Démunies, handicapées, malades, sans abris, les victimes de la guerre de 2001 à Kisangani, chef-lieu de la Province Orientale, attendent toujours qu’on leur rende justice et qu’on les dédommage. Des ONG essaient de les organisés, pour faire entendre leurs voix. J’ai perdu trois membres de ma famille et ma jambe. Mon marie m’a chassée à cause de cet état physique que je n’ai pas cherché.

"Mes neuf enfants errent dans les rues. Je ne sais trop comment me prendre en charge... », s’exprime devant la presse, larmes aux yeux, une veuve dont le main a été tue pendant la guerre. La scène se déroule lors d’une rencontre des victimes des guerres organisées en septembre dernier à Kisangani. « Ma blessure intérieure est incurable », déclare, tout aussi amer, Jean Kasongo, un garçon qui a perdu sa mère lors de la guerre dite de six jours (elle opposa en 2001 en plein Kisangani les troupes rwandaises à l’armée ougandaise).

Impacts de la guerre visibles

Dans la Province Orientale, les veuves et veufs, les orphelins, les blesses des guerres, les handicapés, les flues mères et les femmes violées se comptent par milliers. En sillonnant les rues et quartiers de Kisangani, les vestiges, les destructions et impacts des balles et les obus sont toujours visibles et témoignent encore de l’ampleur des dégâts causés par les affrontements armés. « Les affres de la guerre sont encore là, les victimes aussi.

Mais leurs besoins sont urgents », fait remarquer Firmin Yangambi, membre d’un ONG de défense des droits des victimes des guerres. L’espoir qu’avait suscité la condamnation, en 2006, de l’Ouganda par la Cour internationale de Justice (CU) à la réparation des préjudices causés par la guerre en RDC, a vite tourné au désespoir. Si l’Ouganda s’est engagé à dédommager les victimes, celles-ci continuent toujours d’attendre. « Les autorités congolaises » ne se pressent pas pour amener leurs homologues ougandais à honorer leur engagement », déplorent aujourd’hui, dans leur ensemble, les personnes qui ont subi les affres de la guerre.

Un fonds pour indemniser

Face a ce qu’ils considèrent comme l’inaction du pouvoir public vis-à-vis  des victimes des guerres de Kisangani, Yangambi, leur avocat, souhaite  éviter qu’elles demandent réparation  individuellement. « Nous essayons d’organiser nos frères pour solliciter la solidarité nationale et internationale afin de soulager leurs misères », dit-il. Fin septembre, elles ont signé la déclaration de constitution d’un fonds de solidarité aux victimes des guerres de Kisangani destine à accueillir différents dons des philanthropes et organismes de bonne volonté, attentifs à leur souffrance.

« Les maladies vénériennes, la délinquance juvénile, le viol, les filles-mères, les orphelins, les enfants non scolarisés... sont autant des conséquences de ces guerres », fait remarquer Pétronelle Ifa, coordonnatrice des Femmes Victimes des Conflits Armés (FEVGA), une ONG qui assiste les femmes et orphelins de guerre. Pour cette religieuse, « ces gens ont besoin d’un prise en charge effectif: médical, juridique, psychosocial et une réinsertion sociale dans la communauté ».

Lutter contre l’oubli

Depuis 2003, le Centre International pour la Justice. Transitionnelle (CIJT) ONG des droits l’homme, apporte, elle aussi, une assistance technique a ces personnes pour les aider à lutter contre l’oublie. « La justice transitionnelle met en place un ensemble de mécanismes pour prendre en charge les graves violations des droits humains du passé » , explique Alpha Fall, représentant du centre à Kinshasa. Ces mécanismes aident las pays qui sortent des conflits a aller vers la pacification et la réconciliation.

« La réparation sous-entend la justice, la reconstitution de ce qui s’est passé, l’indemnisation des personnes, la reconnaissance par les auteurs dé leurs crimes, la garantie de non répétition, la prise en charge médicale pour ceux qui ont subi les violences sexuelles », souligne le CIJT.

Manque de volonté politique

« Il faut éviter l’oubli et cultiver la mémoire », insiste, pour sa part, Roberto Garreton, consultant du centre. Ce dernier encourage la population à rompre avec le scepticisme et à faire pression sur les autorités politiques, judiciaires et législatives. Selon les associations qui aident les victimes, il appartient à ces dernières de s’organiser et de mettre en oeuvre un programme de réparation qui puisse leur procurer soulagement et reconnaissance.

D’après le constat un ONG, les dirigeants politiques ne semblent pas très favorables à l’idée de réparation par le truchement de la justice. Mais elles estiment qu’il ne petit avoir de paix, de réconciliation sans dénonciation des crimes et leur réparation. « Tout cela prendra du temps et la population doit prendre patience tout en militant », conclut Roberto Garreton.

(Milor)
Pepé MIKWA/Citoyen