Un chausseur célèbre et incontournable jadis en RDC avait pour slogan publicitaire : « Pas un pas sans Bata ». Cette réclame s’appliquerait parfaitement à l’indéfectible lien entre le chanteur Jossart Nyoka Longo et Eugide Defer, mélomane et fan de Zaïko Langa Langa, moult fois immortalisé dans les chansons de ce groupe. On a l’impression qu’à Paris, Nyoka Longo ne peut faire un pas sans Eugide Defer à ses côtés. Teint clair, beau gosse, look relax ou un tantinet fashion dans la vie de tous les jours, tenue classe et classique dans les concerts, Eugide Defer entretient une relation avec Jossart qui suscite interrogations, jalousies et controverses. L’intéressé ne s’en formalise pas et, dans une interview qu’il nous a accordée, fait une mise au point édifiante. Il y est question d’humanité, de fraternité entre les deux et d’une passion exacerbée pour un orchestre, le sien : Zaïko Langa Langa.

Lorsque certains susurrent des accusations d’entremetteur ou dénoncent plus ouvertement un courtisan, Eugide Defer répond calmement : «  Chacun est libre de ses propos, je suis fils unique et Jossart est le frère que je n’ai jamais eu. À une époque j’avais complètement rompu avec ma famille, nous n’avions plus le moindre contact, et c’est lui que ma mère est allée voir pour qu’il essaie de renouer les fils. Jossart nous a permis de nous réconcilier et depuis il a une place de choix dans mon cœur et dans notre famille ».

Courtisan, homme lige ? L’accusation fait sortir Eugide de ses gonds : « Combien osent dire non à Jossart ou lui dire la vérité quand il se trompe ? Très très peu ! Mais moi je le fais entre quatre yeux, mais ne comptez pas sur moi pour dévoiler les reproches que je fais à quelqu’un que je considère comme un frère ». Le « frère de cœur » de Jossart rappelle d’ailleurs qu’à l’origine, il était plutôt lié au guitariste Matima qui lui avait offert son premier « libanga » (dédicace) dans la chanson Hyppo (Album « Jamais sans nous ») et souligne ses liens de famille avec l’animateur Doudou Adoula et Meridjo qui lui avait dédié, en 1995, la chanson « Eugide » dans l’album « Avis de recherche ».

Fan de Zaïko depuis toujours, aime-t-il à rappeler, c’est par Matima qu’il côtoyait beaucoup dans le quartier Matonge à Kinshasa qu’il a été introduit dans le groupe avant de devenir le fondateur du premier fan-club de cet orchestre en Europe : « C’était en 1988, je venais d’arriver en Europe après un séjour au Maroc pour des études. Le groupe venait de connaître la scission qui avait donné naissance à Familia Dei, il fallait maintenir la flamme allumée, j’ai appelé Jossart pour lui demander l’autorisation de monter un fan-club, il m’avait donné son accord et m’avait envoyé les statuts qui régissaient ceux qui existaient déjà à Kinshasa et à Brazzaville. À mes côtés, il y avait déjà Samy Sax, Dios Mena, Ricardo Elumbu, Dodo Lukanu… Depuis, la mobilisation n’a jamais faibli ».

« Jossart a mûri, sait maintenant qui est qui et m’impressionne encore plus par sa dignité ». En dehors de l’exceptionnel (en amitié et en fidélité) Ricky Lumbu, Eugide Defer est sans doute celui qui a partagé quasiment le quotidien de Jossart pendant son long séjour de six ans en Europe. Quand il tire le bilan de ce séjour, Eugide a des trémolos dans la voix : «  Jossart a beaucoup mûri.

Il sait maintenant qui est qui, il s’est découvert beaucoup de vrais faux amis et a été blessé par le comportement irrespectueux et ingrat de certains de ses musiciens sans doute grisés par le fait d’avoir des papiers en Europe et du travail. Mais Jossart m’a fortement impressionné par sa dignité. Même si financièrement ça n’a jamais été le top tout le temps, il est resté digne, tête haute, c’est un monsieur auprès de qui j’ai beaucoup appris et je continue d’apprendre ».

Ce vendredi 28 décembre 2007, quand Zaïko Langa Langa livrera son dernier concert probablement avant le retour de Jossart à Kinshasa, Eugide sera heureux comme d’habitude mais sans doute aussi ému par le fait que si Jossart repart à Kinshasa, ça sera de moins en moins « Pas un pas sans Eugide Defer »… Defer affirme qu’il se consolera de savoir que ça sera pour que son groupe renouvelle sa créativité et sa vitalité même s’il reste, à ses yeux, la seule valeur sûre de la musique congolaise : « Zaïko est en Europe depuis six ans, mais à chaque concert il attire au minimum 500 personnes sauf un ou deux ratés. Demandez à tous les producteurs, on n’avait jamais connu ça. Tous les groupes congolais au bout d’un an, de deux ans connaissent la désaffection du public. Ça aussi a fait prendre conscience à Jossart de la réelle valeur de son groupe et de ses responsabilités vis-à-vis de notre musique ».

Au fait Eugide, y’a-t-il du fun en dehors de Zaïko ? On en reparlera ce 28 décembre au Millénaire accoudés au bar ou en voisins sur la piste de danse avec un Jossart, en haut sur scène, ondulant, se tortillant et se déhanchant pour faire passer cette « magie » dont il est dépositaire.

Botowamungu Kalome/AEM