La suspecte et brusque volonté de publication par Kigali de la liste des génocidaires Hutu, encore que cette publication n’est toujours pas faite, peut être perçue comme une manœuvre de plus de contourner les recommandations de l’Accord de Nairobi enjoignant le rapatriement des Interahamwe.

On se souviendra qu’en date du 9 octobre 2007, réunis à Nairobi, les gouvernements congolais et rwandais ont publié un communiqué conjoint (connu sous le vocable Accord de Nairobi) pour la résolution de la crise. La partie rwandaise, représentée par le ministre des Affaires étrangères, a pris cinq engagements cités par les lettres alphabétiques a, b, c, d et e.
Ainsi, Kigali a reconnu :
- prendre toutes les mesures nécessaires pour sécuriser sa frontière et empêcher l’entrée ou la sortie de membres de tout groupe armé, en particulier de celui du chef de milice dissident Nkunda, et d’empêcher que toute forme de soutien – militaire, materiel ou humain – soit fourni à aucun groupe armé en RDC ;
- transmettre au Gouvernement de la RDC et à la MONUC une liste de génocidaires recherchés (toutes catégories) ;
- s’abstenir de toute déclaration de soutien à tout groupe armé en RDC ;
- encourager par le biais des programmes appropriés des membres des ex-FAR/Interahamwe et leurs proches à regagner leur pays et faciliter leur réintégration socioéconomique effective ;
- et rendre public le contenu de ce communiqué conjoint.
La partie congolaise a pris, de son côté, six engagements cités par les lettres alphabétiques a, b, c, d, e et f. Cependant, l’accent a été mis sur les engagements suivants :
- préparer pour le 1er décembre 2007 un plan détaillé pour désarmer les ex-FAR/Interahamwe et éliminer la menace qu’elles constituent. Il sera demandé à la MONUC de fournir un soutien pour la planification et la mise en œuvre subséquente en accord avec son mandat et ses moyens. Le plan sera communiqué au Gouvernement Rwandais au 1er décembre 2007 ;
- lancer d’urgence des opérations militaires pour démanteler les ex-FAR/Interahamwe comme organisation génocidaire-militaire en RDC. Ces operations devraient être conduites simultanément avec les operations de démantèlement des autres groupes armés illégaux au Nord et au Sud Kivu ;
- et identifier et utiliser les moyens nécessaires pour mettre en œuvre le plan dans ses aspects militaires.
24 heures avant l’échéance du 1er décembre 2007, le gouvernement congolais a remis au gouvernement rwandais le plan détaillé élaboré, du reste, avec le concours de la Monuc. En raison, naturellement, de son caractère stratégique, ce Plan ne pouvait pas faire objet de médiatisation, même si l’on peut supposer que des copies circulent sous le manteau.
Ce serait bien dramatique
Or, de l’engagement de Kigali relatif à la présentation de la liste des ex-Far et Interahamwe génocidaires et des programmes de réinsertion socioéconomique des non-génocidaires dépend en grande partie l’exécution – côté Congo – du Plan d’élimination de la menace des rebelles hutu rwandais.
En d’autres termes, si le Rwanda ne met pas à la disposition de la RDC cette liste, il sera bien difficile pour Kinshasa de tenir ses engagements.
Apprendre, dès lors, de Bernard Kouchner que la liste a été publiée et constater que celle-ci ne fait pas objet de vulgarisation, ce n’est pas la meilleure façon d’aider la RDC à assumer sa part de responsabilités.
On peut finalement se demander lesquels, du gouvernement rwandais et du gouvernement congolais a tout à gagner de la non-médiatisation de la liste ! C’est, de toutes les façons, le gouvernement rwandais.
En préconisant en effet le retour inconditionnel des exFar et Interahamwe, il bloque en définitive l’application de l’Accord de Nairobi.
En toute logique, la diplomatie congolaise devrait alerter la communauté internationale et le peuple congolais pour en prendre acte !
Ce serait bien dramatique qu’elle se taise pendant que le Rwanda torpille l’accord.
(Yes)
Omer Nsongo die Lema/L’Avenir
Last edited: 06/02/2008 16:28:28