Aussi inexplicable que cela peut paraître : un ministre du gouvernement central, en l’occurrence Martin Kwabelulu, en charge des Mines, qui devait se rendre à Walikale, chef-lieu du territoire du même nom, dans la province du Nord-Kivu, en vue de se rendre compte de l’état des lieux de la situation d’exploitation minière au Nord-Kivu au lendemain de la signature, par les groupes armés le 25 janvier 2008, de l’Acte d’engagement, a terminé son voyage à Goma, bien loin de là où il devait se rendre, la Monuc a inexplicablement décommandé le voyage à Walikale !

Parti de Kinshasa en direction de Goma mardi 19 février dernier pour un séjour d’inspection de quelques jours qui devait l’amener jusqu’à Walikale, Martin Kwabelulu est rentré dans la capitale cinq jours après sans avoir foulé le sol de sa destination finale. En cause : une série de mésaventures cocasses qui lui en ont fait voir des vertes et des pas mûres. En fait, pour faire plus sérieux et sans dramatisation excessive de ce qu’il a vécu : Martin Kwabelulu a connu un séjour des plus mouvementés au Nord-Kivu du mardi 19 au dimanche 24 février. Ses proches collaborateurs, qui ont partagé avec lui les angoisses de cette mission sont formels : « le patron » a semble-t-il trouvé quelques réticences au départ de Kinshasa, dans certains milieux rendus frileux par l’annonce de son déplacement à Walikale, paradis qui enrichit jour après jour les magnats du coltan, crocodiles tapis dans ce vaste marigot qu’est la capitale de la RDC !
Petite carte postale de Walikale
Pour savoir ce qui est arrivé à Martin Kwabelulu, qui a failli être victime du devoir, il suffit de lire la petite carte postale ci-dessous, qui décrit succinctement ce qu’est Walikale, situé à 150 kilomètres de Goma.
Chef-lieu du territoire du même nom,Walikale est une agglomération très peu populeuse. Bisiye est sa cité. Les colons ont construit dans cette cité quelques maisons aujourd’hui dans état d’abandon qui fait qu’il ne reste de ces bâtisses coloniales frappées par l’usure du temps et des intempéries que des ruines. Des ruines qu’occupent maintenant des centaines d’hommes et leurs familles, venus à la ruée vers le coltan, car Bisiye rime avec coltan !
Tout autour de la petite cité, le sol est parsemé d’innombrables trous autour desquels s’affairent des hommes et des femmes. Des nationaux comme des expatriés ! Certains travaillent pour le compte de grosses légumes de Kinshasa, de Goma ou de Bukavu. D’autres, pour leur propre compte. Beaucoup sont en civil, mais la proportion d’hommes en uniforme de soldats ou de policiers n’est pas négligeable au milieu de toute cette faune humaine !
La vie est très animée à Bisiye. Mais elle est très coûteuse aussi. Une bouteille d’eau revient à 5 dollars ! On peut imaginer ce que coûte un bout de pain, qui arrive dans les cargaisons de marchandises dans les nombreux vols de petits porteurs qui effectuent chaque jour une vingtaine de rotations à Bisiye. La route Goma-Walikale devenue impraticable par les temps qui courent, l’avion reste le seul moyen d’arracher la cité minière à son enclavement. Pour 2.000 billets verts, on peut affréter un petit porteur pour joindre Walikale.
Ne cherchez surtout pas à savoir s’il y a un aéroport dans ce bled : il n’y en a point. Les pilotes qui manient ces petits aéroplanes affrétés pour évacuer les caisses de coltan vers toutes directions visent la route qui passe au milieu de la petite cité et atterrissent entre impeccablement. En deux temps trois mouvements, l’affréteur s’active autour du zinc, le décharge de son contenu avant de le remplir avec les caisses contenant la précieuse cargaison, puis, sans autres formalités, l’avion reprend aussitôt l’air.
S’il n’y a pas d’aéroport à Walikale, il n’y a donc ni tour de contrôle, ni service d’immigration, ni douane, ni agents du Centre d’expertise et de certification de matières précieuses dans le coin. Walikale, c’est la grande débrouille, où tout est permis !
Les avions bloquent quelquefois la circulation automobile pendant de longues heures. Une fois remplis de tonnes de minerais, ils prennent l’aire vers des destinations inconnues – des pays voisins – pour écouler leurs marchandises au détriment du Trésor public congolais !
Martin Kwabelulu a cherché à savoir ce qui se passe à Walikale : on l’a empêché de s’y rendre ?
Les données recueillies auprès des services du ministère des Mines renseignent qu’il n’existe que 28 comptoirs agréés pour tout le territoire de Walikale, mais qu’une seule société dispose d’un permis de recherche avec lequel elle n’arrive pas à travailler. En effet, la firme MPC, propriétaire d’un permis de recherche obtenu en bonne et due forme auprès du Cadastre minier (CAMI) éprouve tout le mal du monde pour rentabiliser son document. Simplement parce c’est son carré minier qui est justement envahi sur le site de Bisiye par une foule de creuseurs sans foi ni loi.
Entre l’exploitation minière anarchique et la persistance de conflits armés qui ont comme lieu de prédilection, entre autres, le territoire de Walikale, dans la province du Nord-Kivu, la relation est vite établie, et bien connue au gouvernement, plus particulièrement au ministère des Mines. Aussi, un mois après la signature de l’Acte l’engagement par les principaux groupes armés qui sèment mort et désolation dans cette contrée, Martin Kwabelulu a voulu se rendre sur les lieux pour s’enquérir de la situation qui y prévaut. D’autant plus d’ailleurs que le ministre des Mines sait pertinemment bien que le Président de la République, le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale sont préoccupés par l’état du secteur minier au Nord comme au Sud-Kivu.
Des visiteurs indésirables dans la chambre de Kwabelulu !
Dans cette perspective, le voyage des Mines au paradis du coltan ne pouvait qu’être mal perçu par tous ceux que le coltan enrichit à si bon compte : Martin Kwabelulu ne pouvait certainement pas l’ignorer, mais il a joué les téméraires, en attendant que des mains invisibles jouent leur va-tout dans l’ombre pour l’empêcher de s’y rendre. Naturellement, ceci n’est peut être qu’une hypothèse plausible parmi tant d’autres.
A Kinshasa, le ministre des Mines a pris des arrangements avec les hautes responsables de la MONUC pour obtenir des facilités de transport pour lui et pour sa suite par hélicoptère, de Goma à Walikale.
Arrivé mardi 19 février à Goma, le protocole d’Etat lui réserve une suite à l’hôtel Ihusi, d’où il partirait pour le pays profond. Hélas, par deux fois, la MONUC locale a décommandé le voyage, sans en donner la motivation au ministre des Mines, et son instance n’y a rien fait !
La situation a perduré jusque dimanche 24 février. Alors que, de guerre lasse, il s’est résolu à renoncer au voyage à Walikale, il s’est déporté au gouvernorat pour recevoir les notabilités locales avec lesquelles sur les problèmes que pose l’exploitation minière anarchique du coltan, mais aussi, sans doute, pour se plaindre de la misère rampante qui caractérise la région, en dépit de la richesse que renferme leur sous-sol de la région, et qui s’en va faire la prospérité d’autres cieux !
Attentif aux doléances de ses interlocuteurs, Martin Kwabelulu ignorait qu’en ce même moment, sa chambre de Ihusi recevait des visiteurs importuns, qui l’ont proprement dévalisé après avoir pénétré par effraction dans la pièce ! Bonjour les dégâts !
Peut-on établir une relation de cause à effet entre les voisins ratés du ministre des Mines à Walikale, et le cambriolage de sa chambre ? Beaucoup, dans sa suite, ont sauté le pas.
Martin Kwabelulu à l’assaut des faiseurs de désordres à Walikale !
Pourtant, le voyage du patron des mines en République démocratique du Congo était motivé par le souci de réorganiser le secteur minier à Walikale. C’est du moins ce qu’il a expliqué aux autorités locales et aux députés du coin qui était du voyage. Martin Kwabelulu leur a dit à cette occasion qu’il a un plan d’exploitation et d’encadrement des exploitants, qui sera mis en vigueur au début du mois de mars prochain. Parce que le locataire de l’immeuble de la Gecamin pense que cette mesure permettra aux habitants du coin de tirer le vrai bénéfice de l’exploitation de leur sous-sol de ce minerai qui entre dans la composition d’alliages utilisés dans la fabrication des téléphones cellulaires.
Aussi, au cours de la conférence de presse qu’il a tenue ce même dimancheèlà peu avant de reprendre l’avion pour Kinshasa, Martin Kwabelulu a tenu à révéler les mesures qu’il a prises avec les opérateurs miniers ainsi qu’avec les autorités administratives afin de remettre de l’ordre dans ce secteur. Des mesures qui vont, de la délocalisation des comptoirs situés actuellement le long de la frontière pour les réinstaller plus à l’intérieur de la ville dans un délai de trois mois ; à la certification d’origine des substances minérales congolaises, notamment la cassitérite et le coltan ; à la publication obligatoire,par tous les opérateurs miniers, de tous les impôts, droits et taxes payés par eux à l’Etat ; au rapatriement des devises issues des exportations des produits miniers ; à l’identification des opérateurs miniers ainsi que des tableaux de suivi des performances et, dans le cas plus particulier de Walikale, l’exploitation des minerais sur toute l’étendue de ce territoire jusqu’à nouvel ordre, et la fermeture, sans délai, de tous les sites d’exploitation. Quant aux minerais qui ont déjà été extraits et qui constituent des stocks, le ministre des Mines a ordonné leur évacuation au plus tard mercredi 27 février 2008. Au-delà de cette date, Martin Kwabelulu a averti les resquilleurs qu’ils ne s’en prendront qu’à eux-mêmes si d’aventure ils passaient outre ses recommandations.
Et pour apaiser ceux qui pourraient être effrayés par ses mesures, le ministre a mis une cerise sur le gâteau en annonçant que la réouverture officielle de l’exploitation minière sur toute l’étendue du territoire de Walikale ne reprendra que lorsque le Saesscam et le Cadastre minier lui auront présenté, au plus tard le 10 mars 2008, un plan pour l’exploitation minière rationnelle dans ce territoire.
Un train de mesures qui vont, à n’en pas douter remettre un brin d’ordre dans cette anarchie entretenue par des trafics d’influence de toutes sortes et de tous ordres. Et qui privent l’Etat de ses moyens d’action !
Clément VIDIBIO/MMC
Last edited: 29/02/2008 12:45:53