L’acceptation enfin par le n° 1 rwandais, quatorze ans après, du retour de ses compatriotes réfugiés en RDC et qu’il considère de génocidaires est-elle sincère ? Sinon quelle astuce cache ce brusque retournement d’attitude de Kagame resté jusqu’ici intransigeant sur ce dossier ?

Apprendre de Bernard Kouchner que la liste a été publiée et constater que celle-ci ne fait pas l’objet de vulgarisation, ce n’est pas la meilleurs façon d’aider la RDC à assumer sa part des responsabilités. En effet, de l’engagement de Kigali relatif à la présentation de la liste des ex-Far et Interhamamwe génocidaires et des programmes de réinsertion socioéconomique des non génocidaires dépend en grande partie de l’exécution – côté Congo – du Plan d’élimination de la menace des rebelles hutu rwandais. En préconisant déjà le retour inconditionnel des ex-Far et Interahamwe, Paul Kagame bloque en réalité l’application de l’Accord de Nairobi. En toute logique, la diplomatie congolaise devrait alerter la communauté internationale et le peuple congolais pour en prendre acte ! Ce serait bien dramatique qu’elle se taise pendant que le Rwanda torpille l’accord…
« Avec la signature de l’Acte d’engagement, il y a un certain nombre de gens qui doivent rentrer chez eux, et certains sont peut-être sur une liste, qui vient d’être publiée, des génocidaires ».
La déclaration est du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Faite dimanche 27 janvier 2008 aux médias après l’audience lui accordée par Paul Kagame, elle n’a été commentée ni par la diplomatie rwandaise (ce qui peut s’expliquer), ni par la diplomatie congolaise (ce qui ne peut que déranger).
En effet, dans ces propos de l’homme d’Etat français, il y a l’affirmation de la publication de la liste des génocidaires. Kouchner est assez clair : « … une liste, qui vient d’être publiée… ».
C’est à cette même occasion que le chef de l’Etat rwandais a préconisé pour la première fois depuis 1994, le retour des ex-Far et des Interahamwe se trouvant au Congo. « Je l’ai dit et je le répète, tout le monde est invité à rentrer, pas seulement les gens qui avaient moins de 14 ans, c’est-à-dire en dessous de l’âge légal de répondre de quelque crime que ce soit. Tout le monde peut rentrer, et tout le monde doit rentrer ». La globalisation et l’obligation sont dans la dernière phrase.
Attendre 14 ans pour céder ou lâcher (c’est selon), il y a effectivement lieu de se demander si ce n’est pas pour la consommation extérieure.
Forte est la tentative de soutenir le contraire
Les annales renseignent qu’en 1998, alors que la guerre venait de commencer le 2 août et que Laurent-Désiré Kabila soutenait la thèse de l’agression, Paul Kagame avait mis près de trois mois pour admettre la présence de ses troupes sur le territoire congolais.
C’est à Nelson Mandela qu’il en avait fait l’aveu, la veille d’une conférence qui devait se tenir à Paris. Pourtant, certains de ses collaborateurs commençaient à y faire allusion.
On réalise aujourd’hui que la stratégie demeure de mise. Ces derniers mois, ses collaborateurs se sont chargés d’annoncer le retour des ex-Far et Interahamwe en s’arrangeant, cependant, pour manier la chicotte et le bâton. Charles, Murigande, par exemple, s’est spécialisé dans le double langage, refusant de distinguer les ex-Far et Interahamwe des Fdlr, considérant les uns et les autres comme du pareil au même !
Par ce langage, il n’a fait que bloquer systématiquement toute possibilité de retour de ces éléments rwandais dans leur pays d’origine : le Rwanda.
Cette fois-ci – miracle – c’est lui-même Paul Kagame en personne qui se charge de lancer l’appel au retour…
Le bénéfice du doute est donc permis.
(Yes)
Omer Nsongo die Lema/L’Avenir
Last edited: 06/02/2008 16:40:41