A l’invitation de la Banque africaine de développement (BAD), des ministres africains en charge des questions portant sur les forêts se réunissent à Tunis depuis jeudi 21 février pour définir des mécanismes de financement de la gestion durable des écosystèmes du bassin du Congo.

L’hôtel Abou Nawas à Tunis accueille depuis hier jeudi la conférence internationale sur les « mécanismes de financement de la gestion durable des écosystèmes forestiers du bassin du Congo ». L’objectif de la conférence est de définir des stratégies pour le financement de la conservation et de la gestion durable des forêts du Bassin du Congo, d’assurer la durabilité de la bonne gouvernance de ces ressources et de promouvoir le partenariat entre les divers intervenants du secteur.
Organisée par la Commission des forêts de l’Afrique centrale (Comifac) - dont le secrétariat exécutif est assuré par le professeur Jonas Nagahuedi Mbongui Sodi - grâce au soutien logistique de la Banque africaine de développement et de la Coopération britannique (DFID), cette conférence est une belle occasion, a dit le président de la BAD, Donald Kaberuka, de « trouver une réponse adéquate aux besoins nécessaires au renforcement des capacités et à la consolidation du secrétariat exécutif de la Commission des forêts de l’Afrique centrale (Comifac,) pour en faire un véritable organe technique d’orientation et de décision pour les forêts du bassin du Congo, capable de jouer pleinement son rôle et d’atteindre les objectifs qui lui ont été assignés ».
Appelant à une mobilisation sous-régionale pour la protection de la grande biodiversité du bassin du Congo, il a souligné que « la Comifac doit, en effet, être un organe fort et dynamique avec des capacités de négociation, de réception et de consolidation des appuis nécessaires à la mise en oeuvre des composantes régionales et nationales du plan de convergence ». Décidée à accompagner la Comifac dans la mise en oeuvre de son Plan de convergence, Donald Kaberuka a relevé que la Banque entend « déclencher le processus de financement durable de cette noble mission qu’est la gestion durable des écosystèmes forestiers du bassin du Congo ». Elle pense, en outre, a rappelé son président, que « la gestion durable des écosystèmes forestiers du bassin du Congo et un pays transfrontalier ». D’où, l’importance de prendre en compte cette dimension dans la problématique de financement durable recherchée.
Les forêts du bassin du Congo couvrent une grande partie de l’Afrique centrale et elles représentent la deuxième plus grande forêt tropicale humide restant au monde. « De par leur superficie, ces forêts qui jouent un rôle économique et climatique important, constituent un vaste bassin hydrographique, elles sont sujettes à des menaces liées essentiellement à la pauvreté, des crises de gouvernance, y compris des conflits prolongés », a indiqué le président Kaberuka.
Dans la perspective de la mise en oeuvre d’un appui institutionnel au secrétariat exécutif de la Comifac et à ses organismes partenaires, le président Kaberuka a fait savoir que pour la période 2008-2010, la BAD envisage des interventions dans la gestion des ressources naturelles d’un montant total d’investissement d’environ 814 millions de dollars américains pour le financement de 13 opérations dont cinq projets multinationaux en Afrique centrale. De même aussi, depuis quelque temps, la BAD a entamé des discussions pour abriter le secrétariat d’un Fonds fiduciaire pour les forêts du bassin du Congo.
Définir les axes d’une bonne gouvernance
L’objectif de la conférence de Tunis est la préservation et la gestion durable des écosystèmes forestiers du bassin du Congo. Il s’agit, pense la BAD, d’amener les Etats membres à définir les axes d’une bonne gouvernance de la gestion des ressources, de développer une stratégie de mise en place d’un financement durable et de renforcer le partenariat entre les acteurs des secteurs public et privé, les partenaires techniques et financiers, les ONG et la société civile.
Ce qui justifie le thème central de cette rencontre axé sur le financement durable de la gestion des écosystèmes forestiers du bassin du Congo. D’autres thèmes comme la gouvernance de la gestion des forêts du bassin du Congo; le développement de mécanismes de financements innovants et l’appui institutionnel au secrétariat exécutif de la Comifac et aux autres partenaires ont été également retenus dans les échanges de Tunis.
Sur ce point, et dans la dynamique des innovations inscrites dans le Code forestier de 2002, la position de la République démocratique du Congo a été présentée et défendue à cette rencontre par le ministre de l’Environnement, Conservation de la nature et Tourisme, José Endundo Bononge.
Il va de soi qu’en organisant à partir de son siège provisoire de Tunis, la BAD de monter qu’elle fait siennes les préoccupations de la communauté internationale concernant les écosystèmes forestiers de l’Afrique centrale. Ce, en droite ligne du deuxième sommet des chefs d’Etat de la sous-région, du 5 février 2005. La BAD a, en effet, pris la mesure du fait que ces écosystèmes contribuent de façon inestimable dans la recherche de solutions à la problématique des changements climatiques.
Un « patrimoine commun de l’humanité »
Les forêts denses et humides d’Afrique centrale représentent l’un des trois principaux ensembles boisés tropicaux de la planète. Ces forêts, qui renferment les ressources naturelles les plus partagées, se trouvent dans six pays (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, République démocratique du Congo) ayant une longue expérience de coopération multiforme et évoluant incontestablement vers une intégration économique et monétaire globale.
De par la volonté des chefs d’Etat exprimée lors de la Déclaration de Yaoundé de mars 1999, la Comifac est l’unique instance politique et technique d’orientation, de coordination, d’harmonisation et de décision en matière de conservation et de gestion durable des écosystèmes forestiers et de savanes en Afrique centrale. La Comifac a élaboré et adopté en février 2005 un Plan de convergence pour une meilleure gestion et conservation des forêts d’Afrique centrale.
Une plate-forme commune d’actions pour le bassin du Congo
Adopté par le Conseil des ministres, le plan de convergence de la Comifac définit les stratégies communes d’intervention des états et des partenaires au développement de l’Afrique centrale en matière de conservation et de gestion durable des écosystèmes forestiers et de savanes. Les axes stratégiques du Plan de convergence sont notamment: harmonisation des politiques forestières et fiscales; connaissance de la ressource; aménagement des écosystèmes; conservation de la diversité biologique ; valorisation durable des ressources forestières, lutte contre la pauvreté, développement socio-économique, contrôle, filière bois et marché sous-régional du bois; renforcement des capacités, participation des acteurs, information, formation et sensibilisation ; recherche - développement ; développement de mécanismes de financement; coopération et partenariats.
Quelques chiffres témoignent de grands enjeux qui se jouent autour du Bassin du Congo. Cet espace recèle: 100 millions d’habitants ; 204 millions d’hectares de forêts humides, soit 46 % de la superficie forestière; 12 millions de m3 de bois produits par an, 20 millions d’hectares de forêts marécageuses; 100 espèces mammifères; 1.300 espèces d’oiseaux; 336 espèces d’amphibiens; 400 espèces de reptiles; 20.000 espèces de plantes répertoriées, dont 8.000 environ sont endémiques.
(Th)
Faustin Kuediasala/le Potentiel