Mardi 5 octobre dernier, Maggy Mufu Mpia, mère de trois enfants, belgo congolaise, s’est arrosée d’essence en plein cœur de la capitale, Luxembourg, avant de craquer une allumette. Olivier Delvaux a tenté d’intervenir mais Maggy, transportée à Metz, est morte quelques jours plus tard.
Mardi 5 octobre, Maggy Mufu Mpia, une quadragénaire belgo- Congolaise, mère de trois enfants, a troublé la vie paisible de sa patrie d’adoption. Elle s’est arrosée d’essence en plein cœur de la capitale, Luxembourg , avant de craquer une allumette. Des photographes présent par hasard ont saisi l’image de la jeune femme en feu, hurlant sa douleur. Olivier Delvaux a tenté d’intervenir mais Maggy, transportée à Metz, est morte quelques jours plus tard. Maggy Mufu Mpia voulait, affirmait-elle, dénoncer les tracasséries administratives dont sa famille était l’objet et le racisme dont ses enfants étaient victimes.
A l’arrière de son garage Citron d’Obenwampach, dans un bureau aux murs jaune et vert, M. Delvaux se prend la tête entre les mains : Je me reproche de n’avoir pas vu son désespoir mais j’aurais fait la même chose qu’elle. Aujourd’hui , je préférerais être mort, mais il y a mes trois enfants... Ce petit homme fluet, marqué pas la fatigue et la douleur, ne sait plus comment raconter son histoire. Sa voix puissante résonne et mime, s’adoucissant seulement pour évoquer la visite que lui a rendue la Grande-Duchesse Maria Teresa. Il pense que beaucoup d’autres autorités de ce pays ont tout fait pour le ruiner et conduire sa femme au désespoir.
Pretendue psychologue
Le couple habitait Bruxelles avant que le mari, ingénieur, décroche un travail à Luxembourg, en 1997. L’installation se déroule sans souci particulier, mais les enfants du couple connaissent leurs premières difficultés à l’école. A EttelbrUck, un garçon se fait traiter de sale Noir et on l’interroge sur l’étrange couleur de sa peau de métis. La petite fille est parfois oubliée sur le bord de la route par le car de ramassage et, une autre fois, reste coincée dans la porte de sortie, tandis que le chauffeur poursuit son chemin.
La maman s’insurge quand on veut placer ses enfants dans les classes les plus faibles, sous prétexte qu’ils parlent mal l’allemand, la deuxième langue du pays. Un jour une prétendue psychologue nous a lancé violemment il est hors de question de donner plus de chance à votre fille qu’a tin Luxembourgeois , raconte Olivier Delvaux. Sa femme finira par trouver un emploi de bibliothécaire, mais se serait vite rendue compte que son salaire se situait sous le minimum légal.
Le couple décide alors de s’installer à son compte et de mobiliser ses économies par reprendre un garage, a Oberwampach.
L’affaire compte quelques ouvriers, semble rentable et devrait permettre au mari de la transformer en un petit centre commercial. Il compte sur l’aide des banques et des pouvoirs publics, qui offrent des primes à l’installation. Mais les diverses autorisations requises se feront attendre. Olivier doit fermer le garage pendant plusieurs mois, perdant au passage la concession Citroën, reprise par un concurrent.
A plusieurs reprises, le couple tentera de faire fléchir l’administration. En vain, affirme M. Delvaux. C’est alors que sa femme, dépeinte comme tolérante et soucieuse d’équité, aurait mari le projet d’une action d’éclat. Son mari affirme que, jusqu’au dernier moment, il a cru qu’elle voulait enflammer des couvertures devant un ministère. Le 5 octobre, alors que la police avait été discrètement alertée mais attendait Maggy a un autre endroit de La ville, elle s’est immolée.
Voulait-elle vraiment mourir ? La police garde un doute et devait entendre M. Delvaux de nouveau, mardi 19 octobre. Soit La veille de l’enterrement de Maggy, qui a été retardé : il aura fallu des jours et des jours pour que les pompes funèbres disposent des documents nécessaires à l’inhumation. Les autorités luxembourgeoises ont, entre-temps, lancé plusieurs enquêtes: judiciaire, scolaire et au ministère des classes moyennes un peu tard, sans doute. A Oberwampach, trois enfants n’aspirent plus qu’à fuir le paisible Grand-Duché et préfèrent ne pas regarder les photos dans les journaux. Au-dessus du village d’oberwmpach, le chuintement des pales de trois éoliennes n’étouffe pas les pleurs de la famille Delvaux- mufu Mpiana .
La Dernière lettre de Maggy
Maggy delvaux Mufu a écrit avant de s’immoler : « ...Aujourd'hui, ma famille et moi sommes dépendants du RMG pour vivre, nous ne sommes plus capables de rembourser nos dettes, toutes nos économies sont englouties par les dépenses que l’Etat luxembourgeois nous a obligées a engager sans autre raison que la discrimination. Aussi, chaque fois que je vois dans les journaux que le Grand-Duché de Luxembourg est un bon élève de l’Union européenne, que M. Juncker est le Premier ministre Euro, que je vois ce pays se préparer à présider la destinée de l’UE, je deviens positivement malade.
Je suis contre toute forme de violence, mais chaque jour, ma famille et moi subissons cette violence morale de la part de l’administration de M. Juncker : harcèlements, injures et j’en passe. Dans quelques jours, nous allons probablement devoir déposer le bilan et toute notre dignité, simplement pour avoir voulu travailler au Luxembourg (...)
Doit- on en arriver à s’immoler sur la place publique ou à prendre en otages des enfants innocents pour se faire entendre en plein coeur de l’Europe ? Les miens sont en otages depuis décembre 2002 et seront bientôt des SDF (..). Signé/Mme Delvaux-Mufu ». Dans l’après-midi du 6 octobre, La Grande-duchesse a rendu visite à Mme Delvaux Mufu dans un geste de compassion, mais celle-ci n’a pas survécu a ses brûlures. Elle est morte le samedi 09/10 dans le service des brûlés à l’hôpital Bon Secours de Metz.
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MilorJEAN-PIERRE STROOBANTS/LE MONDE /Le Potentiel
Last edited: 05/12/2007 15:41:02