Des instructeurs belges viennent d’assurer à Kananga à près de 300 éléments de l’armée nationale l’apprentissage de l’électricité, maçonnerie, plomberie, menuiserie et la fonction de contremaître dans le cadre de la formation de l’armée du développement dont la Rdc tient à se doter.

Près de 300 militaires congolais, venus de 11 provinces, ont bénéficié, à Kananga, d’une formation à la pratique de certains métiers manuels. Ils ont déjà mis leurs connaissances à profit sur des chantiers socialement utiles. Trois cents membres des Forces Armées de la République Démocratique du Congo, venus de onze provinces du pays, viennent de bénéficier d’un apprentissage à l’électricité, la maçonnerie, la plomberie, la menuiserie et la fonction de contremaître. La formation de quatre mois, organisée par le contingent militaire belge à kananga, chef-lieu de la province du Kasaï-Occidental, s’est terminé en janvier et, déjà, ses premiers résultats apparaissent. Pour Margueritte Lukampeta, maire intérimaire de la ville, « cette formation a un impact positif sur la ville de Kananga. Ces soldats ont déjà réalisé plusieurs projets communautaires comme la réhabilitation des écoles et un foyer social au camp militaire Bobozo, la fabrication des bancs pour des écoles, la construction d’un petit pont au quartier Malandji Nord...
L’objectif premier de cette formation était de préparer les hommes aux différents métiers, afin qu’ils contribuent à la reconstruction du pays, selon le lieutenant Van Daele, responsable du coaching de la formation. Ce que confirme le Major José Katambayi, du détachement congolais de la Formation Continue du Genie. (FCG), en précisant que l’art du génie doit être « civile-militaire », c’est-à-dire contribuer aux oeuvres sociales et à la reconstruction du pays. En outre, les soldats formés pourront y trouver une source de revenus. D’où la décision des deux gouvernements, congolais et belge, de mettre sur pied cette formation, financée par la Belgique, dont l’armée a envoyé des instructeurs sur place.
Pour une meilleure image...
Une seconde motivation apparaît toutefois en filigrane. Les militaires congolais, comme d’autres fonctionnaires, n’ont pas un salaire suffisant, explique un officier, ils sont donc tentés de compenser en rançonnant la population lors de multiples tracasseries, selon l’expression locale. Et d’ajouter qu’une telle formation contribue aussi à les diminuer. Maurice Defays, le commandant de l’arrière-garde du détachement belge, confirme que cette formation consiste aussi à valoriser l’armée afin de changer la mauvaise image des militaires. Outre les métiers déjà cités, les participants ont aussi appris à cultiver un champ de maïs, précise le Major Katambayi, afin de contribuer à l’autosuffisance alimentaire.
Et, ajoute-t-il, pour que le soldat retrouve ainsi sa dignité et cesse d’être clochardisé. Les hommes ont d’ailleurs aussi été formés aux « Valeurs morales » que sont les droits humains, la résolution des conflits, la notion de la patrie; etc. Peinture, nettoyage, remise en état de murs, dégagement d’un réseau sanitaire, entretien général des terrains, fabrication de bancs et de tables, assemblage des portes et pose des fenêtres.. autant de plats au menu de la formation. « L’enthousiasme des élèves et des instructeurs est élevé. Et leur inventivité aussi : ils se débrouillent avec le matériel qu’ils ont, signalait en cours de formation le site web de l’armée belge.
Gagner sa vie
Et ça marche, apparemment. Déjà, durant la partie pratique de leur formation, les soldats ont été actifs sur différents chantiers sur la ville de Kananga, parmi lesquels la construction d’un foyer pour enfants de la rue au centre Kankala. Ensuite, certains ont déjà pu monnayer leurs nouvelles compétences. Un médecin de Kananga a fait appel à eux pour construire sa maison au centre-ville. D’autres ont débouché des toilettes à l’hôtel Elite, dans le quartier Azda de Kananga. D’autres encore, rentrés chez eux à Kalemie après la formation, ont été engagés pour restaurer la ville de la base militaire de Kamina.
L’avis de Jacqueline Kenda, propriétaire de l’Hôtel Elite, est révélateur « Ces militaires ont suivi une formation de qualité. Plusieurs plombiers de la ville qui prétendent connaître le métier avaient tenté ce débouchage, en vain, et mes clients en souffraient. Avec les plombiers FCG, le résultat est là. »
« C’est surprenant de voir les militaires au service de la reconstruction, enchaîne Mimy Tshama, une couturière de la place. On sent un changement dans cette province ». C’est aussi l’avis de Nico Shungu, étudiant à l’Université du Kasaï, qui regrette cependant que le nombre de militaires formés soit trop réduit : « Que les autorités compétentes élargissent ce programme », suggère-t-il. « Que les militaires formés forment les autres ! », rétorque Mimy Tshama.
Mais les plus enthousiastes restent sans doute les apprenants eux-mêmes. « Je suis très content de cette formation qui a ajouté les connaissances d’un métier à mes capacités militaires, conclut l’un d’eux, Menga Matuzolela. J’ai aussi beaucoup acquis sur le savoir vivre, la santé... Et désormais, je gagne quelque chose; je viens d’acheter un téléviseur grâce à ce métier ».
(Th)
Henriette Kumakana/Syfia International/Le Phare
Last edited: 26/02/2008 16:19:04