A Bangui, capitale de la République Centrafricaine où il a séjourné jeudi 7 février 2008, le procureur Luis Moreno Ocampo a fait allusion aux crimes perpétrés par le MLC, le RCD, Nkunda, les FDLR, les groupes armés et quelques autres forces armées, crimes devant faire l’objet des investigations de la Cour pénale internationale (CPI).
L’arrestation, le jeudi 7février 2008, de Mathieu Ngujolo et son transfert à La Haye, siège de la Cour pénale internationale (Cpi), ont failli passer sous silence l’arrivée du procureur Luis Moreno Ocampo le même jour à Bangui. Pourtant, un communiqué de presse date du 5 février a fixé à cette date cette visite pour enquête sur les atrocités commises dans ce pays.
A Bangui, poursuit le communiqué, le procureur avait, dans son agenda une série des rencontres avec les autorités politiques, les victimes, les représentants de la Société civile et la population. Il était prévu une participation à un débat public avec retransmission par la Radio Interactive pour la Justice, débat au cours duquel il devait répondre aux questions des auditeurs et s’entretenir avec les Centrafricains « de l’importance de la Cpi ». Le calendrier prévoyait aussi une descente au Bureau extérieur de la Cour, opérationnel depuis octobre 2007.
Mais, le clou du séjour reste l’ouverture d’une enquête portant sur « des crimes les plus graves qui paraissent avoir été commis en 2002-2003 alors que la violence était à son comble ». Selon ce communiqué, « Des centaines de femmes terrifiées ont subi le calvaire des violences sexuelles (...). Nous avons des informations sûres sur de viols collectifs, d’actes sexuels horribles infligés à des femmes, des fillettes, à des personnes âgées et, dans certains cas, à des hommes ». Bref, des crimes relevant de la compétence de la Cpi et qui doivent être poursuivis. Ce n’est pas tout. Il y a aussi les actes de violence remontant à 2005 et commis au Nord de la Rca. « Il faut que la population centrafricaine sache que le monde ne l’a pas oubliée (...). Nos activités d’enquête en République centrafricaine mettent en évidence certains des problèmes terribles auxquels sont confrontés la population et la nécessité d’y remédier de toute urgence », a dit Luis Moreno.
La Cpi, Bemba et le Mlc
On sait que Jean-Pierre Bemba a toujours nié son implication ou celle des siens dans ces crimes, bien qu’il reconnaisse l’envoi d’un corps expéditionnaire de son ex-mouvement rebelle à Bangui pour voler au secours du Pouvoir Ange Patassé. Dans une déclaration à l’Afp, réagissant à la première annonce faite par la Cpi à ce sujet, Bemba s’était déclaré « le premier à avoir demandé une enquête sur des allégations de viols et d’exactions qu’auraient pu compromettre certains de mes hommes ». Il avait rappelé avoir écrit dès octobre 2002 au général Lamine Cissé, représentant spécial de l’Onu en Centrafrique.
« Il m’a répondu dans une lettre en janvier 2003 qu’il avait diligenté une enquête et que dès qu’il aurait de nouveaux éléments, il m’en ferait part », avait révélé Bemba en soulignant que « Je n’ai jusqu’aujourd’hui reçu aucune nouvelle des Nations unies, ni aucune preuve impliquant les troupes envoyées en Centrafrique en 2002 ». Justifiant l’envoie de son corps expéditionnaire, il se fera fort de dire en substance: « Nous n’avons fait qu’une chose, c’est intervenir à la demande d’un président démocratiquement élu qui était victime d’une tentative de coup d’Etat ».
La dépêche de l’Afp Signalait qu’aussitôt la tentative de coup d’Etat perpétrée alors par le général Bozize, les Congolais avaient été accusés d’avoir « fait régner la terreur, tuant, pillant et surtout violant ». En réaction, Bemba estimera que sa propre responsabilité y est totalement dégagée. Comme pour l’argumenter, il ajoutera : « Je n’étais pas en Centrafrique et si demain une enquête conclut à la responsabilité d’éléments du MLC, ils devront être poursuivis et condamnés comme le prévoit la loi ». Un chef qui lâche ainsi ses hommes...
A l’analyse des déclarations de Luis Moremo à Bangui, tout porte à croire que Jean-Pierre Bemba (pas le Sénateur couvert par l’immunité de la fonction, mais le président du Mlc) ne peut que se sentir visé. En effet, des premiers témoignages recueillis sur près des 600 victimes de violences sexuelles, il ressort que des crimes imprescriptibles ont réellement été commis pendant cette expédition. D’où la question de savoir qui en est alors l’auteur ou qui en sont les auteurs. Naturellement, seul le rapport d’enquête final le déterminera.
Il y a cependant l’auteur intellectuel d’autant que les troupes et les armes ayant servi à l’expédition ne sont pas arrivées à Bangui par elles-mêmes. Il y a quelqu’un à avoir donné l’ordre de rassemblement et de départ; quelqu’un à avoir reçu rapport de mission. Bref, quelqu’un qui devait hier et qui doit aujourd’hui assumer!
Là, Jean-Pierre Bemba s’accuse lui-même dès lors qu’il déclare, citation: « Nous n’avons fait qu’une chose, c’est intervenir à la demande d’un président démocratiquement élu qui était victime d’une tentative de coup d’Etat ». Fin de citation. Dans une entrevue qu’il a eue de Bangui avec l’agence Reuters, Luis Moreno-Ocampo a affirmé que les autres crimes… les jeunes filles et les femmes âgées ont été victimes de viols collectifs, dans les lieux publics »
Parlant de la durée que prendra l’enquête, il l’a évaluée à 18 mois. Avant de quitter la Rca le mémo, l’a indiqué que la période va d’investigations d’octobre et novembre 2002 à mars 2003. « Nous allons tenter d’identifier les auteurs et les responsables des crimes commis », a-t-il poursuivi, se félicitant au passage de l’esprit de collaboration dont ont fait montre les autorités centrafricaines. « Nous allons travailler ensemble pour la justice ici, en RCA, a-t-il conclu. Il y a lieu de signaler que la Fidh - regroupement des ligues nationales des droits de l’homme des pays membres de l’Onu - a déjà accusé à la Cpi Joan-Pierre Bemba de crimes de guerre, et avec lui l’ex-président Ange Patassé.
La Cpi, Nkunda et le Rcd !
Sur ces entrefaites, toujours à partir de Bangui le procureur Luis Moreno a fait allusion à la situation qui prévaut au Nord et au Sud-Kivu, considérées déjà comme les prochaines zones d’enquête de la Cpi. Des investigations préliminaires sont y sont en cours. Réagissant à l’amnistie évoquée à la Conférence de Goma, il est d’avis que « l’offre d’amnistie ne couvre pas les crimes de guerre et crimes contre l’humanité ». Dans son entendement, « Nkunda, qui a été l’objet d’un mandat d’arrêt international maintenant expiré, pour encore faire l’objet d’une enquête de la CPI ».
(Th)Omer Nsong die Lema/L’Avenir
Last edited: 09/02/2008 13:25:21