Composé de 60 membres lors de sa constitution en février dernier, le gouvernement Gizenga en compte désormais 45 membres après son remaniement le 26 novembre dernier.

La réduction de la taille de l’Exécutif national reste le seul point qui semble faire l’unanimité dans tous les milieux socio-politiques congolais. Pour le reste, les avis sont partagés entre les acteurs politiques de la Majorité présidentielle, de l’Opposition et de la Société civile.
La nouvelle équipe du gouvernement remanié aligne 33 ministres, dont 3 ministres d’Etat, et 12 vice-ministres. Cinq femmes (quatre ministres et une vice-ministre) en font partie. Par rapport au précédent et premier gouvernement de la troisième République, qui comptait 60 ministres dont 6 ministres d’Etat, 34 ministres et 20 vice-ministres, l’actuel gouvernement se caractérise par sa taille revue à la baisse et un nombre réduit de femmes qui, du reste, sont passées de 9 à 5.
La compression du gouvernement
Réagissant à la composition de la nouvelle équipe gouvernementale au sein de laquelle elle siège en qualité de ministre de Genre, de la Famille et de l’Enfant, Mme Philomène Omatuku estime que « la réduction du nombre des femmes est à attribuer à certains partis politiques de la majorité au pouvoir ». Pour la ministre Omatuku, à part le président de la République « qui a renforcé la présence féminine dans son cabinet », les hommes, chefs de la quasi totalité des partis politiques, n’acceptent pas de laisser les femmes assumer les charges importantes.
De son côté, Gaston Musemene, député national membre de l’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP), appelle tous les Congolais à donner la chance au gouvernement remanié qui, pour lui, « est une réponse du chef de l’Etat, Joseph Kabila, et du Premier ministre, Antoine Gizenga, aux préoccupations de la population ».
« Le problème est réel : tout le monde s’est rendu compte que les choses ne marchaient pas bien. Cette équipe gouvernementale est reconstituée pour répondre aux attentes de la population », a-t-il souligné.
Alain Lubamba, ancien vice-ministre du premier gouvernement Gizenga, soutient, quant à lui, qu’il était nécessaire que le nombre des ministres soit revu à la baisse. D’après lui, après le remaniement, les entrants et ceux qui sont restés au gouvernement « doivent passer aux choses concrètes ».
Le scepticisme de la Société civile
Réagissant à la composition du nouveau gouvernement, Kibiswa Naupess, Secrétaire exécutif de la Société civile estime qu’« on a pris les mêmes pour recommencer ». Pour lui, « la nouvelle équipe gouvernementale ne présente pas beaucoup de garanties de réussite. Il y a des individualités, mais ce qui fait la force d’une équipe, c’est la cohésion. Il faut que le Premier ministre lui-même donne du tonus en frappant, par exemple, ceux qui n’ont pas réalisé les recettes attendues par le trésor public ».
Face à ce constat, Kibwisa Naupess soutient qu’il n’y a rien à attendre de l’équipe remaniée. Le Secrétaire exécutif de la Société civile reste même convaincu que le budget 2008 prouve qu’il ne changera pas la situation sociale du peuple congolais.
Un non événement pour JED

Le remaniement de l’équipe gouvernementale intervenu est un « non événement », estime Donat Mbaya, président de l’ONG « Journaliste en Danger » (JED). On peut nommer autant de ministres, mais aussi longtemps que le même chef du gouvernement restera en place, il n’y aura pas d’avancée dans les actions à mener pour sortir le pays dans l’état où il se trouve, a-t-il affirmé. « L’animateur de l’équipe n’ayant pas de vision, on ne peut s’attendre à rien de bon », tranche Donat Mbaya.
Saka-Saka, analyste politique, salue, pour sa part, la réduction de l’équipe gouvernementale. Toutefois, il se dit « déçu de la composition de la nouvelle équipe Gizenga II, qui regorge encore des ministres inefficaces, sans âme », qu’il ne souhaitait plus voir au sein de l’Exécutif.
Après ce remaniement, plusieurs personnes s’interrogent sur l’opportunité du changement à la tête de certains ministères dont les titulaires étaient quand même efficaces comme celui de la Presse et celui de la Fonction publique.
Opératrice économique, Mme Nelly Sekele croit que l’objectif poursuivi lors de la formation du premier gouvernement Gizenga a été respecté dans la seconde équipe : remercier les membres de l’AMP.
Pour l’opposition, rien n’a changé
Du côté de l’opposition, le remaniement du gouvernement Gizenga est diversement apprécié. Annoncé pourtant au gouvernement, comme la plupart de ses compères du parti par la presse kinoise, Thomas Luhaka, secrétaire exécutif du Mouvement de Libération du Congo (MLC), soutient que « la logique qui avait prévalue lors de la formation du gouvernement Gizenga au mois de février, a été respectée dans la composition de la nouvelle équipe ». Laquelle logique, pour le numéro 3 du MLC, a comme soubassement la préparation des futures élections locales.
D’après le député Thomas Luhaka, « le gouvernement remanié n’apportera pas des solutions aux préoccupations essentielles de la population ».
Pour sa part, le député Jean-Claude Vuemba, président du mouvement du Peuple Congolais pour la République (MPCR), estime que la République Démocratique du Congo est retombée dans les mêmes erreurs par le passé en laissant en place les mêmes personnes au sein de l’équipe gouvernementale. « Le problème n’est pas de changer ou de permuter les ministres », a-t-il indiqué. Jean-Claude Mvuemba croit que le problème se situe au niveau de la tête du gouvernement.
Président du CODES, un parti proche de l’Union pour la Démocratique et le Progrès Social (UDPS) d’Etienne Tshisekedi, Achille Mutombo Tshiayi retient un seul point positif à l’issue du remaniement du gouvernement la réduction du nombre des ministres.
« Cette réduction influe sur le plan financier, car l’argent qu’on payait aux ministres sortant peut servir à autre chose s’il est bien géré », affirme-t-il, tout en regrettant de constater que « ce sont les mêmes personnalités qui sont revenues ».
Nestor Ciko, Augustine Banzi et Alain Kabongo/Journal du Citoyen