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Kigali : Où est la liste des génocidaires Hutus ?

Kinshasa, 02/02/2008 / Politique
Les journalistes qui attendaient dimanche 27 janvier 2008 Bernard Kouchner à la sortie de l’audience que lui a accordée le Président rwandais Paul Kagame se sont entendus dire que la liste des génocidaires rwandais hutus a déjà été publiée. Pourquoi le gouvernement rwandais n’a-t-il pas vulgarisé cette liste ? Avec  la signature de l’Acte d’engagement, il y a un certain nombre de gens qui doivent rentrer chez eux, et certains sont peut ­-être sur une liste qui vient d’être publiée des génocidaires ».

La déclaration est du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Faite dimanche 27 janvier 2008 aux médias après l’audience  lui accor­dée par Paul Kagame, elle n’a été commentée ni par la di­plomatie rwandaise (Ce qui peut s’expliquer), ni par la di­plomatie congolaise (Ce qui ne peut que déranger).

En effet, dans les pro­pos de l’homme d’Etat fran­çais, il y a affirmation de la publication de la liste des génocidaires. Kouchner est assez clair: « …une liste  vient d’être publiée... »

C’est à cette même oc­casion que le chef de l’Etat rwandais a préconisé pour la première fois depuis 1994, le retour des ex-Far et des Interahamwe se trouvant au Congo : « Je l’ai dit et je le ré­pète, tout le monde est invité à rentrer, pas seulement les gens qui avaient moins de 14 ans, c’est-à-dire en dessous de l’âge légal de répondre de quelque crime que ce soit. Tout le monde peut ren­trer, et tout le monde doit ren­trer ». La globalisation et l’obligation sont dans la der­nière phrase.

Attendre 14 ans pour céder ou lâcher (c’est selon), il y a effectivement lieu de se demander si ce n’est pas pour la consommation extérieure.

Forte est la tentative de soutenir le contraire. Les annales rensei­gnent qu’en 1998, alors que la guerre venait de commen­cer le 2 août et que Laurent ­Désiré Kabila soutenait la thèse de l’agression, Paul Kagame avait mis près de trois mois pour admettre la présence de ses troupes sur le territoire congolais.

C’est à Nelson Mandela qu’il en avait fait part, la veille d’une conférence qui devait se tenir à Paris. Pourtant, certains de ses collabo­rateurs commençaient à y faire allusion.

On réalise aujourd’hui, que la stratégie demeure de mise. Ces derniers mois, ses collaborateurs se sont char­gés d’annoncer le retour des ex-Far et Interahamwe en s’arrangeant, cependant, pour manier la carotte et le bâton. Charles Murigande, par exemple, s’est spécialisé dans double langage, refu­sant de distinguer les ex-far et Interahamwe des Fdlr; considérant les uns et les autres comme du pareil au même !

Par ce langage, il n’a fait que bloquer systémati­quement toute possibilité de retour de ces éléments rwan­dais dans leur pays d’origine: le Rwanda.

Cette fois-ci miracle, c’est lui-même Paul Kagame en personne qui se charge de lancer l’appel au retour...

Le bénéfice du doute est donc permis

On se souviendra qu’en date du 9 octobre 2007, réu­nis à Nairobi, les gouverne­ments congolais et rwandais ont publié un communiqué con­joint (connu sous le vocable Accord de Nairobi) pour la ré­solution de la crise. La partie rwandaise, représentée par le ministre des Affaires étrangè­res, a pris cinq engagements cités par les lettres alphabéti­ques a, b, c, d et e. Ainsi, Kigali a reconnu prendre toutes les me­sures nécessaires pour sécu­riser sa frontière et empêcher l’entrée ou la sortie de mem­bres de tout groupe armé, en particulier de celui du chef de milice dissident Nkunda, et d’empêcher que toute forme de soutien militaire, maté­riel ou humain soit fourni à aucun groupe armé en RDC; transmettre au Gouvernement de la RDC et à la MONUC une liste des génocidaires recherchés (tou­tes catégories); s’abstenir de toute dé­claration de soutien à tout encourager par le biais des programmes appropriés les membres des ex-FAR Interahamwe et leurs proches à regagner leur pays et facili­ter leur réintégration socio-éco­nomique effective; et rendre public le con­tenu de ce communiqué con­joint.

La partie congolaise a pris de son côté, six engagements cités par les lettres al­phabétiques a, b, c, d, e et f. Cependant, l’accent a été mis sur les engagements sui­vants:  préparer pour le 1èr dé­cembre 2007 un plan détaillé pour désarmer les ex-FAR! Interahamweet pour éliminer la me­nace qu’ils constituent. Il sera demandé à la MONUC de fournir un soutien pour la pla­nification et la mise en œuvre subséquente en accord avec son mandat et ses moyens. Le plan sera communiqué au Gouvernement Rwandais au 1èr décembre 2007;  lancer d’urgence des operations militaires pour démanteler les ex -FAR! Interahamwe comme organi­sation génocidaire-militaire en RDC. Ces operations de­vraient être conduites simul­tanément avec les operations de démantèlement des autres groupes armés illégaux au Nord et au Sud Kivu; et identifier et utiliser les moyens nécessaires pour mettre en oeuvre le plan dans ses aspects militaires.

24 heures avant l’échéance du décembre 2007, le gouvernement congolais a remis au gouvernement rwandais le plan détaillé éla­boré, du reste, avec le con­cours de la Monuc. En raison, naturellement, de son carac­tère stratégique, ce Plan ne pouvait pas faire objet de médiatisation, Même si l’on peut supposer que des co­pies circulent sous le man­teau.

Ce serait bien dramatiques

Or, de l’engagement de Kigali relatif à la présentation de la liste des ex-FAR et Interhamamwe génocidaires et des programmes de réin­sertion socioéconomique des non-génocidaires dépend en grande partie l’exécution côté Congo –du plan en d’éli­mination de la menace des re­belles hutu rwandais.

En d’autres termes, si le Rwanda ne met pas à la disposition de la RDC cette liste, il sera bien difficile pour Kinshasa de tenir ses enga­gements.

Apprendre, dès lors, de Bernard Kouchner que la liste a été publiée et constater que celle-ci ne fait pas objet de vulgarisation, ce n’est pas la meilleure façon d’aider la RDC à assumer sa part de respon­sabilités.

On peut finalement se demander lesquels, du gou­vernement rwandais et du gou­vernement congolais à tout à gagner de la non­ médiatisation de la liste ! C’est, de toutes les façons, le gouvernement rwandais.

En préconisant en effet le retour inconditionnel des ex-Far et Interahamwe, il bloque en définitive l’appli­cation de l’Accord de Nai­robi.

En toute logique, la diplomatie congolaise de­vrait alerter la communauté internationale et le peuple congolais pour en prendre acte !

Ce serait bien drama­tique qu’elle se taise pen­dant que le Rwanda torpille l’accord.

(Ern.)

L’Avenir

Last edited: 02/02/2008 14:10:57

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