Des créances faramineuses de l’ordre de 11.500.000 Usd ont été découvertes dans les placards de la Régie des Voies Aériennes au 31 décembre 2007.

Les débiteurs insolvables se recrutent, dans leur majorité, dans la sphère des compagnies aériennes privées opérant en RDC. La Régie des Voies Aériennes (RVA) se trouve sous haute tension à l’orée de la nouvelle. Le personnel les syndicalistes en tête ne décolèrent plus depuis qu’une mission de contrôle interne a révélé l’immobilisation, dans le pipeline des créances, d’un important fond évalué, au 31 décembre 2007, à 11.500.000 Usd (onze millions cinq cents mille dollars américains). Les débiteurs insolvables se recrutent, dans leur majorité, dans la sphère des compagnies aériennes privées opérant en République Démocratique du Congo.
Au vu de l’accumulation des taxes d’atterrissage, de décollage, de parking et autres impayées voici des années, cadres et agents de la RVA redoutent la mort programmée de leur société. Les tentatives de recouvrement de ces dettes, laisse-t-on entendre, ont toujours buté contre les obstructions des parrains politiques, militaires et économiques des débiteurs. Aussi, soupçonne-t-on nombre de décideurs congolais de privilégier, à travers leurs malheureux parapluies protecteurs, des intérêts égoïstes qu’ils ont dans plusieurs compagnies aériennes privées, au détriment de ceux de la République.
Hewa Bora : un triste record
Le hit parade des débiteurs de la RVA aligne, en tête de liste, la firme Hewa Bora Airways. A en croire la dernière mission d’audit interne, elle doit, à elle seule, 6.194.650 Usd à la régie précitée, soit plus de la moitié des créances. On signale aussi la présence, à ce tableau du déshonneur, de la société Bravo Air Congo, celle-là même qui, sous couvert de capitaux espagnols à la visibilité problématique, s’était présentée en RDC en 2006 pour un partenariat sans lendemain avec les Lignes Aériennes Congolaises (Lac).
L’on nourrit, du côté de la RVA, la crainte de voir Hewa Bora, comme par le passé, se soustraire à ses obligations financières en changeant de peau. On se souvient, à ce propos, des mutations suspectes et à répétition de cette société, créée au départ sous la dénomination de Shabair. Par la suite, comme dans un conte de fées, elle s’était successivement transformée en Zaïre Express, puis Express City, puis Alliance Airlines, Congo Airlines (Cal) et enfin Hewa Bora. Alors qu’un lourd contentieux financier l’oppose à la RVA, des informations en circulation font état d’un nouveau projet concernant sa mutation.
De Hewa Bora à « airDC »
En effet, le site Internet de la compagnie aérienne belge Brussels Airlines affiche depuis un temps un message annonçant la création imminente, grâce à un partenariat entre sa filiale mauricienne Pan African Airlines et Hewa Bora Airways, d’une nouvelle société aérienne sous le label de « airDC ». Les parts sociales sont éclatées à raison de 51% pour Hewa Bora et 49% pour Brussels Airlines. On ne sait pour quelle raison, les trois premières lettres sont expressément imprimées en bas de casse.
Comme dans un tour de passe-passe, Hewa Bora Airways va disparaître dans trois ou quatre mois pour laisser la place à un nouvel exploitant aérien en RDC, lequel aurait la latitude d’assurer non seulement des vols domestiques mais aussi internationaux, sur le réseau déjà acquis par son « ancêtre ». Concrètement, Brussels Airlines gagne, au delà de ses fréquences entre Kinshasa et Bruxelles toutes celles dévolues à Hewa Bora sous le ciel africain et européen mais surtout grande nouveauté à travers la RDC.
A en croire le montage en gestation, messieurs Philippe de Moeroose pour le compte de Hewa Bora, et Michel Meyfroidt pour celui de Brussels Airlines, assumeront conjointement les fonctions de Co-Présidents du Conseil d’Administration de « airDC ». Johan Maertens, qui prestait jusque-là comme Directeur des Projets africains au sein de Brussels Airlines, en sera le Directeur Général. Quant à Stavros Papaioanou, le patron actuel de Hewa Bora, il est placé au poste d’Administrateur-Gérant.
Il est précisé qu’« airDC » va exploiter une flotte composée d’avions Boeing 737 et BAE 146. La nouvelle société affiche l’ambition de s’occuper elle-même des services au sol et de la manutention dans tous les aéroports qu’elle aura à fréquenter en RDC.
Aéroport congolais : look de parent pauvre
Avec ses 11.500.000 Usd qui dorment dans les placards de ses débiteurs, la RVA se désole de ne pouvoir exécuter correctement son programme de modernisation des aéroports et aérogares à travers le territoire national. Faute de moyens pour cette régie technique du secteur du transport aérien, la RDC va continuer à présenter, pour longtemps encore, des aéroports et aérogares d’une autre époque, qui font sa honte au regard des infrastructures aéroportuaires qui se rencontrent sur le continent et en dehors de celui-ci. Des galeries marchandes, des hôtels dignes de ce nom et un service structuré de transport routier (taxi, auto-cars) sont absents autour des aéroports congolais.
De l’avis de nombreux voyageurs, notre pays patauge au bas de l’échelle pour ce qui est de la qualité des pistes et des bâtiments aéroportuaires. Au lieu d’être d’attrayantes vitrines, les aéroports congolais, même internationaux tels que Ndjili, Lubumbashi, Kisangani et Goma énervent les passagers. A Goma, les pilotes sont toujours astreints à jongler avec le « demi-terrain » à l’atterrissage comme au décollage, la moitié de la piste étant impraticable depuis la coulée des laves de janvier 2002. A Mbuji-Mayi, les érosions font continuellement le pied de nez aux pilotes à l’aéroport de Bipemba.
(Ern.)
Le Phare
Last edited: 10/01/2008 14:08:01