« J'écris principalement sur la politique, parce que c’est mon principal domaine de spécialisation; mais j'écris sur d'autres sujets aussi, notamment sur des questions de développement et de solidarité internationale, ainsi que sur des sujets d’ordre culturel ».

Sa toute première publication en 1997 est intitulée « Eglise catholique et pouvoir politique au Congo-Zaïre. La quête démocratique ». Cet ouvrage analyse les rapports entre l’Eglise et l’Etat depuis l’indépendance jusqu’à la transition démocratique qui a débuté en 1990. Il est revenu à la charge deux années plus tard, c’est-à- dire en 1999 avec un autre « De Mobutu à Kabila : avatars d’une passation inopinée », ouvrage dans lequel ce chercheur fait une analyse du contexte du changement intervenu en RDC, avec ses perspectives. Sa troisième trouvaille parue sous le nom de « Les mots de la démocratie au Congo-Zaïre (1990-1997) », passe en revue les discours politiques de la première période dite de transition.
Avec toutes ces publications, et compte tenu de son âge, (il n’a pas plus de 48 ans) on peut dire que Dieudonné Wamu est une plume d’avenir. C’est pourquoi DigitalCongo.net a charché à pénétrer son mystère.
Multi Média Congo (MMC) : Monsieur Dieudonné Wamu, bonjour
Dieudonné Wamu Oyatambwe (DW ) : Bonjour Monsieur Tsala et merci à vous et à toute l’équipe de MMC pour cette opportunité qui m’est offerte de m’adresser à tous ceux qui vous lisent à travers votre site.
Voulez-vous- vous présenter aux nombreux visiteurs de notre site Internet ?
Je m’appelle Dieudonné Wamu Oyatambwe. Sur le plan académique, je suis docteur en sciences politiques de la Vrije Universiteit Brussel (VUB); mais j'ai fait aussi des études de Philosophie et de Théologie au Grand Séminaire de Kabwe et aux Facultés catholiques de Kinshasa, puis celles d’Economie de développement et d’Administration publique à l’Université d’Anvers. J'ai également un diplôme spécialisé en études fédéralistes de l'Université de Fribourg (Suisse). Sur le plan professionnel, je travaille à la fédération des ONG francophones de Belgique (ACODEV), tout en poursuivant mes recherches notamment au le Brussels centre of African Studies (BCAS). J’ai d'autres engagements privés ou bénévoles ; en particulier comme président du « Fonds Yaguine et Fode » de la Fondation Roi Baudouin, qui aide à scolariser des enfants défavorisés dans plusieurs pays d’Afrique ; et je dirige l’asbl Congo Cultures qui oeuvre à la promotion de la culture congolaise en Europe ainsi qu’au soutien à la production culturelle en RDC.
Vous venez de publier votre troisième ouvrage chez L’Harmattan. Qu’est-ce que cela vous fait- il, et y a-t-il d’autres Congolais qui ont déjà fréquenté cette maison ? Cette maison peut-elle aussi s’ouvrir à d’autres Congolais ?
Publier chez L’harmattan m’a ouvert de nombreuses portes, en particulier lorsque j’y ai publié mon tout premier livre en 1997. A l’époque il y avait peu d’ouvrages publiés par des auteurs congolais, mais essentiellement des livres écrits par des étrangers sur notre pays. Cela a donc été pour moi un défi relevé et une forme de reconnaissance de mon travail. Actuellement, les conditions d’édition se sont assouplies et améliorées, et il y a beaucoup de livres écrits par des auteurs congolais qui sont publiés par L’Harmattan, qui est quand même la principale maison d’édition francophone sur l’Afrique.
S’il vous était demandé d’évoquer les titres de vos ouvrages et en rappeler les années de parution ?
Mon tout premier livre, intitulé « Eglise catholique et pouvoir politique au Congo-Zaïre. La quête démocratique », a été publié en 1997 ; il portait sur une analyse des rapports entre l’Eglise et l’Etat depuis l’indépendance jusqu’à la transition démocratique des années 90. Le second, intitulé « De Mobutu à Kabila : avatars d’une passation inopinée », a été publié en 1999, et analysait le contexte du changement politique inattendu intervenu en RDC, avec ses perspectives d’avenir, ses risques, etc. Mon troisième, publié dernièrement, s’intitule « Les mots de la démocratie au Congo-Zaïre (1990-1997) », et consiste en une analyse des discours politiques de la première période dite de transition.
Dans vos ouvrages vous abordez les questions politiques de votre pays alors que d’aucuns considèrent que la politique ne marche pas en Rdc. Pourquoi avez choisi seulement d’écrire sur la politique alors qu’il y a d’autres secteurs dans lesquels vous auriez aussi pu vous exprimer ?
J'écris principalement sur la politique, parce que c’est mon principal domaine de spécialisation; mais j'écris sur d'autres sujets aussi, notamment sur des questions de développement et de solidarité internationale, ainsi que sur des sujets d’ordre culturel. On ne peut pas non plus dire que la politique ne marche pas chez nous, car ce n’est pas exact ; la vie politique est toujours en mouvement, et même si notre trajectoire politique a été émaillée de nombreux soubresauts tragiques ces dernières années, la politique continue à régir le cours historique, à ordonnancer l’évolution sociétale et à conditionner la vie des gens. On ne peut donc pas s’en désintéresser ; d’autant plus que si nous ne le faisons pas nous-mêmes, d’autres continueront à le faire à notre place et nous imposeront d’autres grilles de lecture de notre propre histoire, qui seront fonction de leurs propres agendas et intérêts. Nous devons donc continuer à analyser les déterminants de notre vécu collectif et écrire pour que cela puisse servir à un plus grand nombre, au présent comme au futur. Par ailleurs, je n’écris pas seulement sur la politique congolaise ; je le fais aussi sur d’autres pays d’Afrique ou d’Europe. Un aperçu global de mes différents articles aurait permis de voir que je touche à beaucoup d'autres sujets.
Quelle opinion avez-vous de l’avenir politique du pays
Notre pays sort des ténèbres et essaie de se relever après de nombreuses années de mauvaise gestion et de conflits sanglants. Le processus électoral a amené une autre forme de légitimité et mis en place de nouvelles institutions; et actuellement de nouvelles perspectives s'offrent qui, si elles sont bien exploitées, pourront à terme induire une nette amélioration des conditions de vie dans ce pays. Même s'il reste beaucoup à faire en termes de relève économique et de reconversion des moeurs publiques ou privées, en termes de pacification aussi (notamment dans les Kivu), l’avenir me semble plutôt prometteur.
Parlons un peu de votre dernière publication
Ma dernière publication (« Les mots de la démocratie au Congo-Zaïre »), qui est une synthèse de ma thèse de doctorat, porte sur une analyse des principaux discours politiques de la première période de transition (1990 – 1997). En effet, même si cette première transition a débouché sur une insurrection armée et sur la chute du régime Mobutu plutôt que sur le processus électoral qui en était attendu, on ne doit pas oublier que cette période a été marquée aussi par une forte libéralisation de la parole et du discours politique. Alors que l’on sortait de nombreuses années de dictature absolue, les gens ont commencé à se prononcer de façon explicite et ouverte, malgré les intimidations et les répressions, sur la vie politique. Les consultations populaires et la Conférence nationale souveraine ont constitué des moments clés dans cette conquête de la liberté d’expression. Depuis lors tous les acteurs, politiques, ecclésiastiques, artistes, médias, etc, ont acquis et consolidé progressivement cette liberté jusqu’à ce jour. Il m’a semblé donc utile d’étudier les principales formes d'expression politiques de cette période, d’en examiner les articulations et d’en tirer des enseignements pour la consolidation de la démocratie dans notre pays.
Le sujet que vous y abordez intéresse le public congolais, intellectuel notamment. Cependant vous êtes absent sur le marché congolais du livre. On a l’impression que vous minimisez les consommateurs congolais qui sont les premiers concernés par votre production
Tous les points que je traite dans mes recherches concernent au premier plan les Congolais ; la plupart de gens qui s'intéressent à la politique congolaise m’auront découvert principalement par mes publications et par mes conférences publiques, avant même de me voir sur les antennes de la RTBF, de TV5 ou de la RTNC, etc. Je ne néglige donc pas le public congolais. Il se pose cependant un réel problème de pouvoir d'achat en ce qui concerne les livres publiés en Europe, où ils sont vendus à un prix assez élevé. Par exemple mon dernier livre coûte 20€ (soit près de 28 usd) en Europe ; à quel prix va-t-on le revendre ici pour que les gens puissent vraiment l’acheter ? Et comme notre pays n’a pas d’accords culturels bilatéraux qui permettraient d’acheter des livres à des prix réduits (comme cela se fait entre la France et ses anciennes colonies par exemple), on est pénalisé. Je suis donc conscient de ce problème d’accessibilité, et j’essaie d’y pallier à ma façon; mon éditeur en est conscient aussi, et j’espère qu’à l’avenir on trouvera des solutions à ce problème.
En attendant, les autorités congolaises en charge de la culture ou de la recherche scientifique ne pourraient-elles pas envisager d’acheter des lots de certains ouvrages portant sur notre pays, et les distribuer ne fut-ce que dans les universités et bibliothèques publiques locales ?
Vous avez parlé de la transition, de la passation des pouvoirs entre le MPR et l’AFDL et manifestement vous vous basez de faits ou phénomènes socio-politiques concrets et avérés pour rédiger vos ouvrages. Quels sont les enjeux probables que vous comptez aborder dans votre prochaine publication.
J’ai plusieurs recherches qui déboucheront probablement sur des publications. En ce qui concerne spécifiquement la politique congolaise, il y aura une certaine continuité, dans la mesure où je travaille d’une part sur l’analyse des discours politiques de la période des guerres et de la recherche de la paix ; et d’autre part sur l'implication politique et le poids socio-économique de nouvelles Eglises (et sectes religieuses de toutes sortes) dans la transition congolaise.
A quand votre prochaine publication.
Certainement en 2008, sur un sujet qui intéressera pas mal de Congolais, en particulier ceux de la diaspora : les résultats d’une étude sociographique et culturelle du quartier Matonge de Bruxelles.
Actuellement l’Udps est dans les préparatifs de son congrès, le premier 27 ans après sa création. Peut-être que cet événement pourrait aussi vous inspirer. Quelles chances donnez- vous à ce parti surtout en ce qui concerne son avenir ?
Cet événement ne va pas m’inspirer de façon particulière, mais en tant que politologue j’attache forcément beaucoup d’importance à l’évolution et au rôle des partis politiques en démocratie. L’UDPS, parti historique de notre pays, a besoin d'un véritable aggiornamento, et j’espère que ce parti mettra son congrès à profit pour examiner froidement ses forces et faiblesses afin de mieux rebondir.
Un dernier mot pour conclure cette interview ?
Je porte sur la politique de notre pays un regard d’analyste et de chercheur ; je n’ai pas de leçons à donner ni de solution miracle à proposer. Cependant, je crois fermement que si on s’engage tous à travailler pour l’amélioration de la situation de notre pays, on y parviendra sûrement, car nous en avons les moyens. Ce n’est pas seulement une affaire des responsables politiques, c’est l’affaire de tous. Et je reste optimiste quant à l’avenir car j’ai l’impression que ce message est de plus en plus compris par le peuple congolais. Je vous remercie.
Propos recueillis par Boni TSALA / MMC
Last edited: 03/01/2008 11:47:08