Nombreux sont ces Congolais qui pensent que la matérialisation de cette résolution est censée extirper du sol congolais tous les groupes armés étrangers venus des pays frontaliers dont le Rwanda. Si sur le papier, l’affaire paraît simpliste, elle devient un peu plus corsée lorsqu’on s’inscrit sur le terrain de sa matérialisation.

Un communiqué des Fdlr publié récemment est venu compliquer davantage la situation en ce sens que ce groupe rebelle Hutu déclare ne pas être concerné par les décisions prises à Goma sans leur participation et sans en avoir été préalablement consulté. Sans ambages, les Fdlr ont également démenti le fait d’avoir donné des assurances au ministre Mbusa Nyamwisi quant à leur éventuel rapatriement à l’issue de la rencontre qu’ils auraient eu avec l’officiel congolais à Mbuakinua, une localité située à 160 Km au nord de Goma.

Tout en ignorant l’accord de Nairobi dont ils déclarent ne pas se reconnaître, ces rebelles rwandais déclarent ne rien à voir avec d’autres groupes rebelles hutus rwandais tel que le PUD (Rassemblement pour l’Unité et la Démocratie) qui aurait une autre perception de la situation. Pour les Fdlr, seul compte, la déclaration de Rome du 31 mars 2005 sur base de laquelle ils se disent prêts à retourner au Rwanda si des garanties sécuritaires leur étaient assurées.

Cette prise de position des Fdlr relativise quelque peu la portée de l’acte d’engagement de Goma en jetant l’incertitude sur leur rapatriement au Rwanda. La RD Congo dispose t-elle des moyens de pression capables de les contraindre au rapatriement par la force tel que le prescrit d’ailleurs l’accord de Nairobi? Car, en tant qu’Etat souverain, la RD Congo a le droit légitime de contrôler les mouvements militaires et autres forces étrangères présentes sur son territoire, et de protéger la population contre les envahisseurs. Et lorsque la RD Congo affiche son ras-le- bol face à une présence devenue nuisible face à ses intérêts, cela n’est que légitime. Cependant, y aller par la voie militaire, c’est aussi une manière de relancer les hostilités dans un espace déjà en passe de recouvrer la paix longtemps caressée.

La seule alternative qui s’offre à Kinshasa serait l’assistance de la communauté internationale représentée par la Monuc afin de forcer le retour au Rwanda desdites forces négatives. Disposant d’une marge de manœuvre étriquée par rapport à son mandat en tant que mission d’observation et de maintien de la paix en RD Congo, la Monuc ne peut à ce stade inquiéter les Fdlr, à défaut d’une requalification de ses objectifs par le Conseil de sécurité de l’Onu. Même si tel était le cas, l’aboutissement d’un tel processus ne pourra être possible que si les principaux concernés étaient convaincus sur l’opportunité de quitter le sol congolais d’où ils ont érigé leur base arrière.

A ce sujet; il faudrait préciser que les Fdlr sont d’accord sur le principe de leur rapatriement qui doit se concrétiser sous certaines conditions. Leurs exigences se résument en ces quelques préalables: -L’acceptation par le Rwanda des règles appliquées dans une démocratie moderne, avec l’organisation des élections libres et transparentes et une justice indépendante - La comparution devant un tribunal international de Paul Kagame afin de lever le voile sur les événements du 6 avril 1994.

La nécessité d’associer les Fdlr en tant qu’organisation de représentant de “facto” des réfugiés rwandais en RD Congo (pour la grande partie des Hutu) à leur retour pacifique au Rwanda dans des conditions humaines et dignes. En tout état de cause, le glas a sonné pour les Fdlr et les autres rebelles hutus qui doivent plier bagages pour rentrer dans leur pays. Toutefois, cela doit être planifié de sorte à éviter tout amalgame avec les rebelles génocidaires qui doivent répondre de leurs actes. Là-dessus, Kigali ne semble pas faciliter les choses en tardant de livrer à la RD Congo la liste des ex-Far Interhamwé présumés génocidaires.

Tout se passe comme si l’on prenait du temps afin de repousser sine die le rétablissement de la paix au Kivu étant entendu que les uns et les autres tirent leur existence de l’instabilité chronique à l’Est de la RD Congo. En reniant le contenu des résolutions de Goma pour n’avoir pas été associés, les Fdlr se mettent dorénavant dans une position défensive prêts à parer à toute éventualité liée à leur rapatriement forcé ... Les prochains jours nous en dirons davantage.    

(Th)

AD/Uhuru