Seize détenus sont morts de faim et-ou faute de soins depuis début janvier à la prison centrale de Mbuji-Mayi, capitale du Ka­saï oriental, dans le centre de la République démocratique du Congo (RDC), a annoncé mer­credi la Mission de l’ONU en RDC (Monuc).

« La situation de la pri­son de Mbuji-Mavi est deve­nue catastrophique (...). Du 1er janvier au 19 février 2008, 16 détenus (9 condamnés et 7 prévenus) ont trouvé la mort dans cette institution pénitentiaire pour cause de malnutrition, de famine et d’absence de soins de santé, a déclaré le porte-parole de la Monuc, Kemal Saïki, au cours d’un point presse à Kins­hasa. Cette « nouvelle vague de décès » a été enregistrée après le départ d’un conseiller interna­tional de la section Etat de droit de la Monuc, qui avait été dé­ployé dès l’été 2006 à début jan­vier 2008 à Mbuji-Mayi et avait contribué à l’amélioration de la situation des détenus, a indiqué M. Saïki.

« Grâce à l’intervention de ce conseiller, les autorités locales ont été encouragées à entrer en relation avec les communautés humanitaires et rel­igieuses. avec pour résultat la mise en place d un mécanisme coordonné pour la livraison régulière de nourriture à la prison centrale », a-t-il expliqué.

Les auditions des tribu­naux civils comme militaires s’étaient aussi multipliées, ce qui avait conduit « à une baisse con­sidérable des détentions illéga­les ou inutiles ».

En dépit de ces efforts, les conditions actuelles de détention à la prison de Mbuji-Mayi sont « exécrables ». D’une capacité d’une centaine de prisonniers. La prison compte actuellement 398 personnes, dont 11 femmes, Se­lon la Monuc.

« Il n’existe aucun bud­get pour subvenir à l’alimentation-ci au soin des pension­naires » et les violations des droits de l’Homme sont monnaie courante, déplore la Monuc.

A titre d’exemple, chaque visiteur doit payer entre 200 et 500 francs congolais (FC, soit entre 0,4 et 1 dollar) pour avoir accès à un parent détenu. Avant tout entrée de repas, « certains surveillants exigent 500 FC » , une somme considérable en mi­lieu rural. Dans un pays où 75% des 60 millions d’habitants vivent avec moins de 1 dollar pan jour.

La prison de Mbuji-Mayi, « cras­seuse, malodorante », expose les détenus à de nombreuses mala­dies, dont la gale et les poux, en plus d’un paludisme endémique. Depuis 2007, les causes de dé­cès dans cette prison « sont con­nues sans qu’aucune action offi­cielle ne soit menée pour circons­crire le mali », déplore la section droits de l’Homme de la Monuc, qui a déjà alerté à plusieurs re­prises de la situation dramatique des détenus dans cette prison, où la Monuc a récemment acheminé des vivres et de l’eau.

En juillet 2007, le ministre congolais de la Justice - alors Georges Minsay - avait pourtant dit sa détermination à reformer en profondeur le système carcé­ral « innommable » de son pays. Cela ne suffit pas.

Le gouvernement provin­cial, pour sa part, devra égale­ment prendre toutes ses disposi­tions. A défaut, il doit être inter­pellé par l’Assemblée provin­ciale.

(Milor)

AFP/Le Potentiel