Défilé depuis vendredi à la tribune de la plénière de la conférence de Goma sur la paix au Kivu des représentants de diverses ethnies du Nord et Sud-Kivu pour présenter leurs préoccupations sur l’insécurité qu’ils vivent dans leur terroir

La journée de vendredi aux travaux de la conférence de Goma sur la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu a été consacrée à la poursuite des exposés cette fois des représentants des groupes ethniques de cette partie Est de la RDC. Ces intervenants conviés à présenter l’état des lieux de la situation que vivent leurs communautés respectives se sont livrés à une confession en règle des préoccupations sociales et sécuritaires qui les tenaillent dans les conditions déplorées de leur vie.
Les interventions de ces orateurs spéciaux qui avaient dix minutes rigoureusement contrôlées par le président de la conférence, M. l’Abbé Apollinaire Malu Malu entouré des membres de son bureau, captivaient littéralement l’attention de l’assistance visiblement intéressée de découvrir et de comprendre les faits et contingences qui tissent la trame du drame de la cohabitation ethnique dans le Kivu. Il y avait de quoi s’émouvoir des dures réalités étalées de la vie sociale de ces différentes ethnies dont les problèmes apparemment semblables qu’elles vivent ne se révèlent que des précaires conditions de vie liées au manque criant de moyens élémentaires de vie décente.
Les austères contrées perdues et éloignées des centres viables exposent les populations à tous les dangers d’invasion des groupes armés opérant en toute impunité puisque difficilement rattrapables par les régulières forces de l’ordre. On s’est rendu compte que dans le passé, la stabilité et la sécurité de la population passait essentiellement par des chefs de clan, les chefs coutumiers, notabilités bien organisées grâce à leurs usages pratiques de cohabitation avec les voisins. Cet ordre consensuel de cohabitation pacifique a sauté avec l’arrivée des groupes non autochtones que l’administration coloniale avait commencé à imposer.
Les autochtones contraints d’accepter les immigrés supportèrent ces derniers tant qu’ils ne revendiquaient pas des droits considérés inaliénables de propriétaires des terres, encore moins des privilèges politiques dévolus aux véritables natifs et descendants des premiers occupants. C’est là l’élément délicat de la question.
La négligence de règlement de ce problème a nourri des frustrations diverses parmi les groupes ethniques et la situation s’est aggravée au moment du flux de la masse des réfugiés rwandais constitués essentiellement des populations de souche hutu dès lors que les tutsi préalablement installés et bénéficiant du soutien de la soldatesque du nouveau pouvoir du Rwanda se sont mis à traquer la vague de nouveaux arrivants. Ce fut la confusion totale qui fera éclater la tension longtemps contenue pour aboutir à l’intolérance de cohabitation à la base des conflits ethniques actuellement déplorées.

Si les intervenants naturellement enclins à défendre chacun sa cause n’ont pas développé cette logique du processus de déstabilisation progressive de la situation sociale générale, tous ne manquaient pas moins de relever les causes avérées identiques de cette sorte de descente aux enfers dont on recherche maintenant les voies et moyens de l’endiguer. Les plaintes exprimées par les différents orateurs paraissaient pratiquement les mêmes, en effet, à savoir : isolement et éloignement des groupes ethniques, précarité d’infrastructures ne permettant pas des échanges utiles, de sorte que malgré les efforts de vie on ne peut autarcique auxquelles la population se résout, la rentabilisation de la production de leur travail s’annihile.
C’est le lieu d’évoquer les pertinents appels des organisateurs de la conférence insistant sur l’urgence de développer notamment les infrastructures routiers de la région en vue de sortir ces contrées de l’isolement et de favoriser leur ouverture aux centres urbains et, par ricochet, mieux organiser leur sécurisation. C’est la condition sine qua non de les soustraire des hordes des groupes armés impénitents.
Le président de l’Assemblée nationale et président du Comité des sages de la conférence, M. Vital Kamerhe, revient régulièrement sur cet aspect du problème. Il l’a dit et répété partout dans la campagne de sensibilisation menée ensemble avec l’Abbé Malu Malu auprès des forces vives des deux provinces du Kivu. A Butembo, Beni, Fizi, Baraka, Uvira, Mwenga, Shabunda, Walikale et Rutshuru notamment M. Kamerhe avait averti que l’insécurité qui perdure au Kivu risque d’exclure les provinces concernés du programme pourtant vital pour elles des constructions des infrastructures telles que visées dans les Cinq chantiers de l’actuel mandat du président Joseph Kabila.
Le vice-ministre aux Travaux publics, Aménagement du territoire et Infrastructures qui a eu à intervenir à la tribune de la conférence est revenu sur le même danger d’abandon des provinces du Nord et Sud-Kivu si celles-ci ne parviennent pas à endiguer l’insécurité qui les déstabilise, parce que le gouvernement ne prendra pas le risque d’y réaliser les chantiers de reconstruction pourtant de fameuses infrastructures routières. L’avertissement du vice-ministre avait réellement été une sonnette d’alarme bien perçue par les conférenciers ébahis et de ce fait stimulés à faire la paix pour ne pas rater la décisive chance de développement offerte au Kivu.
Le gouverneur de la Province Orientale Médard Autsai qui a présenté une communication relatant l’expérience de la pacification qu’il a dit réussie chez lui, notamment en Ituri, a suggéré avec pertinence cette approche de solution pour le Kivu. Les orateurs représentant les groupes ethniques ont ainsi transformer leurs messages en une sorte d’actes de contrition tout en continuant à plaider leur cause qu’ils semblent croire ne pas être comprise par l’opinion congolaise et évidemment celle de la communauté internationale.
L’audition des interventions des représentants des communautés Hunde, Hutu, Kano, Kusu, Nyanga, Nande, Tiri,Tutsi, et Mbuti (groupe des Pygmées) dans le Nord-Kivu et Bembe, Shi, Avu,Tembo, Vira, Rega, Fulero, Nyindu, Buari, etc a constitué l’événement de la conférence à la journée de vendredi. Certains décrivaient leurs problèmes avec des notes d’humour, ce qui dénotait une intention inavouée de défoulement tout en faisant comprendre au reste des participants que les crispations et frustrations subies étaient bien fondées, même si à ce jour il était question de s’en défaire.

Les délégués es Pygmées avaient des problèmes spécifiques, comme l’a confié entre deux séances, en plus de l’intervenant à la plénière, un autre représentant en la personne de M. Bulondo Chipaya Saley provenant de Bukavu, territoire de Kalehe.
Tous ces porte-paroles des communautés du Kivu entonnaient presque une sorte d’hymne à la paix qu’ils appelaient de tous leurs vœux en demandant au gouvernement de tout entreprendre pour rétablir la sécurité et le pouvoir de l’Etat dans les deux provinces du Nord et Sud-Kivu. Ils ont aussi et surtout lancé un vibrant appel au plus grand groupe armé de l’heure, celui des dissidents à la remorque de Nkunda pour qu’ils reviennent à la raison et s’inscrivent dans le processus de la paix en déposant les armes pour rentrer au brassage qu’ils avaient quitté intempestivement.
Le conseiller et ambassadeur itinérant du Chef de l’Etat, M. Séraphin Ngwej, qui fut invité à présenter lui aussi un exposé à la tribune de la conférence pour indiquer la détermination du gouvernement à ramener la paix dans le Kivu. Il a souligné que le forum de Kivu constituait un moment décisif de ce retour à la paix. M. Ngwej a fait remarquer qu’il était intolérable de faire perdurer la situation notamment de quelque 6.000 éléments FDLR encore présents sur le territoire national et parmi lesquels se compterait près de 30% d’enfants du pays ! Le moment est donc venu, l’heure a sonné de revenir à la raison pour saisir la chance historique du règlement définitif de l’insécurité au Kivu. La journée de ce samedi reste encore consacrée à la poursuite des auditions des exposés des représentants d’autres communautés.
Daniel Nzuzi/MMC
Last edited: 12/01/2008 14:50:21