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Texte du discours prononcé par le ministre d’Etat Denis Kalume au nom du président de la République à l’occasion de l’ouverture solennelle à Goma de la conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les deux provinces du Kivu. Voici le texte intégral du message du président de la République aux participants à la conférence sur la paix, la sécurité et le développement des provinces du Nord et Sud-Kivu, tel que cette adresse a été présentée par le ministre d’Etat en charge de l’Intérieur, Sécurité et décentralisation, M. Denis Kalume en procédant à l’ouverture solennelle de ce décisif forum.
Honorable président de l’Assemblée nationale et président du Comité des sages dans le cadre de cette conférence,
Honorable président du Sénat,
Mr. L’Abbé président du bureau de la Conférence,
Honorables députés nationaux, représentants du peuple congolais,
Honorables Sénateurs représentants des provinces,
Mesdames et Messieurs, membres du Gouvernement,
Madame la ministre suédoise des Affaires étrangères,
M. le Premier Président de la Cour Suprême de Justice,
M. le Procureur général de la République,
 
Distingués Chefs des délégations étrangères,
Excellences Messieurs les Ambassadeurs et chefs des missions diplomatiques et organismes internationaux,
Messieurs les présidents des Assemblées provinciales,
Messieurs les Gouverneurs des provinces,
Distingués Représentants des populations du Nord et du Sud-Kivu,
Distingués invités,
Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,
 
Son Excellence Monsieur le Président de la République s’est vu obligé en dernière minute, pour des raisons d’Etat, d’annuler son voyage pour Goma, C’est donc la mort dans l’âme qu’il est absent dans cette salle à cet instant, lui qui voulait tant partager avec vous ce moment historique. Toutefois, rassurez-vous qu’il est de cœur avec vous et qu’il suit minute par minute l’évolution de cette Conférence sur la paix, la sécurité et le développement du Nord et du Sud-Kivu. Ainsi il me charge de vous transmettre ses vœux ardents de pleine réussite et de vous lire son message à la Conférence de Goma dont voici la teneur.
 
C’est un grand jour pour la République démocratique du Congo ! C’est, en effet, pour la première dois dans l’histoire de notre pays, que les filles et fils de ces deux provinces, Nord et Sud-Kivu, interpellés par leur conscience, se réunissent de leur plein gré, par delà les chapelles et clivages, avec pour seul et unique objectif : la paix, la sécurité et le développement de leur province. En cela déjà l’événement est de taille.
 
Initiative du Chef de l’Etat relayée par le Gouvernement et les deux Chambres du Parlement, la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans le Nord et le Sud-Kivu a de toute évidence été voulue par des millions des Congolais et des Congolaises, ainsi que par l’ensemble des partenaires étrangers.
 
Votre présence nombreuse et enthousiaste en ce lieu ce jour en est une preuve éloquente. J’ose espérer qu’elle est aussi le prélude à une discussion franche, sereine et constructive de tous les problèmes qui depuis des décennies sont les causes des troubles à répétitions dans cette partie du pays avec pour corollaires de nombreuse pertes en vies humaines et une insécurité endémique, des déplacements massifs de la population et la destruction souvent irrémédiable des écosystèmes et des infrastructures socioéconomiques de base.
 
Trouver des solutions à ces problèmes est donc une nécessité et une urgence nationales. Autant pour un pays que pour un corps humain quand souffre un membre aussi petit soit-il, c’est tout le corps qui en peine. Le Congo est aujourd’hui largement pacifié et se trouve à la veille de grands travaux de reconstruction, mais le bonheur des Congolais demeure imparfait et demeurera encore imparfait tant que les deux Kivu ne trouveront pas encore la paix.
 
Votre responsabilité est donc grande, vous délégués à cette conférence. Il vous revient de trouver les voies et moyens de mettre fin aux pleurs de nos enfants prématurément rendus orphelins, mettre fin aux humiliations de nos filles, mères et sœurs, bref mettre fin à l’ironie du sort qui veut qu’une région qui a tout pour prospérer semble être condamnée au désespoir. Tel est donc le défi qu’en une dizaine de journées de réflexion vous êtes appelés à relever.
 
La tâche n’est pas facile, car les problèmes à résoudre sont multiples et complexes. Elle est d’autant moins encore que la plupart des participants à cette conférence ont à un degré ou à un autre souffert de la violence qui a élu domicile dans cette partie de la République. Plutôt que de susciter pessimisme et découragement, puissent ces douleurs souvent endurées dans nos chairs forger la détermination des uns et des autres à aborder sans complaisance tous les sujets à l’ordre du jour et à leur trouver, quoiqu’il en coûte, des solutions opératoires plutôt qu’illusoires.
 
A ce propos, je m’en voudrais de ne pas rappeler ce que j’ai dit de cette conférence il y a quelques jours. Cette Conférence n’a pas pour objet de partager le pouvoir, le peuple ayant à ce sujet exprimé haut et fort sa volonté il y a à peine un an à la suite des élections. Elle ne vise pas non plus à revisiter pour amendements éventuels la Constitution et les lois de la République, encore mois à faire le procès d’une personne ou d’une composante de la Nation n’ayant pas elle-même le pouvoir ni de légiférer ni de gouverner ou celui de dire le droit.
 
Elle doit plutôt être un regard à la fois critique et commun sur des conditions déficits et des coexistences à tous égards insatisfaisantes, une recherche sans à priori ni prétention, des réponses rassurantes à des questions lancinantes. Pourquoi, par exemple, la disette et la misère sur ces terres volcaniques à la fertilité légendaire ? Pour quelles raisons les parcs de Virunga, de Kahuzi-Biega, réserves naturelles d’une diversité biologique et écologique incomparable ont-ils cessé d’être des destinations touristiques recommandables.
 
Pourquoi les pâturages de Masisi toujours aussi beaux, aussi verdoyants ne font-ils plus le bonheur de milliers des têtes de bétail et de consommateurs de viande bovine ? Que faire pour que sur les colline de Goma, Bukavu et Fizi, comme dans les vallées de Mwenga, Shabunda, Kalehe, Rutshuru et Masereka, aux bruits des canons et des bottes succèdent le rire des enfants et les chants des mamans ? En un mot, comment rendre au Nord et au Sud-Kivu leur identité et leur vocation naturelle ? Autant de questions qui interpellent nos consciences !
 
Pour être utiles, vos débats devront être empreints de franchise, de responsabilité et de dignité, éviter l’outrance et, en toutes circonstances, respecter les règles de bienséance. N’oubliez pas que si la paix a besoin de vérité, la dignité humaine est intangible, et qu’il n’est point besoin d’ouvrir une plaie pour en panser une autre.
 
Bien plus, en ma qualité de garant et de gardien de la Constitution , J’ai l’impérieux devoir de rappeler ici quelques vérités, principes et évidences, afin de permettre à tous de prendre conscience aussi bien des véritables enjeux, que des conditions à réunir pour la bonne fin du processus de pacification, de stabilisation et de développement de nos deux provinces martyres dont la conférence n’est qu’une étape, fusse-t-elle la plus importante.
 
Premier principe : la République Démocratique du Congo est un Etat moderne, un Etat de droit. A ce titre, elle ne peut s’accommoder de la loi de la force, mais doit plutôt en tous temps et en toutes circonstances, faire prévaloir la force de la loi. Bien plus, la responsabilité d’assurer la sécurité des citoyens et de ceux qui l’ont choisi comme seconde patrie incombe exclusivement aux détenteurs légitimes de la puissance publique, à savoir : le Gouvernement et ses auxiliaires attitrés, la Justice , la Police et les Forces armées.
 
Notre politique, la seule qui soit compatible avec le mandat reçu du peuple est celle d’une armée unique pour un pays uni. Il en résulte l’obligation pour tous les groupes armés nationaux de déposer les armes et d’opt, soit pour l’intégration dans la force publique – armée ou police – par le biais du brassage, soit pour la participation au programme de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion, Réhabilitation et reconstruction. A chacun est ainsi laissé la latitude de choisir entre l’une et l’autre option, toutes deux étant cependant des contrats d’adhésion non susceptibles de négociation.
 
L’armée est un corps organisé et discipliné, régi par des règles objectives et impersonnelles. L’enrôlement en son sein ne peut ainsi se faire à la carte ou au gré des contingences. La porte des Forces Armées de la République Démocratique du Congo est donc largement ouverte à tout combattant d’hier et d’aujourd’hui pour peu qu’il ne soit pas susceptible de poursuites pour crimes de guerre ou crimes contre l’humanité, car, si le pardon peut être un facteur de paix et de réconciliation, la justice l’est absolument !
 
Aux groupes armés étrangers, c’est le lieu ici de leur rappeler l’obligation qui leur incombe de se conformer au plan élaboré par la RDC dans le cadre du communiqué conjoint de Nairobi signé le 9 novembre 2007 par lequel la RDC s’est engagée à les sensibiliser à partir du 1er janvier 2008, afin d’obtenir leur désarmement volontaire sous la haute protection de la Communauté internationale.
 
Deuxième principe : la richesse de la Nation congolaise réside dans la diversité des peuples et des communautés qui la composent et sa force dans l’unité librement consentie de se composantes. Nous avons donc l’obligation d’accepter notre diversité et de cultiver notre unité. Certes, la démocratie est la loi de la majorité. Mais sa force morale et sa capacité fédératrice dépendent du degré de protection qu’elle offre aux minorités, à toutes les minorités, qu’elles soient ethniques, sociologiques et politiques. Plus que dans tout autre pays, cette exigence est incontournable dans notre véritable mosaïque de minorités.
 
Troisième principe : notre pays n’est pas comme les autres. Exceptionnellement béni par Dieu, il regorge de ressources dont les puissances mondiales, traditionnelles et émergentes ont besoin pour la croissance de leurs économies et le bien-être de leurs populations. Cela suscite des convoitises et des appétits, voire parfois des projets immoraux et insensés. Sachons protéger ces richesses et en faire profiter notre peuple.
 
Agir autrement serait une démission coupable. Il est donc désolant de constater que trop souvent le pillage de nos ressources bénéficie de la complicité active ou passive de nos concitoyens. A titre d’exemple, ce sont, en effet, des Congolais qui, sur des aéroports clandestins, chargent l’or et le colombo tantalite et j’en passe dans les avions des contrebandiers, entretenant ainsi le cercle vicieux « insécurité, psychose, fuite des capitaux, chômage, pauvreté, trafic d’armes et guerre ». Il y a deux siècles, les complices autochtones de l’asservissement de nos peuples et du pillage de nos richesses avaient l’excuse de l’ignorance. Aujourd’hui, parce que formés et dûment informés, ils n’ont aucune excuse.  
 
Quatrième principe : notre pays est situé au centre de l’Afrique et partage une frontière commune avec neuf autres. A nous, comme à  nos voisins cette donnée immuable impose des obligations dont celle de coexistence pacifique. Cette dernière postule l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation et la non ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats.
 
Ces principes ne sont pas négociables. Ils ne le seront pas plus aujourd’hui qu’hier. Leur méconnaissance a souvent conduit à la guerre. Elle ne devrait cependant pas justifier un climat permanent de belligérance. Tôt ou tard, une nécessité s’impose : celle de la normalisation.
 
Cinquième principe : nous sommes en droit d’attendre beaucoup de cette conférence et légitimement, nos populations attendent qu’elle lui donne la paix. N’en faisons cependant pas une sorte de dernière chance. La quête pour une paix durable est un processus souvent long, parfois ingrat.
 
Sans faire l’économie du moindre effort pour la réussite de la conférence, sortie de crise indubitablement la moins onéreuse, nous sommes et devons rester vigilants, prêts à toute éventualité.

C’est le lieu de rappeler à ceux, nationaux et étrangers, qui se croient tout permis, y compris d’ignorer la Constitution de leur pays, ou de traiter le droit international avec mépris, que comme Nation et comme Etat, la République Démocratique du Congo est une forteresse imprenable. Elle peut être régulièrement agressée, voire durablement assiégée. Mais elle ne sera jamais vaincue !
 
Je vous engage donc tous à offrir sincèrement une chance supplémentaire à la paix et à la réconciliation par une assiduité exemplaire tout au long de vos travaux. Tout progrès, aussi minime soit-il, en vaut la chandelle.

Je ne saurai terminer ce message sans saluer la présence nombreuse et combien réconfortante des délégués de la Communauté internationale, missions diplomatiques, organismes internationaux… venus nous témoigner leur sympathie, leur solidarité ainsi que leur encouragement de voir la présente Conférence jeter les base d’une paix durable au Nord et au Sud-Kivu. Qu’ils en soient sincèrement remerciés !
 
Su ce, je déclare ouverts les travaux de la Conférence sur la Paix , la sécurité et le Développement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Daigne le Seigneur en bénir les travaux ! Je vous remercie.
MMC

Last edited: 07/01/2008 17:21:08

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