Il est de ces coïn­cidences qui n’ont vrai­ment rien de fortuit. Telle cette double initiative médiatique d’hier lundi 11 février 2008 pré­sentant le sacre de Laurent Monsengwo archevêque de Kinshasa ainsi que le voyage aux Etats-Unis du trio Kengo­ Monkolo-Ruberwa en début de la fin du règne Kabila! Sur Internet, le site Apareco d’Honoré Ngbanda at­tribue l’initiative du voyage de Washington à Paul Kagame, cité comme le chef de l’Itp (In­ternational tutsi power).

Il le rend en ces termes : « Profi­tant (...) des vacances parle­mentaires, Kengo et Ruberwa, les deux coqueluches du Tutsi Power affublés de Mokolo wa Mpombo pour le décor, ont ef­fectué un voyage à Bruxelles, avant de s’envoler discrètement à Washington où se trouvent les têtes pensantes et la source de financement de ces puissants lobbies qui sont décidés à ne pas lâcher le gros lot qu’ils ont gagné en RDC ». Le site ajoute, tenez bien.  Dans leur mallette, ils portent un projet visant à placer les deux tutsis à la tête du pouvoir exécutif: Kengo remplacerait Kanambé à la Présidence de la République tan dis que Ruberwa remplacerait Gizenga à la tête du gouvernement ».

Il y a aussi cet autre ex­trait : «  Devant les inquiétudes et les réserves exprimées par les dirigeants américains au su­jet de la probabilité d’une réac­tion négative de la population et de l’armée congolaises exa­cerbée par les agressions rwandaises répétées et par des pillages dont sont responsables l’armée et le gouvernement   rwandais, c’est Paul Kagamé qui donna toute l’assurance à ses alliés auxquels il confirma, la main sur le cœur, que toute la situation militaire de la RDC est sous son contrôle, et que même Kinshasa est en passe d’être totalement maîtrisée grâce aux nouveaux contin­gents rwandais actuellement en fin de formation à Kitona ».


Ngbanda poursuit : « Et pour calmer l’Opinion populaire, tous les leaders politiques de l’opposition traditionnelle (constitutionnelle) et ceux de l’opposition extraparlementaire ou extraconstitutionnelle   seraient sollicités, et se verraient offrir de grands avantages matériels, pour pren­dre part à ce gouvernement d’union nationale »!

Concrètement, Ngbanda veut dire que même Bemba et Tshisekedi seraient en voie d’être récupérés, c’est-à-dire corrompus par le Pouvoir Kagame! En ce qui concerne le sacre de Monsengwo, un con­frère rapporte la déduction politique d’un dirigeant Mlc. Selon ce dernier, le prélat est « vraiment l’homme qu’il fal­lait » dans un archidiocèse coiffant « l’Ouest du pays où les populations se plaignent d’avoir été quasiment oubliés dans la réalisation des 5 chantiers du président de la République ». C’est à croire que dans sa lec­ture géopolitique, ce leader aura placé à l’Est Kinshasa (qui bé­néficie pourtant de la voirie ur­baine dans le cadre de ces chantiers) et le Bas-Congo (qui reçoit à Matadi le point de dé­part ou d’arrivée du chemin de fer reliant cette province à celle du Katanga) !

Quand on y ajoute la déclaration de Jean-Pierre Bemba renvoyant aux calendes grec­ques ou presque son retour à Kinshasa et le regain de belli­cisme constaté dans le chef des groupes armés signataires de l’Acte d’engagement de Goma, on a bien l’impression d’un décor de fin de règne planté !

Nord-Ubangi, encore Nord-Ubangi

Seulement voila : Lau­rent Monsengwo peut avoir des ambitions politiques ; c’est son droit absolu. Mais s’il avait eu la tâche facile sous la première phase de la Transition (1990-1997) grâce essentiellement à Etienne Tshisekedi (et non le contraire), il a au moins cons­cience de ne plus disposer aujourd’hui du même atout. D’ailleurs, au lendemain des élections dont la Cenco se félicite elle-même de la tenue (tiré son dernier message du 9 fé­vrier 2008), le prélat n’est pas homme à adhérer facilement à un schéma qui privilégierait l’avènement d’un ordre institu­tionnel anti-démocratique, et surtout anti-constitutionnel.

Certes, l’actionnement de l’article 75 de la Constitu­tion, en cas de vacance à la magistrature suprême; mettrait Léon Kengo en position de succéder à Joseph Kabila, et là le prélat catholique n’y serait pour rien. Cet article, dispose, en effet, « qu’ En cas de vacance pour cause de décès, de dé­mission ou pour toute autre cause d’empêchement définitif les fonctions de président de la République, à l’exception de celles mentionnées aux articles 78, 81 et 82 sont provisoire­ment exercées par le Président du Sénat ».

Mais, on ne doit pas oublier la donne géopolitique qui ferait qu’un équatorien vienne à remplacer un katango-maniemien en la personne de Joseph Kabila, même quand l’Apareco s’acharnerait à con­tester au chef de l’Etat la natio­nalité congolaise. C’est, d’ailleurs, ici l’oc­casion de le dire à très haute voix: la donne géopolitique a énormément pesé dans la vic­toire de Joseph Kabila et la dé­faite de Jean-Pierre Bemba aux deux tours de la présidentielle 2006 une bonne partie du peu­ple congolais comprenant mal qu’après 32 ans du Pouvoir Mobutu, ressortissant du Nord-­Ubangi, l’on restitue  la ma­gistrature suprême à un Bemba, originaire lui aussi du Nord-­Ubangi.

Dans cette même logique, l’avènement de Léon Kengo au même poste ramène­rait le Pouvoir au Nord-Ubangi étant donné que l’homme est lui aussi du coin. Exactement comme un certain Honoré Ngbanda qui, au nom de la congolité, n’en rêve pas moins de prendre la tête du pays, lui qui est également du Nord­-Ubangi !

Promouvoir ce schéma re­viendrait à dire du Nord-Ubangi qu’il a pour vocation de diriger le Congo en pôle position; les autres districts en étant privés! Voit-on d’ici l’archevêque Laurent Monsengwo jouer pa­reille carte, simplement par plai­sir de « liquider » Joseph Kabila ?

Ngbanda, parlons-en !

Léon Kengo, lui-même, en est conscient. Il n’est, d’ailleurs, schéma mieux indi­qué pour précipiter l’éclatement du pays que son accession à la présidence de la République à la suite, par exemple, d’un coup d’Etat civil ou militaire. L’homme, pour son malheur, a laissé s’accumuler con­tre lui de haines rentrées. Dans toutes les 11 provinces du pays, il s’est fait tellement d’adversai­res et d’ennemis que même son sens d’Etat -pourtant avéré -en souffre sérieusement.

Au demeurant, le dis­cours que tient à son égard Honhoré Nbganda depuis la nuit des temps est celui d’un brûlot. Déjà, dans son célèbre ouvrage « Ainsi sonne le glas ! Les derniers Jours du maréchal Mobutu », Ngbanda descend Kengo comme jamais cela n’a été fait dans la vie et la carrière de cet homme.

Que « spécial » revienne à la charge, c’est une bonne rai­son pour comprendre que l’éli­mination de Joseph Kabila n’aura pas résolu la crise. Au contraire, elle risque, avec la donne géopolitique, de l’accen­tuer.

Et puis, Honoré Ngbanda, parlons-en! Cet homme est de la race rarissime- des conseillers spéciaux en matière de sécu­rité qui ne devrait jamais survi­vre politiquement aux chefs d’Etat qu’il aura servi quand l’Histoire retient que l’on a conduit le patron à une sortie aussi déshonorable que lamen­table que celle connue par Mobutu (fuir le pays à la veille d’une insurrection et s’en aller mourir à l’étranger trois mois après), il faut être un sans ­cœur pour chercher à jouer quelque rôle prépondérant dans la vie politique d’une na­tion. Dans des pays comme les Etats-Unis, la France ou Israël, un chef de sécurité d’un chef d’Etat ou d’un chef de gouver­nement déchu comme l’aura été Mobutu se met carrément à la retraite. Non pour écrire des mémoires, mais pour ronger son frein, attendant calmement la mort ; seule voie de sortie ho­norable.

Pour mémoire, les agents de sécurité de Kennedy, Pétain ou Shamir n’ont pas re­pris du service. C’est seule­ment au Congo où un tel per­sonnage peut, du jour au len­demain, s’autopardonner, s’auto-sanctifier et s’autoproclamer leader avec la conviction d’être soutenu face à un danger qu’il aura person­nellement auto-institué! Et, par la suite, menacer tout un ordre institutionnel issu des urnes ouvertes à tout le monde, des urnes qu’il aura fuies parce que conscient d’échouer lamenta­blement !

C’est finalement cet homme, impliqué jusqu’au cou dans le cycle de décadence qu’aura connue ce pays, qui estime que tout le monde vaut zéro (voyez comment il traite même Bemba et Tshisekedi), sauf lui! Il peut dès lors se per­mettre de se jouer de la mémoire collective congolaise en s’inspirant des schémas de changement de l’ordre institu­tionnel dans lesquels il impli­que ou fait impliquer forces politiques et sociales dont il était C’est finalement cet homme impliqué jusqu’au cou dans le cycle de décadence qu’aura connue ce pays, qui estime que tout le monde vaut zéro (voyez comment il traite même Bemba et Tshisekedi), sauf lui !

Il peut dès lors se per­mettre de se jouer de la mémoire collective congolaise en inspirant des schémas de changement de l’ordre institu­tionnel dans lesquels il impli­que ou fait impliquer forces po­litiques et sociales dont il était le pourfendeur sous Mobutu avant d’en devenir le défenseur de même des puissances oc­cidentales dont il était le défen­seur sous Mobutu avant d’en devenir le pourfendeur!

En voulant -par des voies interposées - susciter une crise entre Kabila et Monsengwo et chercher en même temps à ridiculiser à la fois Kengo. Mokolo et Bemba (qui sont de chez lui), Ngbanda a un agenda éloigné de vraies préoccupations congolaises.

(Th)

Omer Nzongo die Lema/L’Avenir