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Bonjour | 20/11/2008 14:24 | English Make DC Home page | RSS feed

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La France par la voix de son ministre des Relations extérieurs a clairement signifié la nécessité de la bonne application des engagements pris à la conférence de Goma pour concrétiser la volonté de tous les protagonistes au retour de la paix dans le Kivu. Le passage le week-end dernier du ministre français des Relations extérieurs Bernard Kouchner dans la région des Grands Lacs au moment où était clôturée la conférence de Goma sur la paix, la sécurité et le développement dans les deux provinces du Nord et du Sud-Kivu a été l’occasion pour la France de signifier son appui à la dynamique de paix enclenchée à ce forum. Le chef de la diplomatie française qui fut reçu samedi à l’étape de Goma de son périple par le président de l’Assemblée nationale Vital Kamerhe, l’un des artisans majeurs de la conférence en tant que président de l’organe névralgique Comité des sages et porte-parole même de la conférence, a clairement exprimé à son interlocuteur la nécessité de mener méticuleusement à bien le travail de suivi d’application des engagements souscrits par toues les protagonistes, tandis que la communauté internationale promet de renforcer son appui inconditionnel à ce suivi.

Le président de l’Assemblée nationale a reçu son hôte conduit par le ministre d’Etat aux Affaires étrangères Mbusa Nyamwisi dans le paisible cadre du jardin de l’Hôtel Ihusi au bord du Lac Kivu. Leur entretien s’est déroulé dans un climat de chaleureuses retrouvailles en présence de la presse retenue seulement à quelques mètres d’écart. Mais le secret de ces échanges a aussitôt été dévoilé par M. Bernard Kouchner dans un édifiant point de presse dont les propos du jeu des questions et réponses sont repris ci-après.

M. le ministre, comment la France que vous représentez ici apprécie-t-elle l’acte d’engagement pour la paix que les protagonistes dans la guerre au Kivu viennent de signer ?

La France apprécie hautement cet acte d’engagement et vous félicite tous ceux qui ont participé à cette difficile entreprise après tant d’années de massacres après tant d’années de souffrance. Une population qui a souffert à un point inimaginable, personne n’aurait parié grand chose sur la façon dont pouvait se sortir pour l’avenir, pour que chacun rentre chez soi, pour que 800.000 déplacés (de guerre) rentrent chez eux dans les villages, pour que les femmes cessent d’être l’objet d’outrages, de mutilations, d’actes sexuels inqualifiables, évidemment de viols et plus encore !

J’ai visité l’hôpital où ces femmes sont traitées par des gens admirables. Nous avons décidé, la France a décidé d’aider cet hôpital. J’ai vu les campos des personnes déplacées, je sais qu’il y en a au moins 800.000 et tout cela n’est pas acceptable. Alors pour moi… cet acte n’a pas été choisi par moi, c’est vous qui avez réussi à le signer au moment où j’arrivais. Je ne savais pas en rapport l’un avec l’autre, c’est une chance pour moi formidable que de vous affirmer que la France sera présente, qu’elle continuera d’aider et qu’elle entretiendra avec la République démocratique du Congo des liens beaucoup plus forts que par le passé.

Vous venez de vous entretenir avec le président de l’Assemblée nationale Vital Kamerhe, peut-on connaître l’objet de vos entretiens ?

D’abord, il m’a remercié, et moi je l’ai félicité chaudement parce qu’il a participé avec le ministre des Affaires étrangères (Mbusa Nyamwisi), mon ami avec qui nous avons passé toute la journée, ils ont participé avec tous les groupes pour vous rendre compte, vous le savez bien mieux que moi : la haine qui était ici, les violences terribles, les assassinats, les déplacements et puis voilà qu’il y a une possibilité que tout cela prenne fin, et que l’on se dirige enfin vers le retour chez soi et une vie je l’espère dans cet endroit extrêmement riche où tout pousse, où l’agriculture est importante, la pêche existe, vraiment c’est une chance que d’être avec vous aujourd’hui pour moi et j’espère que le suivi – vous savez : c’est facile de signer (facile ! entendons-nous : ce fut une entreprise extrêmement compliquée), mais c’est surtout après qu’il faut souligner.

Il faut que l’ensemble des protagonistes, y compris ceux qui devront certainement quitter la région, soient disposés à appliquer tout ce qui est dans ce document que le président de l’Assemblée vient de me remettre. Alors voilà : c’est l’effort de la communauté internationale, de l’Union Européenne que la France représente ici, et de la France particulièrement, tout cet effort de suivi vous est acquis. Et maintenant il faut savoir comment très vite tenir une réunion encore dans quinze jours, vingt jours, pour le suivi de cette conférence de Goma, nous serons présents, la France va ouvrir un bureau ici et nous allons renforcer nos consulats. Il y a, entre le président Joseph Kabila que j’ai rencontré hier (vendredi) et la France des projets très précis qui vont être menés à bien. Voilà : tout ça c’est… j’espère heureux pour vous, en tout cas très heureux pour moi, d’avoir retrouvé la République démocratique du Congo.

Il y a un problème ici, c’est que la population…

S’il n’y avait qu’un problème, je serai content !

En fait l’opinion pense que comme vous allez à Kigali…

Oui.

La population ici souhaite que vous transmettiez leur message de crainte de voir que Kigali n’ait pas été impliqué dans l’accord qui a été signé à Goma. Quel est votre point se vue ?

Mon point de vue est ce que j’ai en effet dit au président Joseph Kabila et en retournant maintenant j’ai de la population, en effet des messages à apporter, ce que je ferai et j’espère qu’ils seront suivis d’effets positifs, je ne peux pas vous le garantir, mais en tous cas je vais me charger de ces messages dans une situation qui, entre la France et le Rwanda n’est pas très simple, vous le savez, puisqu’il y a eu la rupture des relations diplomatiques, mas j’espère que tout cela va se remettre en route dans le bon sens. Oui, je sais, je suis chargé de cela. C’est une tâche très rude mais très noble, même c’est un honneur pour moi que d’essayer de la remplir.

L’heure est maintenant au développement après la signature de l’acte d’engagement pour la paix au Kivu. La France veut aujourd’hui implanter une représentation à Goma. Pour quel genre de projets concrètement susceptibles de conduire les populations au développement après la guerre.

Vous avez raison. Nous pouvons très bien l’accompagner, je l’espère en tous cas non seulement il y a une Agence française du développement comme vous le savez, mais aussi nous participons pour beaucoup – c’est presque 25 % - au Fonds européen de développement. Mais pour cela il faut des projets. Les projets, nous pouvons les faire avec vous.

D’accord, je suis heureux de vous entendre que maintenant c’est l’étape du développement. Ce n’est pas encore l’étape du développement, c’est l’étape du développement, mais surtout de la mise en œuvre de ce chemin de la paix, les premiers mètres sur le chemin de la paix. Je vous assure que ça c’est difficile : il ne faut pas relâcher son attention. Au contraire, c’est maintenant qu’il est précieux qu’il n’y ait pas de dérapage et que tout le monde remplisse ses obligations. Mais à part cela sur le développement, il est bien entendu que d’est précieux et dans les deux domaines dont on a parlé avec le président Joseph Kabila, c’est-à-dire l’éducation et la santé, mais il y a bien d’autres encore. Nous serons présents bien sûr !

Il y a aussi d’autres préoccupations, en rapport notamment avec la question des FDLR Interahamwe. Comment la France pourrait-elle aider le Congo à éradiquer ce phénomène ?

Ne parlons pas d’éradication mais de règlement pacifique, s’il vous plaît, parce que si on reparle d’éradication après avoir signé l’acte d’engagement, alors là on est mal parti ! Donc il s’agit en effet de cette présence, et vous avez raison, il faut que les pays voisins collaborent. En tout cas ce serait bien mais ça s’est déjà fait : il y a des gens qui sont rentrés chez eux, il y en a qui ont été raccompagnés à la frontière et il y a théoriquement des possibilités d’accueil, vous le savez, de l’autre côté. Alors j’espère que tout sera mis en œuvre. Je ferai de mon mieux, mais la France est très loin, vous, vous êtes très près. C’est à quelques mètres, n’est-ce pas. Donc il faut que toute la communauté internationale qui s’est déjà beaucoup impliquée continue de marquer sa présence. Regardez : la présence des agences, regardez le rôle que l’Onu a joué !

S’il n’y avait pas la Monuc, vous seriez quand même très embarrassés. Il y a beaucoup et beaucoup de possibilités pour que ça marche. Cela dépendra et ça dépendra toujours des hommes, des femmes, des enfants de chaque côté et de la bonne volonté dont ils témoigneront. Maintenant c’est quand même dans leurs mains, les politiques ont fourni un effort considérable. Cet accord, cet Acte d’engagement qui n’est pas un accord, cet acte d’engagement est, certes, un progrès formidable, mais ce n’est pas fini. Je vous le dis : ce n’est pas magique. Ce n’est pas parce qu’on signe un papier que tout est fait. Sûrement pas. Et il faut que tous les camps des personnes déplacés que vous connaissez, et tous les camps des réfugiés et toutes les occupations et toutes les milices puissent regagner quelque chose : leur chez eux ou en tous cas se convertir. Donc tout cela n’est pas simple. Encore une fois, c’est après la signature, c’est ce qu’on appelle le post-conflit, les jours d’après qui doivent être des jours de travail acharné. Et c’est cela le fond de l’histoire, de voir que ça change un peu, de voir et je ne sais pas si vous l’avez constaté, qu’il y a déjà un changement dans les esprits, qu’il y a déjà une petite ouverture, que les yeux brillent un peu plus. Tout cela n’est pas facile !

Propos recueillis par Daniel Nzuzi / MMC

Last edited: 29/01/2008 15:17:22

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