Secrétaire d’Etat tchadien aux Relations extérieures et à la Coopération, Djidda Moussa Outman n’a pas échappé aux questions de la presse congolaise.
Qu’est-ce que le Tchad peut-il encore attendre de l’Union africaine ?
De l’Afrique en général, nous attendons un soutien. L’Afrique et singulièrement l’Union africaine doit dénoncer l’agression dont le Tchad a été victime parce que les preuves sont là, tangibles et palpables, de l’implication soudanaise. Le peuple tchadien attend de l’Union africaine une condamnation sans équivoque du régime du Soudan. Le Tchad attend également un soutien matériel parce que la capitale a été détruite à 60 %. Le pays a besoin d’être reconstruit. D’où l’apport des partenaires extérieurs.
Pourquoi peut-on croire que le Soudan serait derrière tout ce qui est arrivé à N’Djamena ?
Comme vous l’avez constaté, 400 Toyota neuves équipées d’armes lourdes ne sont pas à la portée de n’importe qui. Des prisonniers que nous avons faits et le matériel de guerre saisi montrent à suffisance que derrière cette œuvre machiavélique se trouve bel et bien le Soudan.
Cette situation serait-elle liée à l’arrivée au Soudan des militaires de l’Union européenne (Eufor) ?
Les Soudanais et ceux qui les supportent ont dit qu’il fallait tout faire pour empêcher l’arrivée de l’Eufor. Parce qu’une fois sur place ses forces verront qui est agresseur, et qui est agressé. Nous voudrions que ces forces viennent pour soulager et secourir les réfugiés soudanais et tchadiens.
Jusque-là, le Tchad est-il déçu ?
Jusqu’à présent, nous ne voyons rien venir. Cela nous préoccupe.
Le Tchad attend-t-il de Joseph Kabila en sa qualité de président de la CEEAC quelque chose ?
Le Tchad attend un appui fort, réel et fraternel. Il faudrait que la CEEAC se définisse par rapport à cette situation et qu’elle dise clairement que le Soudan agresse le Tchad, parce que de l’autre côté, le Soudan est appuyé par ses amis et ses partenaires. Il faudrait qu’au niveau régional, la CEEAC prenne une décision pour dénoncer cette agression.
Pourquoi n’aviez-vous pas fait appel aux troupes de la CEEAC alors que des manœuvres conjointes militaires se sont déroulées ici à N’Djamena il y a de cela quelques mois ?
Effectivement, il y a eu des manœuvres. Mais n’avons-nous pas l’habitude de dire que c’est dans le malheur qu’on reconnaît ses vrais amis ? La CEEAC pouvait proposer au Tchad quelque chose de ce genre. Malheureusement, c’est un mutisme total. De l’autre côté, il ne revient pas à nous de demander une aide quelconque. En principe, ça devrait être le contraire. C’est la CEEAC qui devrait proposer et même envoyer directement des forces à N’Djamena pour soutenir le gouvernement démocratiquement élu. Malheureusement, ce n’est pas le cas.
Et la CEMAC ?
Ce qui est valable pour l’une, l’est pour l’autre.
Comment voyez-vous le retour de la France après avoir lâché pendant un temps le pouvoir de N’Djamena ?
La France n’a jamais lâché le Tchad. Elle a toujours été de son côté. La France a toujours soutenu le gouvernement tchadien. Elle est une vraie amie du Tchad. Pendant la période de paix, voire dans les moments difficiles. Nous lui en sommes reconnaissants.
Que dire de ceux qui affirment que le soutien de la France est lié au marchandage, à la remise en liberté de personnes incriminées dans l’affaire de l’Arche de Zoé ?
Je crois que les gens sont en train de faire de l’amalgame. Ces personnes ont été jugées et condamnées régulièrement au Tchad. Selon l’accord existant entre nos deux pays. Elles ont été transférées dans leur pays d’origine pour purger leur peine. Donc, la justice française les a condamnées à 8 ans de prison ferme. Je crois qu’à ce moment précis, elles sont en train de purger leur peine.
Attendez-vous de la CEEAC et de l’UA une convocation des réunions extraordinaires ?
Une demande a été formellement envoyée à l’UA pour que le Conseil de paix et de sécurité se saisisse du dossier. Nous attendons et nous sommes impatients.
(Yes)Propos recueillis par Freddy Mulumba Kabwayi / Le Potentiel
Last edited: 13/02/2008 15:51:00