Le plus important groupe armé qui déstabilise le Kivu, en l’occurrence le mouvement politico-militaire CNDP du dissident rwandophone Nkunda, a unilatéralement suspendu sa participation aux activités du suivi de la conférence de Goma sur la paix.

Le CNDP, de Laurent Nkunda, déclare retirer sa délégation de toutes les rencontres initiées dans le cadre de la mise en œuvre de l’Acte d’engagement signé par tous les groupes armés du Nord et du Sud-Kivu, le 23 janvier dernier à Goma.
Le Congrès national pour la défense du peuple, CNDP, demande la mise sur pied d’une commission d’enquête mixte à laquelle ce mouvement politico militaire tient à participer. C’est pour vérifier les cas graves de violations des droits de l’homme dénoncées mercredi à Kinshasa par la Monuc. La décision du CNDP est tombée hier vendredi dans la journée, à travers une déclaration signée par le chef rebelle, Laurent Nkunda.
Dans cette déclaration adressée à la communauté internationale qui pilote le suivi du processus de paix de Goma, le CNDP demande qu’une vérification mixte soit diligentée pour vérifier les allégations faisant état de massacres d’au moins 30 civils par des combattants du CNDP entre le 16 et le 20 janvier dernier à Kalonge et villages environnants, en territoire de Masisi. Le CNDP est pourtant signataire, avec d’autres groupes armés du Nord et du Sud-Kivu, des Actes d’engagement pour la paix dans les deux Kivu.
En attendant, le mouvement déclare retirer sa délégation de toutes les réunions initiées dans le cadre du suivi du processus de paix de Goma.
On rappelle que lors de la conférence de presse hebdomadaire de mercredi à Kinshasa, la Monuc s’est dit en effet préoccupée par ces graves violations des droits de l’homme au Nord Kivu, violations où sont citées également des militaires de l’armée régulière de la 2ème brigade intégrée de- ployée actuellement entre Rutshuru et Lubero. Ceux-ci airaient tué, selon la Monuc, plusieurs civils au Nord-Kivu depuis leur déploiement en 2006.
La Monuc a surtout déploré qu’aucune enquête judiciaire n’ait pu être ouverte jusqu’à ce jour par les autorités compétentes.
La Monuc prend acte
La Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (Monuc) a pris note du communiqué publié par le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) concernant le massacre de civils dans la région de Kalonge, au Nord Kivu, en janvier de cette année.
L’enquête de la Monuc sur cette tuerie a été menée avec le plus grand professionnalisme et ses conclusions reflètent les informations crédibles fournies par de nombreux témoins oculaires et d’autres sources.
La Mission pense que toute autre investigation indépendante et impartiale confirmera le résultat de son enquête et se dit prête à coopérer avec une telle investigation.
L’enquête de la Monuc a été conduite conformément à son mandat de protection des civils en danger imminent de violence physique et d’assistance à la lutte contre l’impunité. La MONUC à plusieurs fois a mené de telles investigations dans le passé, lorsque de graves allégations ont été portées contre des groupes armés ou les forces nationales et les conclusions de ses investigations ont ensuite été rendues publiques.
La Mission a déjà diffusé une déclaration déplorant les récents évènements du Centre de Brassage de Kamina. La Mission tient toutefois à signaler qu’elle ne gère pas ce Centre et ne peut, par conséquent, être tenue pour responsable de ces malheureux incidents.
La Monuc encourage le CNDP à travailler activement avec les signataires de l’Acte d’engagement de Goma et la facilitation internationale, afin d’assurer la mise en oeuvre rapide, pleine et entière de ces Actes, au bénéfice des Kivutiens.
L’insécurité persistante bloque les déplacés de guerre dans les camps
Les affrontements de derniers mois qui ont eu lieu au Nord-Kivu entre les éléments de Laurent Nkunda et les forces loyalistes ont jeté plusieurs familles sur la rue. Fuyant les représailles des hommes armés, de nombreuses familles vivent actuellement dans des sites d’hébergement. Dépourvus de leurs biens, ces déplacés éprouvent d’énormes difficultés d’ordre humanitaire. Raison pour laquelle, ils expriment le vœu ardent de retourner le plus tôt possible dans leurs milieux d’origine.
Mais comment y accéder aussi longtemps que la paix n’est pas encore au rendez-vous dans les différentes localités de la province ?
Au terme d’une visite de travail effectuée dernièrement dans les deux provinces du Kivu, le rapporteur spécial de l’Onu pour les droits de l’homme des personnes déplacées, Walter Kailin. s’est dit pessimiste quant au retour des déplacés dans leurs villages respectifs. Pour ce haut fonctionnaire de l’Onu. « le retour des déplacés dans leurs milieux d’origine dépend de l’évolution de la situation sécuritaire qui, à ses yeux, est loin de se stabiliser ». C’est pour ainsi dire que beaucoup de choses restent encore à faire sur le terrain. Du moment que l’autorité de l’Etat n’est pas encore rétablie de manière effective dans ces provinces, les déplacés sont obligés de prolonger leur séjour dans des sites d’hébergement.
L’opinion se souviendra que la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement des provinces du Nord et SudKivu, a été organisée en janvier dernier à Goma. A l’issue des travaux, le gouvernement et les groupes armés ont signé un Acte d’engagement le 23 janvier dernier. Selon ce document, un cessez-le-feu immédiat devrait être observé par toutes les parties signataires de cet Acte.
Surprise
Malheureusement, le constat est amer sur le terrain dans la mesure où, l’on a enregistré une dizaine d’affrontements dans le camp des groupes armés. Un acte qui a, une fois de plus, semé le doute dans les esprits des déplacés qui veulent à tout prix retourner chez eux.
Soucieux de voir une paix durable se rétablir dans le Kivu, le gouvernement congolais et la Monuc ont condamné énergiquement ces affrontements. Les populations civiles du Kivu avait poussé un ouf de soulagement. Et pour cause, elles voyaient en cette signature, le langage des armes céder la place à la paix dans leurs provinces. Lassées par les affres de la guerre qui ont retardé le développement socio-économique de deux Kivu, ces populations disent non à la reprise des hostilités. Une façon pour elles de participer activement à la reconstruction de cette partie de la RDC.
Un autre danger et non des moindres qui guette encore la partie orientale de la RDC, c’est la présence des groupes armés étrangers qui continuent à semer la désolation au sein de la population. D’où la nécessité d’accélérer le programme de leur rapatriement. Pour réussir une telle tâche, le concours de plusieurs partenaires extérieurs s’avère indispensable.
(Ern.)
A.T/Radiookapi.net-Le Potentiel
Last edited: 25/02/2008 16:05:31