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Bonjour | 20/11/2008 17:31 | English Make DC Home page | RSS feed

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Florence Atman, ancienne porte-parole du Tribunal pénal international sur le Rwanda, TPIR vient de jeter un véritable pavé dans la marre. Florence Atman, il y a qua­tre ans, vous avez vécu de très près le bras de fer entre le président rwandais, Paul Kagame, et la procureur du TPIR, Carla del Ponte, pour savoir si oui ou non le tribu­nal d’Arusha était compétent pour enquêter sur les crimes de l’Apr (Armée patriotique rwandaise) en marge du gé­nocide de 1994. Et vous racontez notamment que les Etats-Unis ont offert leur médiation, mais qu’au bout de compte, ils n’étaient pas vrai­ment médiateurs. Est-ce cela ?

Absolument, les américains sont intervenus à un moment de gran­des tensions entre Kigali et Arusha, le siège du TPIR. Pour­quoi ? Parce que les Rwandais essayaient de convaincre ma­dame Del Ponte de renoncer à des enquêtes qu’elle a engagées en marge des génocides qui sont les crimes commis par l’APR.

Vous racontiez ce bras de fer du 15 mai 2003, dans cette salle de département d’Etat américain à Washington et vous citez cette phrase de Carla del Conté s’adressant aux rwandais : « Les crimes de guerre de l’APR existent et ils ne peuvent pas passer sous silence et les poursuivre se­rait un élément de réconcilia­tion… ».

Bien sûr parce qu’il faut recon­naître toutes les victimes, tous les crimes pour que la réconci­liation s’engage dans un pays où les tensions se sont produites. Les génocidaires parlent d’un deuxième génocide. Il y eut le génocide qu’ils ont commis. En l’annulant par cette affirmation qu’il n’y ait un deuxième géno­cide, ils protestent parce que leurs victimes ne sont pas reconnues. Et il est nécessaire de ne pas empêcher les négationnistes d’établir les faits, d’établir la réalité des crimes. Bien évidemment, les crimes de l’APR ne sont com­parables aux crimes commis par les extrémistes hutus. Mais éta­blir l’ensemble des faits est in­dispensable pour que deux his­toires opposées ne continuent pas à se développer comme c’est le cas aujourd’hui au Rwanda.

Pourquoi les américains n’ont pas entendu vos arguments et ont soutenu la thèse du Rwanda à ce moment là ?

Parce qu’ils comptaient aussi sur le Rwanda pour obtenir un ac­cord bilatéral protégeant les ressortissants américains des poursuites devant une autre cour internationale que la CPI, la Cour pénale internationale, qui est une cours permanente.

En fait, ils avaient un mar­ché ?

Ils avaient un marché. Donc, ça convient à une demande d’impu­nité pour l’APR.

Vous racontez que, toujours ce jour de mai 2003, Carla del Ponte refuse de céder, et qu’en représailles, les américains décident de la faire li­moger de son poste de pro­cureur an TPIR. La magistrate espère encore garder le soutien du Secré­taire Général de l’Onu Kofi Annan. Et tout se joue dans le bureau de Kofi Annan, nous sommes maintenant le 28 juillet 2003 ?

C’est de là que madame Carla del Ponte compte sur Kofi Anan pour lui apporter son soutien. Et Kofi Annan ne prend pas la dé­fense de la justice et de son indépendance. Kofi Annan lui dit : « vous n’aurez pas le soutien suffisant. Certains Etats bloque­ront votre renouvellement. Et il lui dit que vous verrez et vous n’aurez jamais des enquêtes spé­ciales. Kofi Annan ne veut pas y croire. Et il lui dit que la politi­que a pris le pas sur la justice ».

Suite donc à toutes ces pres­sions, Carla del Ponte est dessaisie de son poste de procureur au TPIR au profit du magistrat gambien Hassan Aboubakar Diallo qui est toujours aujourd’hui en poste.

Est-ce qu’il a essayé comme sa prédécesseur d’enquêter sur les crimes de guerre commis par l’APR ou pas ?

Il a joué l’attentisme. En fait, Diallo est sensé terminer les en­quêtes. Donc, sous prétexte de cela, il ne le fera pas, c’est tou­jours les enquêtes spéciales sous prétexte que cela ne lui intéresse pas d’avancer sur cette question là. Mais jamais, il ne dira qu’il les a abandonnées. Quand on lui pose la question, est-ce que vous avez renoncé aux enquêtes spé­ciales, il répond toujours non. Mais aujourd’hui fin 2007, aucune inculpation n’a été éta­blie contre des membres de l’APR. Donc, les crimes commis par l’Apr sont restés entièrement impunis au Rwanda.

Chris­tophe Boisbouvier/RFI/Le Potentiel

Last edited: 21/12/2007 14:07:42

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