L’hôtel Abou Nawas à Tunis accueille depuis hier jeudi la con­férence internationale sur les « mécanismes de financement de la gestion durable des éco­systèmes forestiers du bassin du Congo ». L’objectif de la conférence est de définir des stratégies pour le financement de la conservation et de la gestion durable des forêts du Bassin du Congo, d’assurer la durabilité de la bonne gouvernance de ces res­sources et de promouvoir le par­tenariat entre les divers interve­nants du secteur.

Organisée par la Commis­sion des forêts de l’Afrique cen­trale (Comifac) - dont le secré­tariat exécutif est assuré par le professeur Jonas Nagahuedi Mbongui Sodi - grâce au soutien logistique de la Banque africaine de développement et de la Coo­pération britannique (DFID), cette conférence est une belle occasion, a dit le président de la BAD, Donald Kaberuka, de « trouver une réponse adé­quate aux besoins nécessaires au renforcement des capacités et à la consolidation du secré­tariat exécutif de la Commis­sion des forêts de l’Afrique centrale (Comifac,) pour en faire un véritable organe technique d’orientation et de décision pour les forêts du bassin du Congo, capable de jouer pleinement son rôle et d’atteindre les objectifs qui lui ont été assignés ».

Appelant à une mobilisa­tion sous-régionale pour la pro­tection de la grande biodiversité du bassin du Congo, il a souligné que « la Comifac doit, en effet, être un organe fort et dynami­que avec des capacités de né­gociation, de réception et de consolidation des appuis né­cessaires à la mise en oeuvre des composantes régionales et nationales du plan de conver­gence ». Décidée à accompa­gner la Comifac dans la mise en oeuvre de son Plan de conver­gence, Donald Kaberuka a re­levé que la Banque entend « dé­clencher le processus de finan­cement durable de cette noble mission qu’est la gestion dura­ble des écosystèmes forestiers du bassin du Congo ». Elle pense, en outre, a rappelé son président, que « la gestion du­rable des écosystèmes fores­tiers du bassin du Congo et un pays transfrontalier ». D’où, l’importance de prendre en compte cette dimension dans la problématique de financement durable recherchée.

Les forêts du bassin du Congo couvrent une grande par­tie de l’Afrique centrale et elles représentent la deuxième plus grande forêt tropicale humide restant au monde. « De par leur superficie, ces forêts qui jouent un rôle économique et climatique important, consti­tuent un vaste bassin hydrogra­phique, elles sont sujettes à des menaces liées essentiellement à la pauvreté, des crises de gouvernance, y compris des conflits prolongés », a indiqué le président Kaberuka.

Dans la perspective de la mise en oeuvre d’un appui insti­tutionnel au secrétariat exécutif de la Comifac et à ses organis­mes partenaires, le président Kaberuka a fait savoir que pour la période 2008-2010, la BAD envisage des interventions dans la gestion des ressources natu­relles d’un montant total d’inves­tissement d’environ 814 millions de dollars américains pour le fi­nancement de 13 opérations dont cinq projets multinationaux en Afrique centrale. De même aussi, depuis quelque temps, la BAD a entamé des discussions pour abriter le secrétariat d’un Fonds fiduciaire pour les forêts du bassin du Congo.

Définir les axes d’une bonne gouvernance

L’objectif de la conférence de Tunis est la préservation et la gestion durable des écosystèmes forestiers du bassin du Congo. Il s’agit, pense la BAD, d’amener les Etats membres à définir les axes d’une bonne gouvernance de la gestion des ressources, de développer une stratégie de mise en place d’un financement dura­ble et de renforcer le partenariat entre les acteurs des secteurs public et privé, les partenaires techniques et financiers, les ONG et la société civile.

Ce qui justifie le thème central de cette rencontre axé sur le financement durable de la gestion des écosystèmes fores­tiers du bassin du Congo. D’autres thèmes comme la gouvernance de la gestion des forêts du bassin du Congo; le développement de mécanismes de financements innovants et l’appui institutionnel au secrétariat exécutif de la Comifac et aux autres partenaires ont été égale­ment retenus dans les échanges de Tunis.

Sur ce point, et dans la dynamique des innovations ins­crites dans le Code forestier de 2002, la position de la Républi­que démocratique du Congo a été présentée et défendue à cette rencontre par le ministre de l’En­vironnement, Conservation de la nature et Tourisme, José Endundo Bononge.

Il va de soi qu’en organi­sant à partir de son siège provi­soire de Tunis, la BAD de mon­ter qu’elle fait siennes les préoc­cupations de la communauté in­ternationale concernant les éco­systèmes forestiers de l’Afrique centrale. Ce, en droite ligne du deuxième sommet des chefs d’Etat de la sous-région, du 5 février 2005. La BAD a, en ef­fet, pris la mesure du fait que ces écosystèmes contribuent de façon inestimable dans la recher­che de solutions à la problémati­que des changements climati­ques.

Un « patrimoine com­mun de l’humanité »

Les forêts denses et humides d’Afrique centrale repré­sentent l’un des trois principaux ensembles boisés tropicaux de la planète. Ces forêts, qui renfer­ment les ressources naturelles les plus partagées, se trouvent dans six pays (Cameroun, Congo, Ga­bon, Guinée équatoriale, Républi­que centrafricaine, République démocratique du Congo) ayant une longue expérience de coo­pération multiforme et évoluant incontestablement vers une inté­gration économique et monétaire globale.
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De par la volonté des chefs d’Etat exprimée lors de la Déclaration de Yaoundé de mars 1999, la Comifac est l’unique ins­tance politique et technique d’orientation, de coordination, d’harmonisation et de décision en matière de conservation et de gestion durable des écosystèmes forestiers et de savanes en Afri­que centrale. La Comifac a éla­boré et adopté en février 2005 un Plan de convergence pour une meilleure gestion et conser­vation des forêts d’Afrique cen­trale.

Une plate-forme commune d’actions pour le bassin du Congo

Adopté par le Conseil des ministres, le plan de convergence de la Comifac définit les straté­gies communes d’intervention des états et des partenaires au développement de l’Afrique cen­trale en matière de conservation et de gestion durable des écosys­tèmes forestiers et de savanes. Les axes stratégiques du Plan de convergence sont notamment: harmonisation des politiques fo­restières et fiscales; connaissance de la ressource; aména­gement des écosystèmes; con­servation de la diversité biologi­que ; valorisation durable des res­sources forestières, lutte contre la pauvreté, développement socio-économique, contrôle, fi­lière bois et marché sous-régio­nal du bois; renforcement des capacités, participation des ac­teurs, information, formation et sensibilisation ; recherche - dé­veloppement ; développement de mécanismes de financement; coopération et partenariats.

Quelques chiffres  té­moignent de grands enjeux qui se jouent autour du Bassin du Congo. Cet espace recèle: 100 millions d’habitants ; 204 millions d’hectares de forêts humides, soit 46 % de la superficie forestière; 12 millions de m3 de bois produits par an, 20 millions d’hectares de forêts marécageuses; 100 espè­ces mammifères; 1.300 espèces d’oiseaux; 336 espèces d’amphi­biens; 400 espèces de reptiles; 20.000 espèces de plantes réper­toriées, dont 8.000 environ sont endémiques.

(Th)

Faustin Kuediasala/le Potentiel