Le débat général sur le projet de la budgétaire qui s’était ouvert mardi 27 et mercredi 28 novembre à l’Assemblée nationale avait donné aux députés de l’Opposition une occasion en or.

L'Opposition devrait sortir de leur gong et de tomber à bras raccourcis non seulement sur le Gouvernement, mais aussi – l’occasion faisant le larron – de se répandre en invectives sur la personnalité du vénérable leader du Parti lumumbiste unifié (Palu).
Imperturbable, le regard perçant rivé sur les différents orateurs qui ont défilé à la tribune pour vouer aux pites gémonies le projet de loi budgétaire 2008, Antoine Gizenga contre mauvaise fortune a fait bon cœur face aux tirs croisés de ces frondeurs qui s’étaient improvisés en donneurs de leçons.
Pour la circonstance, il s’était abstenu de montrer quelque agacement quand certains tribuns de l’Opposition se sont même payés le luxe de le fossiliser par des chicanes du genre « Qu’on ne s’étonne pas si son Gouvernement est incapable de la moindre prouesse : son âge est tel qu’il ne peut rien…) ! Sans ciller, tranquillement assis sur sa chaise, Antoine Gizenga avait encaissé tous les coups portés contre lui et son équipe, ruminant la réplique à donner à ses impertinents détracteurs le moment venu.
Quarante-huit heures plus tard, le vieux baroudeur Pende qui n’a pas à s’en laisser conter, surtout pas par certains de ses pourfendeurs du moment qui auront un jour ou un autre à rendre compte de ce qu’ils ont fait quand ils étaient aux affaires, pendant la-République-des-coquins-et-des copains, a trouvé l’occasion de leur seriner quelques aphorismes qui les accompagneront jusqu’au soir de leur vie.
En réponse aux malveillances distillées par les interventions des Honorables députés de l’Opposition, notamment en rapport avec le lourd mais combien respectable fardeau des ans qu’il porte allègrement, Antoine Gizenga est passé à la réplique samedi 1er décembre, à l’occasion des réponses aux préoccupations formulées quelques jours auparavant par les députés sur le projet de la loi budgétaire 2008.
« J’aimerais dire à ceux-là (ndlr : à ceux qui lui ont fait reproche d’avoir accepté de diriger le Gouvernement de la République en raison de son âge avance), que j’ai été jeune aussi, et au cours de cette période j’ai apporté ma contribution à l’émancipation de notre peuple et de notre pays. L’Histoire et le peuple souverain seront les derniers juges de cette contribution. C’est par les actes et non les paroles que cette Histoire doit être écrite ».
Et comme si cela ne suffisait pas pour remuer la conscience de ceux des députés auxquels s’adressait son algarade, Antoine Gizenga a enfoncé le clou en poursuivant : « Aujourd’hui Vieux, je m’efforce, à la suite de l’honneur qu’il a plu au Président de la République, Son Excellence Monsieur Joseph Kabila Kabange, et Votre Auguste Assemblée de me faire, de mettre mes dernières forces au redressement de notre cher et beau pays et son grand peuple. Y a-t-il un péché en cela »?

Et de terminer en prophétisant : « Mais sachez qu’à chacun, tôt ou tard, la Nation posera la question suivante : « Pendant ta jeunesse, qu’as-tu fait pour moi ? Et lorsque tu seras vieux, que pourrais-tu faire pour moi » ? L’onde de choc de l’ovation des députés de la majorité, qui a salué frénétiquement cette brillante remontrance du Premier ministre a requinqué le moral des hommes de l’AMP qui n’ont pas su, disons les choses sans ambages, ont manqué d’aplomb devant l’acharnement de leurs collègues de l’Opposition.
Décidément, Evariste Boshab, le nouveau berger de la majorité présidentielle aura de gros pains sur la planche tout au long de cette législature, parce qu’il devra puiser dans tous les recoins de son « know-how » personnel et de son charisme pour distiller dans les veines de ses hommes de troupe les antidotes les plus puissants qui soient à même de leur permettre de déjouer les pièges et les ruses de leurs collègues de gauche ( allusion à la position occupée dans l’hémicycle par les députés de l’Opposition par rapport au Bureau de l’Assemblée).
Delly Sessanga, est une valeur sûre pour l’Opposition, personne ne peut le contester. Mais manque-t-il de répondant aussi sagace et performant que lui du côté de la majorité, au point que l’on ne doit attendre que l’intervention de Kamerhe qui joue sans cesse au sapeur-pompier pour sauver la face de son camp au plus fort des tempêtes qui se soufflent quelques fois dans l’hémicycle de la chambre basse ?
Pour l’essentiel, l’on doit reconnaître au « Vieux » Pende du Palu d’avoir réussi à rappeler samedi 1er décembre à ceux qui l’oublient sciemment, que le pédagogue de formation qu’il est n’est nullement responsables des maux qui minent aujourd’hui la Troisième République.
La superbe qu’il a affichée devant ses pourfendeurs n’a d’égal que les assurances que lui procure l’imminence du démarrage des grands travaux prévus par les prêts chinois, mais aussi l’enveloppe de 4 milliards de dollars d’engagement ferme promis par les bailleurs de fonds pour l’action du Gouvernement.
Il va sans dire que les assurances que lui donnent ces aides extérieures vont à n’en point douter stimuler le Gouvernement à mettre en branle, sur le plan intérieur, tous les mécanismes mobilisateurs des recettes au niveau des régies financières. Concomitamment à cela, le Gouvernement devra amorcer des efforts sans relâche pour combattre la corruption et la fraude sous toutes leurs formes, et qui sont pour la plupart à la base des sous-évaluations dans les facturations dans les services rendus dans tous les secteurs de l’Etat.
Dans cette perspective, l’urgence de la finalisation du dossier de la réforme des entreprises publiques s’impose. Principales pourvoyeuses des moyens d’action du Gouvernement, ces entreprises doivent retrouver leur vitalité d’antan pour jouer le rôle pour lequel elles ont été créées.
Plus que jamais, voici venu l’occasion pour Antoine Gizenga de donner la mesure de ce qu’il veut mettre ses dernières énergies au redressement de « notre cher et beau pays » avant de tirer sa révérence. Une vraie gageure !
Clément Vidibio/MMC
Last edited: 04/12/2007 14:56:37