A l’ouverture, jeudi 21 février de la conférence diplomatique en République démocratique du Congo, tous les intervenants ont fait ressortir les tares qui minent la diplomatie congolaise depuis de nombreuses années, dont, entre autres, l’irrégularité des salaires des diplomates en poste, l’accumulation des loyers.

La salle de conférence internationale du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a servi de cadre, hier jeudi, à l’ouverture officielle de la première conférence des Ambassadeurs de la RDC. C’est le ministre d’Etat en charge de l’Intérieur, Sécurité et Décentralisation, Dénis Kalume Numbi, qui a dit le mot d’ouverture au nom du chef de l’Etat Joseph Kabila. Tous les ambassadeurs congolais ont été rappelés à Kinshasa en vue de repenser le fonctionnement des ambassades et consulats, pour redorer le blason terni de la RDC à l’extérieur.
Dans son intervention, le ministre congolais des Affaires étrangères, Antipas Mbusa Nyamuisi, a estimé que les objectifs à atteindre durant ces trois jours de travail sont notamment l’assainissement de l’appareil diplomatique, la sensibilisation du gouvernement et des Institutions de la République sur le rôle de la diplomatie, la nécessité de la doter des moyens appropriés ainsi que la promotion de la gestion participative.
4 Commissions pour faire le diagnostic et proposer des solutions
La conférence des ambassadeurs congolais se veut un cadre privilégié de réflexion sur l’avenir de la diplomatie congolaise et de la repenser. Pour ce faire, quatre commissions ont été mises en place: la commission Politique extérieure, diplomatie et sécurité; la commission administrative, budgétaire et logistique; la commission de restructuration des missions diplomatiques et postes consulaires et, enfin, la commission Diplomatie et Congolais de l’étranger.
Selon le patron de la diplomatie congolaise, les présentes assises offrent l’occasion de repenser la mise en oeuvre de la politique extérieure basée sur les principes traditionnels tels que l’ouverture sans exclusive sur le monde, la vocation africaine du pays, la politique de bon voisinage, l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, la souveraineté et l’indépendance des Etats, etc.
Mettre fin à la Misère des diplomates Congolais
Il a, par la même occasion, dressé un tableau sombre de la diplomatie congolaise qui demeure assez inquiétante pour des raisons d’irrégularité et d’insuffisance des frais de fonctionnement et des salaires des diplomates en poste; la non prise en compte des arriérés accumulés des loyers des chancelleries et résidences qui exposent les diplomates à des menaces permanentes de déguerpissement et multiplient les procès contre le pays; la non prise en compte de salaires des engagés locaux qui aboutissent souvent à des condamnations judiciaires auxquelles les ambassades et consulats généraux congolais font face ainsi que l’accumulation des arriérés de cotisations dues aux organisations régionales et internationales dont la RDC est membre.
Pendant ces trois jours de travaux, les ambassadeurs, les directeurs-chefs de service et les secrétaires généraux dudit ministère vont échanger et engager des discussions en commissions en vue de dresser un état des lieux sans complaisance et formuler des recommandations au gouvernement pour créer des conditions susceptibles de permettre aux missions diplomatiques et postes consulaires en particuliers et au ministère d’assurer, chacun en ce qui le concerne, le rôle qui lui revient dans la réalisation du programme du gouvernement. En un mot, il s’agit, à travers cette conférence, de mettre fin à la misère des diplomates et des ambassades de la RDC.
A en croire le chef de la diplomatie congolaise, cet exercice devrait leur permettre de promouvoir une nécessaire révolution du bon sens dans la pratique quotidienne de leurs tâches pour que l’outil diplomatique devienne un instrument au service du développement national.
La diplomatie congolaise passée au peigne fin
La diplomatie congolaise est malade. Malade de ses moyens et de son fonctionnement. C’est pour dresser un diagnostic complet de tous ses maux, que pendant trois jours, des experts, des ambassadeurs et des cadres du ministère des Affaires étrangères, vont se pencher au chevet de l’ensemble du réseau de représentations diplomatiques de notre pays à l’extérieur.
A travers cet état de lieux qui se tient au sein du ministère, il sera également examiné les conditions de travail et de vie de ambassadeurs congolais, les difficultés auxquelles sont confrontées nos missions diplomatiques dont l’image de marque est ternie. Le thème choisi « La diplomatie de paix et de développement pour la RDC » tombe à propos quand on sait que nos ambassadeurs ont à une certaine époque, mené une existence difficile proche de la clochardisation. Beaucoup ont été sous-logés par leurs homologues d’autres pays, tandis que d’autres se sont rabattus à tant d’activités qui ne relevaient pas de leurs Missions à l’étranger. On se rappellera même la revente des immeubles de nos ambassades, celle des biens pour assurer la survie du personnel de nos missions diplomatiques.
La réflexion, souhaitent tant d’analystes politiques, doit aider à débarrasser la diplomatie congolaise des tares du passé. Il faut à la RDC, une diplomatie qui puisse retrouver ses lettres de noblesse, par la qualité des missions accomplies à l’étranger, pour la défense des intérêts et du prestige de nôtre pays.
Certains anciens diplomates déplorent l’insuffisance et l’irrégularité des ressources mises à la disposition de nos représentations diplomatiques. Chaque fois que des besoins en matières premières étaient exprimés à « l’extérieur du pays », nos ambassades, regrettent un autre analyste politique, ne sautaient pas sur l’occasion pour actionner les mécanismes pouvant permettre notre pays, d’exporter nos produits. Il en est de même quand les investisseurs étrangers cherchent une nouvelle destination, de nouvelles ressources minières, forestières et énergétiques. Les ambassades ne donnaient pas des conférences, ni n’amorçaient des contacts utiles pour notre pays. C’était des occasions ratées sur lesquelles il faut trouver des parades.
Un autre, a pour sa part, évoqué, l’intégration de la RDC dans plusieurs ensembles régionaux, continentaux et internationaux. Il est arrivé que notre pays, est faiblement représenté, ses intérêts mal défendus et le paiement de ses contributions mal assuré. La conférence débattra de toutes ces questions et des recommandations qui en sortiront, l’on peut s’attendre à une diplomatie congolaise rénovée, redynamisée et réellement au service de la république.
Mathy Musau/Forum des As/J.R.T./Le Phare
Last edited: 22/02/2008 16:02:19