivique qui défie l’autorité de l’Etat.
Mais au-delà, le moment est venu d’aller en profondeur et dégager des pistes de propositions encourageantes. Car, l’année passée, presqu’à la même période, une situation analogue s’était produite dans la ville de Matadi, toujours entre les éléments de Bundu dia Kongo et la Police, avec mort d’hommes. Qu’est-ce qui n’a pas marché pour que l’on revive les mêmes scènes d’horreur et d’incivisme douze mois plus tard ? Qu’est-ce que le gouvernement et les entités territoriales provinciales ont fait pour que la situation ne déborde à nouveau ?
Comparaison n’est pas raison, mais...
Ces interrogations sont pertinentes. Bien avant le drame du Bas-Congo, l’Ituri et le Nord-Kivu ont été en ébullition. Après plusieurs tentatives de régler ces crises par la voie militaire, les autorités nationales, soutenues par les partenaires extérieurs, se sont résolues de s’appuyer sur « la table ronde » ou « conférence sur la paix », c’est selon. Ce afin dégager des solutions porteuses d’espoir. Si les résultats demeurent encore mitigés, ces rencontres ont permis toutefois de dissiper quelques gros nuages sombres.

Serait-ce mode politique auquel il faudra recourir pour démêler les incidents du Bas-Congo ? Dans l’une de ses précédentes livraisons, Le Potentiel a répondu à cette interrogation en attirant l’attention de tout le monde sur le piège de la spirale de « tables rondes ». Jusqu’à preuve du contraire, il n’y a pas de comparaison possible pour autant que les guerres de l’Ituri et du Kivu ont des enjeux régionaux et internationaux. Que les commanditaires visent la balkanisation de la RDC pour contrôler les richesses congolaises, le tout sur fond d’un pouvoir de domination et expansionniste de la part des pays voisins.
Mais la situation au Bas-Congo tourne plus autour de certaines frustrations qui ne sont pas du tout insurmontables. bien qu’aux relents séparatistes et xénophobes. Elle est consécutive à une manipulation de plus en plus manifeste se fondant sur la naïveté et la misère de la population, allant jusqu’à braver l’autorité de l’Etat qui ne se fait pas sentir pour faire respecter les textes et les lois de la République.
Cependant, on ne peut s’empêcher de recourir au dialogue pour des solutions durables. De nombreux observateurs saluent la décision prise dernièrement par le gouvernement d’engager des poursuites judiciaires à l’endroit de tous les fauteurs de troubles ayant entraîné mort d’hommes et provoquer des dégâts matériels importants. Il faut donc appliquer la loi et faire respecter les textes. Aussi, la justice devra faire son travail en toute indépendance pour sanctionner tous les coupables ; qu’ils soient de Bundu dia Kongo ou des éléments de la police qui auraient prêché par manque de professionnalisme en tirant à balles réelles sur la population civile. La même justice devra évaluer la riposte si elle a été disproportionnée. Dans l’hypothèse d’un rapport positif, interpeller l’autorité responsable qui n’a pas su gérer la situation comme il se devait en portant atteinte à l’intégrité physique d’une population civile.
Mais parallèlement à cette action indispensable de la justice qui consiste au rétablissement de l’autorité de l’Etat, le dialogue doit être encourage. A ce stade, il importe de relayer l’action déjà entreprise par les chefs des confessions religieuses du Bas-Congo et le chef spirituel de Bundu dia Kongo. Doit également être associée à cette initiative l’autorité politico-administrative, la Société civile afin d’aller au fond du problème. Cette démarche, pas sur format Goma, doit être soutenue par les institutions provinciales et nationales, à savoir l’Assemblée provinciale, l’Assemblée nationale et le Sénat pour qu’à la fin, ce soient ces institutions, toujours dans cette optique du rétablissement de l’autorité de l’Etat, de s’approprier cette initiative.
L’objectif ici consiste à disposer des institutions fortes et dépersonnalisées, incarnations d’un pouvoir effectif.
Des inquiétudes à l’horizon
Le but de cette proposition s’inscrit dans cette volonté politique à manifester afin d’éviter toute mauvaise interprétation et récupération malencontreuse. En fait, il importe toujours de jeter un regard rétrospectif sur le passé dans la perspective d’en tirer les leçons utiles. Si comparaison n’est pas raison, il revient absolument au sommet de l’Etat de ne pas créer des opportunités susceptibles de permettre à quelques illumines de rendre la situation incontrôlable.
En effet, des inquiétudes sont de plus en plus perceptibles avec ce qui se passe au Congo-Brazzaville, autour du Pasteur Ntumi pour supposer vite à une possible connexion des actions. Mais aussi l’Enclave de Cabinda avec des éléments incontrôlés du FLEC en vue de perturber la paix et la sécurité dans cette partie de l’Afrique centrale. Ce sont là des hypothèses à ne pas exclure si la confusion devait persister dans cette partie de la province du Bas-Congo.
Voilà pourquoi, après la tempête que l’on suppose maîtrisée, la justice devra faire son travail dans le cadre du rétablissement de l’autorité de l’Etat. Et cette démarche sera complète si le même Etat démontre également sa capacité à susciter un dialogue productif et positif pour une paix réellement durable. C’est le prix à payer pour assurer la stabilité et le bon fonctionnement des institutions nationales et provinciales.
Le Potentiel
Last edited: 08/03/2008 17:00:39