Le président Joseph Kabila passe, en tant que président en exercice de la CEEAC, une première épreuve de gestion de crise politique africaine avec l’actuel dossier tchadien dont il condamne fermement la voie de la force utilisée par les rebelles pour en venir au régime en place à Ndjamena.

Quelle que soit la tournure que prennent les événements au Tchad avec l’entrée, le samedi 2 février 2008, des rebelles Cnt (Concorde nationale tchadienne) suivie hier dimanche 3 de l’occupation de la plupart des sites stratégiques de la capitale - il était même fait état de l’encerclement du palais présidentiel - une chose est au moins certaine ce lundi 4 février: le coup de force contre Idriss Deby Etno va devoir mettre à l’épreuve la diplomatie congolaise, précisément celle de Joseph Kabila en sa qualité de président en exercice de la Ceeac.
Le site « 20 minutes.fr » a fait la chronologie desdits événements. Dans une communication lue samedi sur la Rtnc, il est fait état de l’attention avec laquelle le président congolais entend suivre l’évolution de la situation au Tchad. Au demeurant, Kabila a condamné le coup de force; lire en encadré le communiqué que nous a fait parvenir le porte-parole Kudura Kasongo.
On peut supposer que s’il avait fait le déplacement de la capitale éthiopienne, il se serait retrouvé dans la médiation. L’Union africaine a mis à profit sa première session annuelle pour réagir. Elle a désigné deux médiateurs (Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville et Mouahamar Khadaffi de la Libye), et condamné l’action des insurgés.
Une dépêche Afp a révélé que la France a agi de la même façon au cour de la réunion spéciale tenue vendredi 1er février, juste après l’annonce de la mise en branle de la colonne motorisée des forces rebelles à partir de la frontière soudanaise, à près de 700 km de N’Djamena. 300 véhicules; ça se remarque. Au nom de l’Union européenne, Louis Michel a abondé dans le même sens. Dans un communiqué du Département d’Etat, les Etats-Unis ont également condamné cette initiative. Bref, l’Occident se dit opposé à la prise du pouvoir par les armes.
C’est programmé...
La position de Paris, jusque hier dimanche, n’était pas pour rassurer le Pouvoir tchadien. Hervé Morin, ministre de la Défense, considérait certes que “Le président Deby est encore le président du Tchad en exercice “et qu” il conserve encore la maîtrise de la quasi totalité de l’armée tchadienne.
Il a même souligné auparavant qu’en continuant à revendiquer son statut de président ”élu légitimement“, Idriss Deby Etno “a raison “et que, de ce fait, la France “ se préoccupe d’un chef d’Etat étranger qui a des liens particuliers avec la France qui refuse de partir ” dans les conditions d’un coup de force.
Mais, l’ambiguïté vient du fait qu’en limitant la maîtrise de cette quasi-totalité de l’Armée nationale tchadienne (Ant) au moins entre 2.000 ou 3.000 hommes, Morin n’a pas démenti l’offre faite au président tchadien de quitter son pays “Dès vendredi soir, nous avons proposé à Idriss Deby de l’aider à sortir du Tchad s’il estimait que sa vie était en danger et qu’il devait partir mais il a refusé“ a indiqué une source diplomatique à l’Afp. Sur Rtf, la même source a persisté et signé: “Cette proposition d’aide est toujours valable“, a-t-elle dit.
Parlant de la journée du dimanche 3 février 2008 marquée dès le début de la matinée par la reprise des combats à l’arme lourde en pleine capitale, le ministre français de la Défense a eu cette ”prophétie”: “la journée d’aujourd’hui sera capitale “. Euphémisme pour dire : Deby peut partir c’est programmé !
« Au cas où... »
L’événement est que, manifestement, il y a eu d’abord une sorte de course contre la montre entre, d’un côté, l’Union européenne qui envisageait le déploiement de l’Eufor au Tchad et en Centrafrique cette semaine et, de l’autre, le Soudan (parrain de la rébellion) qui n’en veut pas en raison, dit-on, de la situation au Darfour.

Ce ”bras de fer” qui ne dit pas son nom a vraisemblablement trouvé un soutien inattendu du côté de Timane Erdimi, chef du mouvement insurrectionnel Rfc (Rassemblement pour le Changement). Propre neveu d’Idriss Deby ce dernier a qualité de “ noble” la mission Eufor si seulement elle vise à sécuriser les déplacés et les réfugiés. Une façon de convaincre la Communauté européenne, alias Occident, de ses bonnes dispositions au cas où...
C’est justement pour gérer ce “ au cas où “ que la diplomatie Kabila subit sa première épreuve. Car ce au cas où “ comprend plusieurs inconnues! Idriss Deby Etno est certes un chef d’Etat élu et même réélu. Mais, la dernière élection a été comme un pied de nez à l’égard de l’Occident. Elle a eu le malheur de survenir en pleine crise entre son pouvoir et la Banque mondiale ; celle-ci étant soutenue par ses partenaires” impliqués “ dans l’exploitation pétrolière du Tchad.
Les “ faiseurs “ du monde n’ont certainement jamais oublié. En plus il y a eu un tripatouillage de la Constitution qui lui a permis de s’offrir un 3ème mandat alors qu’il s’était engagé, en 2001, à respecter les deux mandats prévus “ Je ne serai pas candidat à l’élection présidentielle de 2006. Je ne modifierai plus la constitution, quand bien même j’aurais une majorité de cent pour cent”, avait-il dit. Bien plus, l’homme a un parcours « inconfortable » Compagnon de Habré et Goukouni, il est de ceux qui avaient séquestré Mme Claustre. C’est des choses sur lesquelles l’Occident se montre intransigeant. Tôt ou tard, on finit par payer. D’où cette question « Qu’est-ce qu’alors la diplomatie Kabila fera-t-elle?“. Réponse: “Pas plus que la médiation” Sassou-Khadaffi“.
Communiqué de presse en rapport avec la situation sociopolitique au Tchad
Le Président de la République Démocratique du Congo, Son Excellence Monsieur Joseph Kabila Kabange, Président en exercice de la CEEAC, exprime sa vive préoccupation sur la situation socio-poiltique trouble qui règne à Djamena, capital. de la République du Tchad. Au nom des Etats membres de la CEEAC et conformément aux dispositions statutaires de l’Union Africaine, il condamne toute tentative de prise de pouvoir par les armes.
Il salue par ailleurs l’initiative de médiation décidée par l’Union Africaine et confiée à Son Excellence Monsieur Denis Sassou Nguesso, Président de la République du Congo et à Monsieur Mouhammar Kadgafi, Guide de la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Socialiste et Populaire.
Son Excellence Monsieur Joseph KABILA KABANGE continue à suivre avec grande attention l’évolution de la situation et exprime son soutien au peuple tchadien ainsi qu’aux institutions démocratiquement élues de l’Etat tchadien. Aussitôt que la situation reviendra à la normale, une délégation de la CEEAC se rendra sur place pour une évaluation conséquente.
Fait à Kinshasa, le 2 février 2008
(Th)
Omer Nsongo die Lema/L’Avenir
Last edited: 04/02/2008 17:45:21