Pressée par les engagements pris le 09 novembre 2007 à Naïrobi la République démocratique du Congo s’apprête à exécuter sa part de contrat, il y a 48 heures, le chef d’état-major général des Forces armées congolaises a annoncé la préparation d’un plan pour l’usage de la force contre les insurgés ralliés à Nkunda. Cette annonce a fait écho aux propos du gé­néral sénégalais Babacar Gaye, qui a déclaré que la Monuc est déterminée à désarmer de force les insur­gés. En clair, l’assaut final se précise et vise tous les groupes armés illégaux, nationaux et étrangers, opérant au Nord et au Sud-Kivu.

Le démantèlement des « grou­pes armés illégaux au Nord et au Sud-Kivu » a commencé. C’est signe que le communiqué conjoint signé à Nairobi, le 9 no­vembre 2007, est entré dans sa phase d’exécution. La RDC et le Rwanda, que beaucoup de rancœurs opposent depuis 1994, n’ont jamais été si proches d’une collaboration qui les conduirait, dans un bref délai, à instaurer une nouvelle ère faite des rela­tions de bon voisinage et de coo­pération.

Contraints par les clauses dudit communiqué conjoint, du reste signé sous les auspices de l’Organisation des Nations unies avec l’appui des Etats unis d’Amérique et de l’Union euro­péenne, les deux pays s’appli­quent à montrer la preuve de leur bonne foi à la communauté in­ternationale dans l’exécution des engagements pris.

Côté Kinshasa, le général Dieudonné Kayembe, chef d’état-major général des Force armées de la République démocratique du Congo (FARDC), «a affirmé, mercredi 21 novembre à Goma, « qu’un plan pour l’usage de la force » contre les insurgés ralliés à l’ex-général tutsi congolais Laurent Nkunda « était en cours de préparation ». Sans préciser l’échéance.

Cette déclaration a été aussitôt relayée par la Mis­sion des Nations unies au Congo (Monuc). En effet, le général sénégalais Babacar Gaye, com­mandant des forces de la Mis­sion onusienne, a indiqué : « Nous avons voulu que toutes les cri­ses du Nord-Kivu soient réso­lues pacifiquement. Toutes les voies pacifiques ont été explo­rées et nous allons passer à une phase de contrainte pour permettre aux popula­tions de retourner dans leurs villages ».

Côté Kinshasa côté kigali

Côté Kigali, l’heure est aux réajustements politiques éga­lement. Le Rwanda a annoncé le 20 novembre par la voix de Charles Murigande, son ministre des Affaires étrangères, que, « faute de ressources », il mettait fin au soutien alimentaire apporté depuis plus de deux ans aux in­surgés tutsis des Forces armées de la République démocratique du Congo commandés par le co­lonel J. Mutebusi.

Ceux-ci avaient été défaits en 2005 par l’armée nationale après leur tentative d’assiéger la ville de Bukavu. Des dégâts matériels et des victimes civiles ont été enregistrés après cette opération. Les 212 mutins tutsis con­golais, ont été aussitôt recueillis par le gouvernement de Kigali. Qui leur a offert un hébergement au camp Tshoko, situé au Sud du Rwanda. Il n’est un secret pour personne que Nkundabatware et ses 4.000 éléments ont, eux aussi, bénéficié du soutien multiforme des autorités de Kigali.

Tout cet attelage, on l’a observé, a servi de monnaie d’échange contre la neutralisa­tion des rebelles hutus rwandais FDLR/Interahamwe basés en RDC depuis 1994. Neutralisation longtemps exigée par Kigali comme préalable à la normalisa­tion de ses relations avec Kins­hasa.

En gros, les « petits ges­tes » appréciés de part et d’autres de la frontière commune ont, vrai­semblablement, déterminé la MONUC, parraine du commu­niqué conjoint de Nairobi, à s’im­pliquer effectivement dans l’ap­plication dudit communiqué. Ceci explique le fait que, mercredi 21 novembre, ce soit sa « forte pression » qui ait repoussé les va-t-en-guerre nkundistes, déjà en guerre contre les soldats des FARDC au cœur de la ville de Rutshuru, à 50 km au nord de Goma.

Cette intervention de la Monuc épouse la menace du chef d’état -major général des forces armées congolaises, qui affirmait que des mesures sont prises « pour mettre fin à l’ouverture de Nkunda ». Avant de con­clure que « les FARDC et la MONUC sont en guerre con­tre toutes les forces négatives, nationales ou étrangères. Nous établissons un plan (des opé­rations) pour cela ». « Nous, le gouvernement de la République démocratique du Congo et le gouvernement du Rwanda, réunis à Nairobi le 9 novembre 2007, avons décidé d’une approche commune à l’égard de la menace posée à notre sécurité et notre stabilité par les ex-FAR/Interahamnwe. Cette réunion a été facilitée par les Nations Unies en présence des représentants des Etats-­Unis et de l’Union européenne.

Avons convenu que :

1. La paix et la sécurité en RDC et dans la région des Grands Lacs ne peuvent être atteintes qu’en mettant fin à la menace créée par les groupes armées étrangers et nationaux en RDC et leurs organisations politico-militaires…    
2. Le Gouvernement de la RDC s’engage à: (a) préparer pour le 1er décembre 2007 un plan détaillé pour désarmer les ex-FAR/Interahamwe et éliminer la menace qu’elles consti­tuent. Il sera demandé à la Monuc de fournir un soutien pour la planification et la mise en œuvre subséquente en accord avec son mandat et ses moyens.

Le plan sera communiqué au Gouvernement rwandais au 1er décembre 2007. (b) Lancer d’urgence des opérations militaires pour déman­teler les ex-FAR/Interahamwe comme organisation génocidaire militaire en RDC. Ces opérations devraient être conduites simultanément avec les operations de démantèlement des autres groupes armés illégaux au Nord et au Sud-Kivu.

Le potentiel