Pour le suivi de près au pays des opérations militaires à l’Est, le Chef de l’Etat a été contraint d’annuler son périple européen prévu ce week-end au sommet UE-Afrique de Lisbonne, ensuite au Vatican où il devait être reçu par le Pape.

Le président Joseph Kabila, ne pourra plus, comme initialement prévu, se rendre ce week-end en Europe où il devait participer au sommet Union Européenne-Afrique de Lisbonne au Portugal. Il ne pourra pas non plus effectuer la deuxième étape du périple en Italie au Vatican où il devait être reçu en audience le lundi par le Pape Benoît XVI. Le Chef de l’Etat est retenu au pays où il suit de près l’évolution de la situation des opérations militaires menées au Nord-Kivu où l’armée nationale, les Forces armées de la Rdc (Fardc), affronte les hommes du général dissident Nkunda.
Cette nouvelle de l’annulation de dernière minute du voyage européen du président de la République a été communiquée à Digitalcongo.net par une source autorisée proche du Chef de l’Etat.
Des raisons sécuritaires commandent donc au Commandant suprême des Forces armées congolaises à ne pas s’éloigner du pays, pour bien contrôler sur terrain l’évolution de l’offensive militaire de grande envergure que les Fardc ont engagées ces derniers jours au Nord-Kivu en vue de déloger de leurs derniers retranchements les bandes armées à la solde du général dissident Nkundabatware.
Il n’est un secret pour personne que les affrontements qui se déroulent actuellement à ce front de guerre causent de déplorables pertes humaines tant du côté des combattants que de celui des populations civiles fuyant leurs localités transformées en champs de batailles pour se mettre à l’abri dans d’infortunes camps de réfugiés. La cause nationale représentée dans la défense et la protection des filles et des fils congolais victimes d’insécurité mérite bien que le président de la République y apporte une attention soutenue et privilégiée par rapport aux actions diplomatiques. Il y a va de l’intérêt supérieur de la Nation.
Mbusa Nyamwisi représente valablement le Chef de l’Etat
L’absence du Chef de l’Etat au sommet Europe-Afrique de Lisbonne ne signifie pas que la Rdc a négligé sa participation à cette rencontre déterminante pour les relations entre les pays de l’Union Européenne et ceux de l’Union Africaine. Loin de là, puisque le président de la République a pris soin de se faire représenter par le ministre d’Etat en charge des Affaires étrangères, M. Antipas Mbusa Nyamwisi. Celui-ci conduit une importante délégation congolaise aux assises de la capitale portugaise. Il s’agit d’un sommet, le deuxième du genre après celui du Caire en Egypte, il y a sept ans. L’importance de ces retrouvailles euro-africaines est soulignée par les dirigeants du pays hôte.
M. José Socrates, le Premier ministre du Portugal qui assume l’actuel exercice de la présidente tournante de l’Union Européenne, a indiqué, en effet, que ce 2ème sommet UE-Afrique vise d’établir non plus une stratégie de l’Europe pour l’Afrique, mais une stratégie conjointe nouvelle, la première du genre dans l’histoire. « Il nous faut tourner la page postcoloniale en instaurant un véritable partenariat d’égal à égal entre l’Europe et l’Afrique », a souligné le Secrétaire d’Etat portugais à la Coopération, M. Joao Gomes Gravinho à la veille du sommet de Lisbonne.
La déclaration de bonnes intentions des autorités portugaises démontrent toutefois une détermination de leur part de sauver le prestige de leur sommet qui reste entaché par un désarçonnant malaise suite au climat de méfiance entretenue autour de la participation du président zimbabwéen Robert Mugabe dont le régime est fustigé par l’Union Européenne pour atteintes aux droits de l’homme et dérive totalitaire. Le gouvernement britannique s’est même montré intransigeant dans cette crise jusqu’à amener le nouveau Premier ministre Gordon Brown à sécher sa participation au sommet pour marquer son opposition à la présence controversée du leader zimbabwéen à la rencontre.
L’affaire Mugabe et le malaise qu’elle jette sur le sommet dilue évidemment l’importance de l’événement, mais ce n’est pas cet aspect qui aurait joué dans l’apparent désintéressement du président Joseph Kabila à effectuer le déplacement de Lisbonne où il manque de profiter d’un propice passage au pays où s’est retiré l’opposant Jean-Pierre Bemba pour avoir d’appréciables avis sur les projets de son ancien concurrent qu’il a vaincu au second tour des dernières élections présidentielles.
Quant à l’étape de Rome, le dirigeant congolais a des raisons de regretter d’y effectuer le déplacement prévu. Il y a d’abord le fait que l’occasion de son passage au Vatican lui aurait permis un fructueux échange à l’audience que le Souverain Pontife allait lui accorder pratiquement au lendemain de la nomination par Rome d’un successeur au poste laissé vacant d’Archevêque de Kinshasa depuis la mort au début de l’année du cardinal Etsou. Les relations entre le Vatican et Kinshasa auraient certainement trouvé une quelconque pulsion nouvelle à cette opportunité.
L’intérêt supérieur de la Nation a prévalu
Il y a ensuite l’autre face du déplacement dans la ville éternelle où le dirigeant congolais allait trouver l’occasion de rencontrer les autorités italiennes pour évoquer les relations entre leurs deux pays respectifs. Le président Joseph Kabila devait certainement s’entretenir avec l’actuel chef de l’exécutif italien, M. Romano Prodi qui lui avait fait l’honneur de l’accueillir au moment où il assumait la présidence de l’Union Européenne, au lendemain de l’avènement au pouvoir du chef de l’Etat congolais.
Contrairement à ce que de mauvaises langues peuvent être tentées d’accréditer comme multiples thèses imaginaires sur l’annulation du voyage européen du président de la République, beaucoup de raisons en quelque sorte du cœur militaient pour le maintien du périple. L’intérêt supérieur de la Nation a fini toutefois par prévaloir avec les prioritaires considérations sécuritaires.
Il n’empêche que le blocage depuis un bon bout de temps par l’Union Européenne des armes que la Rdc avait achetées, et cela sous le prétexte de vérification de son code de bonne conduite, pouvait pousser à des bouderies de Kinshasa, mais cela n’est nullement le cas, puisque les autorités congolaises n’en tiennent pas rigueur outre mesure à des responsables considérés libres de prendre leurs décisions. Le président est homme à se situer au-dessus des velléités sentimentales pour ne s’en tenir qu’à ce qui intéresse au plus haut point son peuple. Pour sûr, aussitôt que la crise à l’Est sera décantée, le président congolais reviendra sur un périple européen à effectuer avec plus d’aisance dans le contexte d’une pacification totale de la Rdc.
Daniel Nzuzi/MMC
Last edited: 08/12/2007 14:48:16