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10 millions de tonnes de cuivre : c’est la quantité de cuivre que les Chinois vont extraire du sous-sol congolais en compensation des faramineux financements des cinq chantiers que le gouvernement va réaliser d’ici l’an 2011. 10 millions de tonnes pourraient faire frémir. Mais ceci est bien peu de chose en comparaison avec ce que les Belges ont pris pour réaliser les infrastructures dont le Congo belge a hérité de la colonisation à son accession à l’indépendance, et dont le peuple congolais tire encore profit 48 ans après.

Paul Fortin revient de Beijing (Pékin) où il a passé deux mois au cours desquels il a activement participé aux né­gociations nécessitées par le partenariat « RDC-Chine en rapport avec les 5 Chantiers. L’information a paru dans « Courrier International  dans sa livraison d’hier jeudi 21 février 2008.

Cette quantité, indique Colette Braeckman, va devoir couvrir l’ensemble des infras­tructures évoquées le 27 no­vembre 2007 par le Premier mi­nistre dans son discours à l’oc­casion de la présentation du projet de loi budgétaire de l’exercice 2008 et le 6 décem­bre 2007 par le Président de la République dans le sien sur l’état de la nation. Pour rappel, il s’agit :

-de la modernisation des aé­roports de Kavumu au Sud ­Kivu et de N’Djili à Kinshasa ;
-de la construction d’une auto-route périphérique aéroport de N’Djili centre-ville ;
-de la modernisation de la voi­rie urbaine des principales villes du pays, sur une longueur de 450 Km, en plus du Bld Lumumba, du Bld du 30 Juin et de l’avenue de la Libéra­tion à Kinshasa ;
-de la construction d’hôtels cinq étoiles de classe internationale, dont au moins un à Kinshasa et un autre à Lubumbashi;
-du lancement des travaux de construction et modernisa­tion d’une ligne de chemin de fer reliant Sakania à Matadi sur une longueur de plus de 3.000 km ;
-de la construction de centres commerciaux ultramodernes ;
-de la réhabilitation de quatre quais au port maritime de Matadi, de la drague de Banana, du port de Mbandaka et de plusieurs bacs ;
-de la construction de deux universités modernes et réhabilitation des homes des étu­diants dans plusieurs universités et instituts d’enseigne­ment supérieurs publics ;
-du début des travaux de mo­dernisation de plusieurs rou­tes d’intérêt national à travers toutes les provinces du pays, dont une route bitumée reliant Lubumbashi à Kisangani et ;
-du démarrage du programme de développement des infrastructures sociales qui prévoit à terme la construction des
hôpitaux, de centres de santé et de logements sociaux. Il est question, pour la santé, de près de 145 hôpitaux à raison d’un par territoire.

Bradage ? Non !

Comme pour annoncer les couleurs, « Courrier interna­tional » signale l’arrivée à Kasumbalesa des entrepre­neurs chinois. Le matériel de génie civil y est entreposé, les renforts arrivent et mêmes les expropriations sont réalisées pour l’aménagement de l’auto­route qui « reliera Lubumbashi à la Zambie et à l’ensemble de l’Afrique australe Colette Braeckman affirme dans son article que « Tout est en place pour que les grands travaux commencent sitôt la saison des pluies terminée, d’ici moins de deux mois ».

Elle souligne cependant l’expectative dans laquelle se trouve la population congolaise « habituée à tant d’effets d’an­nonce et de promesses non tenues ».

Ce qui est au moins sûr, c’est que Paul Fortin n’est pas n’importe qui. Ce Canadien est au cœur de la relance de Gécamines et les effets de son mandat sont palpables.

Si la quantité à livrer à la Chine est de 10 millions de ton­nes, c’est que tout a été bien évalué, à une tonne près.

Devrait-on s’en offusquer en parlant de bradage ?

On se souviendra que la Gécamines au plus fort de sa production atteignait 400.000 tonnes l’an. Pour atteindre 10 millions de tonnes, il lui fallait 25 ans! Quand on crée une entreprise, la durée moyenne généralement adoptée est justement de 25 ans. Ne serait- ­ce qu’à ce titre, on peut dire qu’on est dans le bon.

En ce qui concerne les recettes. Les fluctuations inhé­rentes au marché international ne permettent pas une prédé­termination exhaustive. C’est à ce niveau que la manipulation peut être actionnée. Et c’est à ce niveau que la communication doit être soignée.

Au moins, l’évidence est que l’exploitation minière sous la colonisation avait dépassé les 10 millions de tonnes avec résultat connu: le Congo-Belge a réussi à se doter de la plupart des infrastructures de base hé­ritées par le Congo indépendant le 30 juin 1960.

Dans leur majorité, les routes, les chemins de fer, les ports, les aéroports, les établis­sements d’enseignement, les établissements de santé, les centrales hydroélectriques, les stations de traitement d’eau et les cités résidentielles que les Congolais utilisent 48 ans après l’indépendance remontent à l’époque coloniale !

On ne peut donc accu­ser la Belgique d’avoir bradé les minerais de sa colonie. Au con­traire...

Bon sens et pragmatisme

La solution, Joseph Kabila la trouvée lorsque, profi­tant de son point de presse du 13 septembre 2007, il a fait allu­sion à la formule « exploitation minière contre infrastructu­res de base ». C’est cette formule qui a permis la signature des accords d’infrastructures et d’exploitation minière entre la RDC et la Chine le 17 septem­bre courant, accords suivis d’autres conventions ayant permis le long séjour des experts congolais en terre chinoise et le séjour actuel des experts chinois en terre congolaise.

Pour mémoire, en commentaire le ministre Pierre Lumbi des Travaux publics, in­frastuctures et Reconstruction (Tpir) avait exclu la thèse d’une nouvelle dette contractée par Kinshasa. Il avait considéré qu’il ne s’agissait pas d’un endettement, mais plutôt d’une sorte de troc : infrastuctures contre matières premières ».

Mais, comme l’a relevé un confrère, « la dette en soi n’est pas une mauvaise opéra­tion. Tout dépend du secteur d’affectation, des conditions de négociation et de l’échéance de remboursement ». Et particu­lièrement pour une RDC « encore sous exploitée » et con­frontée à un besoin réel de grands financements pour es­pérer une croissance économi­que capable d’avoir des effets positifs sur le pouvoir d’achat de chaque Congolais dans cette logique du droit au développement et à la promotion humaine », ce besoin ne peut nullement être satisfait par les institutions financières tradi­tionnelles. D’où le recours à d’autres sources.

A quelques semaines du démarrage des travaux, on doit s’attendre à la surenchère politico-médiatique du seul fait d’apprendre que les contrats dits chinois, c’est en  en repartie de 10 millions de tonnes. Si déjà les forces politiques et sociales parrainées par les multi­nationales et Ong internationa­les continuent de faire pression sur le Gouvernement (notam­ment au travers de la revisitation des contrats mi­niers), il ne faut pas s’attendre à ce qu’elles se taisent à l’ap­proche du go !

C’est le moment de rap­peler aux uns et aux autres que du moment où les infrastructu­res construites par les coloniaux continuent de nous ser­vir 50, 60 ou 80 ans après (cas des chemins de fer, des ports, des aéroports, des barrages, des écoles, des hôpitaux), c’est bien la preuve que celles escomptées des « contrats chi­nois » permettront au même peuple d’en jouir;dans les 50, 60 ou 80 années avenir !

Dès lors, c’est au bon sens et au pragmatisme de tous qu’il faut faire appel.

(Ern.)

Omer Nsongo die Lema/L’Avenir

Last edited: 23/02/2008 10:11:53

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