Le président de l’Assemblée nationale Vital Kamerhe, considéré comme l’un des cerveaux moteurs de la Conférence de Goma sur la paix dans les deux Kivu, président du Comité des sages et porte-parole de la Conférence.

A expliqué vendredi 25 janvier, sur les antennes de Radio France Internationale, le sens et la portée de l’amnistie accordée aux éléments des groupes armés, dont Nkunda. Une interview dont l’interprétation lisant son texte dans les interlignes.
Qui vous garantit que tous les groupes armés qui ont signé l’accord vont désarmer ?
Nous avons mis en place une commission technique « Paix et sécurité », laquelle doit comprendre les éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo, du CNDP et des principaux groupes armés. Et la commission est co-présidée par le gouvernement de la RDC et la communauté internationale. C’est pour rendre la reprise de la guerre irréversible à l’étape suivante de la création de quelques zones démilitarisées sur le terrain. C’est aussi pour que les observateurs de la Monuc, des FARDC et des groupes armés soient en mesure de surveiller d’abord la première opération de cessez-le-feu.
En échange du désarmement des groupes armés, vous acceptez d’amnistier les chefs de guerre. Mais ne faudrait-il pas d’abord attendre que la loi d’amnistie soit votée pour que les groupes armés commencent à désarmer ?
Non. Tout s’inscrit dans le temps. Nous prenons un timing de 45 à 50 jours. Et l’Assemblée nationale et le Sénat auront repris entre-temps leurs sessions qui commencent à la fin de la première période du mois de mars. Je crois qu’en priorité, le projet de loi que nous allons examiner sera certainement cette loi sur l’amnistie. Ce qui est tout à fait normal. Si nous voulons demander aux gens qui ont pris les armes de revenir, il faut leur donner, ne fût-ce que la garantie qu’ils ne seront pas arrêtés pour l’infraction de s’être insurgés contre l’armée régulière.
Laurent Nkunda fera partie des bénéficiaires de ce droit d’amnistie ?
L’amnistie concerne tous les éléments des groupes armés, en ce qui concerne les faits de guerre et les faits insurrectionnels. Mais s’agissant des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et du génocide, s’il est établi dans le dossier d’un élément des groupes armés qu’il est auteur de ce genre des crimes, il s’agira là d’un dossier individuel. En ce qui concerne Laurent Nkunda, à ma connaissance, je n’ai pas appris qu’il y ait une poursuite dans le sens des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité.
Dans l’état actuel de vos connaissances, Laurent Nkunda n’est-il pas poursuivi pour crimes de guerre ?
Pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, non.
Et dans ce cas, il devrait donc bénéficier de ce droit d’amnistie ?
Sous réserve de ce que je vous ai dit tout à l’heure. Ce n’est pas à moi d’établir s’il y a une enquête, ou une action qui est ouverte à sa charge. Je n’ai pas encore connaissance d’autres choses, mais je dis, en ce qui concerne l’amnistie, qu’il remplit les conditions pour l’amnistie.
A Kinshasa, notamment à l’Assemblée et au Sénat, tout le monde n’est pas d’accord avec cette amnistie. Si vous rencontrez une opposition trop forte, n’allez-vous pas renoncer à cette loi ?
Comment les députés et les sénateurs vont-ils expliquer que l’on puisse demander à un groupe armé à se rendre, armes à la main, tout en sachant qu’il a fait un acte répréhensible par nos lois et la constitution.
S’il y a une majorité au Parlement contre l’amnistie pour faits de guerre, que feriez-vous ?
A Goma, nous avions au total 150 députés du Nord et du Sud-Kivu et ceux venant d’autres provinces comme témoins, avec pouvoir de voter. Il y a eu 8 sénateurs qui y sont venus. J’ai eu des consultations restreintes au niveau de ces 150 députés qui ont réfléchi, comme moi, que si nous voulons réellement mettre fin à la guerre de façon pacifique, nous devons procéder par une amnistie dans les conditions que je viens de préciser tout à l’heure.
Le problème des rebelles Hutu rwandais, Fdlr : comment allez-vous faire pour les obliger à se rendre ?
Non, moi je ne vois pas pourquoi ils refuseraient à se rendre pour autant que le mécanisme, tel qu’il est prévu, leur donne trois possibilités. La première concerne la catégorie des ex-Far Interahamwe qui ne se reprochent rien, qui n’ont rien à voir avec le génocide et qui n’ont pas peur de retourner au Rwanda pour leur sécurité. Deuxième catégorie : ceux qui croient qu’ils n’ont rien fait mais ont peur de rentrer au Rwanda. D’accord pour leur accorder le statut de réfugiés et leur trouver un autre pays d’accueil. Troisième catégorie : les génocidaires. Sils restent en brousse, ils seront faciles à traquer. Voilà le mécanisme tel qu’il fonctionnera.
Ne faudrait-il pas que le Rwanda dise qui est génocidaire et qui ne l’est pas ?
Cette étape est en voie d’être franchie parce que le ministre des Affaires étrangères, Mbusa Nyamwisi, a posé la question par écrit au Rwanda pour demander la liste des vrais génocidaires.
Oui, mais cela fait des mois que vous réclamez cette liste qui n’arrive pas. Qu’est-ce qui vous garantit que vous l’aurez ?
Nous l’aurons parce que le Rwanda a toujours dit qu’il avait cette liste. Et, je crois, vous feriez mieux aussi, à ce niveau, de savoir ce qui se passe du côté du Rwanda, parce que, effectivement du côté du Congo, nous sommes déjà en train de nous poser des questions de ce retard accumulé, à la suite de la demande introduite par le ministre Mbusa sur la liste des ex-Far Interahamwe qualifiés de génocidaires.
(Yes)
Christophe Boisbouvier/RFI
Last edited: 26/01/2008 12:34:55