George William Bush, le Président de la nation la plus puissante de la planète a choisi de visiter certains pays africains, dont le Rwanda, juste à côté de la RDC, dont il a superbement ignoré l’existence !

Le président américain est arrivé mardi à Kigali, troisième étape de son périple africain, après avoir séjourné à Cotonou au Bénin et à Dar es-Salaam en Tanzanie. Il quitte la capitale rwandaise ce mercredi pour se rendre à Accra, au Ghana, avant de boucler par Monrovia, capitale du Liberia.
Un déplacement qui suscite plusieurs interrogations, poussant certains à chercher les dessous de cartes de cette visite et le choix des pays visités. Officiellement, le président américain effectue là son dernier voyage en Afrique en sa qualité de président des Etats-Unis. Une façon de dire officiellement au revoir au continent noir, à ses dirigeants.
Rien à dire quant au choix des pays visités pour autant que cela relève en priorité de la souveraineté des Etats-Unis. Mais toujours est-il que, officiellement, une fois de plus, ce choix s’explique par les « efforts que ces pays ont déployé sur le plan de la bonne gouvernance et de la démocratie ».
Cependant, cette affirmation ne fait pas du tout l’unanimité. Bush est venu en Afrique pour un but bien précis qui va au-delà d’une « simple bonne gouvernance et la démocratie ». S’il ne s’agissait que de cela, Bush aurait pu envoyer la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, porteuse d’un message de félicitations, appuyé certainement d’un cheque. Que le président américain se déplace lui-même alors que la politique africaine des Etats-Unis n’accorde que peu d’importance à l’Afrique, voilà qui suscite justement ces interrogations pertinentes.
De la stratégie nationale de sécurité
A son accession à la Maison Blanche, George Walker Bush avait trouvé sur la table du bureau ovale un dossier d’une extrême importance. Il s’est agi de la « Stratégie nationale de sécurité » des Etats-Unis, travail commencé par l’équipe Clinton que Bush devrait en priorité parachever dans l’intérêt supérieur des Etats-Unis.
La stratégie consiste à doter les Etats-Unis de tous les moyens efficaces et dissuasifs pour faire face « à toute menace à l’endroit des Etats-Unis et du peuple américain », d’où qu’elle vienne. Cette stratégie devrait être articulée sur quatre points : la croissance de l’économie américaine pour que les Etats-Unis demeurent une grande puissance économique et financière dans le monde ; combattre tous les « révolutionnaires » dont les idées peuvent influencer l’opinion américaine dès lors qu’avec l’informatique les frontières n’existent plus ; aider à l’instauration des Etats démocrates à travers le monde ; et enfin, renforcer la capacité militaire des Etats-Unis.
George W. Bush s’est acquitté avec diligence de cette mission et le Congrès a adopté ce plan sur « la Stratégie nationale de sécurité ». Quoi de plus normal qu’avant de quitter la Maison Blanche, le président Bush vérifie les structures de ce plan, remercie les dirigeants qui l’ont soutenu dans cette tâche, particulièrement lors de la guerre contre l’Irak, avant de donner des dernières instructions visant à parachever cette « œuvre ».
Aussi, convient-il de noter que Washington a fait de la lutte contre le terrorisme une affaire personnelle. D’où la guerre contre l’Irak, la présence des soldats américains en Afghanistan. Restait à mettre le dispositif de cette lutte en Afrique. Ce qui est fait avec le commandement militaire américain en Afrique, Africom, dont le quartier général sera installé au Liberia.
Cette chaîne militaire doit être soutenue par une autre chaîne génératrice des ressources financières, notamment le pétrole, le gaz et les minerais. Les Etats-Unis sont bien présents en Irak pour surveiller le Detroit d’Ormuz où passe la grande partie du pétrole mondial. Ils sont en Afghanistan pour ne pas laisser quiconque avoir le contrôle de l’importante quantité du gaz de la Mer Caspienne. En Europe, les Etats-Unis disposent des alliés solides, en l’occurrence la France, la Grande-Bretagne, et dans une centaine mesure l’Allemagne.

La présence américaine en Afrique permettra d’avoir un œil trop regardant sur le pétrole du Golfe de la Guinée avec les pays comme le Nigeria, l’Angola, le Gabon et la Guinée Bissau, ainsi que sur les minerais des Grands Lacs. A partir de l’Afrique septentrionale, Djibouti vient d’autoriser les Etats-Unis à disposer d’une base militaire sur ce territoire. Ainsi, la boucle est bouclée : les Etats-Unis ont le « contrôle de tout », si pas du monde.
Il est vrai que devant la poussée chinoise dans le continent noir, Bush ne devrait pas quitter la Maison Blanche sans avoir réuni tous les renseignements nécessaires à transmettre à son successeur.
Ce qui est en train d’être fait.
Le choix des pays
Bush s’est rendu chez « ses amis les plus fidèles ». Il ne se le cache pas. Et avec un brin d’humour, l’on raconte dans ce milieu qu’il s’est rendu là où il y a la bonne gestion, la bonne gouvernance pour compter toujours sur le soutien multidimensionnel des Etats-Unis. Comprenne qui pourra.
Donc, Bush s’est rendu là où à tout moment les Etats-Unis peuvent compter afin que leurs intentions soient bien interprétées, pour ne pas dire bien exécutées.
Nous l’avons dit plus haut : plusieurs de ces pays ont soutenu les Etats-Unis lors de la guerre contre l’Irak. Le Rwanda était bien de ce groupe. La Tanzanie a payé le prix le plus lourd lors des attentats terroristes qui ont eu lieu simultanément à Dan es-Salaam et à Nairobi en 2003. Quelle autre lecture veut-on faire quand Bush laisse un chèque de 700 millions de dollars au président Jakawa Kikwete ? Il s’agit de l’encourager dans la lutte contre le terrorisme dans cette partie de l’Afrique de l’Est.
Quant au Rwanda, Washington n’a jamais caché son soutien tant politique que militaire à ce pays. Kigali a toujours fait « preuve de disponibilité permanente » à l’endroit de Washington qui ne peut lui refuser son soutien tous azimuts.
Au moment où Bush, qui est juste à côté, s’apprête à quitter le Rwanda, en République démocratique du Congo, l’on adopterait une attitude conséquente en analysant en profondeur la tournée africaine du président américain. De retenir, une fois pour toutes, qu’en relations entre Etats, seuls les intérêts comptent et qu’il faut savoir les gérer que de brandir des « amitiés protocolaires ». Realpolitik oblige.
(Yes)
Freddy Monsa Iyaka Duku/Le Potentiel
Last edited: 08/03/2008 17:25:48