Au cours de la seconde plénière de la Conférence de Goma, tous les orateurs qui ont pris la parole sont tous originaires du Kivu. Ils ont tous plaidé pour le retour de la paix dans leur région.

Un dénominateur commun se dégage des déclarations de certaines personnalités et organisations du Grand Kivu à la plénière d’hier.
Il s’agit de la volonté d’en finir avec les hostilités en mettant définitivement un terme à la guerre et à l’insécurité qui ont élu domicile dans les provinces du Nord et du Sud Kivu voici treize ans.
Cette deuxième journée a démarré par l’intervention du Président de l’Assemblée nationale sur le thème de « la Paix ». « Les mots me manquent pour exprimer mon émotion du fait de me retrouver parmi mes frères réunis en cette Conférence dont j’avais tant rêvée », c’est par ces mots que Vital Kamerhe a démarré son intervention que tout le monde a qualifiée de pédagogique.
La déclaration du président de l’Assemblée nationale était subdivisée en deux étapes. D’abord l’historique de toutes les guerres que le pays a connues. Ensuite, les propositions de solution pour sortir de la crise.
Dans la première partie, Vital Kamerhe a brossé un bref aperçu des événements malheureux ayant conduit à la situation d’insécurité que connaît aujourd’hui l’ex-Kivu. Tout est parti d’avril 1994 avec l’arrivée massive des réfugiés rwandais dont le sort ne dépend pas de notre pays pour leur rapatriement, comme d’aucuns le font croire. Mais plutôt et surtout, de la communauté internationale, auteur direct de cette situation.
La guerre d’octobre 1996 dite de l’Afdl et celle d’août 1998 ayant subdivisé le pays en plusieurs administrations ainsi que leurs conséquences lointaines et immédiates sur la population ont été évoquées par Vital Kamerhe, qui a par ailleurs rappelé les péripéties ayant marqué le cheminement du pays vers une paix négociée par les belligérants. Et voila que l’histoire se répète, a constaté l’orateur. Que faire, s’est-il interrogé, avant de suggérer quelques pistes de solution.
Parmi les propositions pour parvenir à la paix, Vital Kamerhe a suggéré qu’à l’issue des travaux, les groupes armés élaborent leurs plans de désengagement qui doit passer par le cessez-le-feu.
Pour ce faire, il a proposé que les déclarations de ces groupes fassent l’objet de concertation au niveau du comité des sages avant d’être faites en plénière, parce que les questions liées à l’armée sont d’une haute sensibilité. Vital Kamerhe s’est déclaré conscient des enjeux de la réunion dont il a souligné l’importance en faisant remarquer que les groupes armés (CNDP, Mai Mai et autres) ne sont pas venus les écouter à la manière des ouailles face à leur berger. Il a reconnu qu’ils ont leurs revendications ou cahiers des charges.
« Nous devons les écouter et examiner ensemble les possibilités d’y trouver des solutions », a-t-il déclaré.
Pour clore son propos, le président de l’Assemblée nationale a rappelé à l’intention de ses frères kivutiens qu’ils ont intérêt a saisir la chance que leur donne l’histoire à travers la solidarité nationale qui se tisse autour d’eux. Car, il n’est pas évident que le même sentiment nous sera toujours exprimé. Surtout que certains compatriotes estiment déjà que le Kivu a pris en otage la République.
Le problème du Kivu n’est pas celui d’une seule ethnie
« Qu’est-ce qui explique qu’il y ait toutes les tribus dans chaque rébellion qui se déclare au Kivu? »
, s’est demandé à son tour Azarias Ruberwa, vice-président du panel des modérateurs au cours de son intervention, en enchaînant avec les interrogations « y a-t-il des problèmes qui n’ont pas trouvé de solutions pendant la transition ou à travers le processus électoral ?
L’ex vice-président qui intervenait sur la « Sécurité » a préféré reformuler son thème de la manière suivante construire la sécurité comme facteur fondamental de la paix et du développement dans le Nord et le Sud Kivu. Pour lui, les deux concepts restent liés.

Remontant aux origines de l’insécurité, Azarias Ruberwa a renseigné que les gens de sa génération sont nés dans l’insécurité et ont grandi avec, allusion faite à la rébellion Muleliste, en passant par Jean Schramrne, l’arrivée des réfugies ainsi que les deux guerres qu’ont connues leurs provinces.
Face à cette situation, il a lancé un appel pathétique, à tous les Kivutiens pour qu’ils prennent la décision de lever définitivement l’option à travers cette chance historique que leur offre la conférence pour mettre fin à la guerre et à l’instabilité.
Pour cela, il faut se pardonner mutuellement dans la sincérité.
Dans le lot des mécanismes à mettre en place pour prévenir les conflits, A. Ruberwa a recommandé au Parlement le voté une loi prévoyant des sanctions à l’égard de tout candidat qui basera les termes de son discours de campagne électorale sur la haine ethnique ou la discrimination. Et le cas échéant invalider le mandat d’un tel élu. Dans la foulée, il a plaidé pour la mise en place des mécanismes de protection des minorités, de réconciliation nationale et de lutte contre la haine ethnique.
« Notre problème n’est pas le Rwanda »
C’est en ces termes que s’est exprimé le ministre des Affaires étrangères, Antipas Mbusa Nyamwisi.
Fidèle à son style, le leader Nande n’est pas allé par quatre chemins pour retracer l’histoire telle qu’elle s’est déroulée en appelant ses frères à ne pas se voiler la face.
Comme ses prédécesseurs, il a affiché sa détermination à militer pour le retour de la paix au sortir de la conférence. Enfin, il a fait observer que le mal dont souffre le Grand Kivu n’est pas le Rwanda. Il s’agit plutôt d’une affaire interne à laquelle les fils et filles de ces deux provinces doivent trouver solution.
Mbusa Nyamuisi a aussi fait quelques propositions pour sortir de la crise parmi lesquelles l’implication solide et sincère de toutes les communautés dans la campagne de sensibilisation des groupes armés étrangers en vue du rapatriement dans leurs pays respectifs, la collaboration avec les voisins, la création des conditions pour le retour des réfugiés nationaux, etc. Conseillant de bannir la haine et l’esprit de vengeance, il a plaidé pour la relance de la CEPGL.
D’autres déclarations ont été faites au cours de la plénière d’hier jeudi. C’est le cas de celle de l’Union européenne, de la CEEAC, du ministre délégué de la région Toscane en Italie, de quelques organisations du Système des Nations unies ainsi que d’autres personnalités congolaises.
(Ern.)
Dominique Mukenza/Le Phare
Last edited: 11/01/2008 12:37:20