La deuxième rencontre de Memling à Kinshasa, dimanche 18 novembre, des adhérents au regroupement culturel provisoirement dénommé Espace Lunda a été le lieu de révélation d’une dynamique irréversible de renaissance de la cohésion des communautés nationales

« Petit poisson deviendra grand, pourvu que Dieu lui prête vie ! ». Ce vers de La Fontaine est apparu comme le vœu unanime exprimé tacitement mais clairement par les nombreux participants accourus à la rencontre organisée, dimanche 18 novembre, dans le salon Virunga 1 de l’Hôtel Memling à Kinshasa, par les initiateurs d’une dynamique de relance de cohésion des communautés nationales de l’espace culturel Lunda. La rencontre fait suite à une première tenue le 7 octobre dans le même cadre, à l’occasion du lancement du mouvement des retrouvailles vivement souhaitées des descendants actuels du vaste empire Lunda qui s’étendait avant la colonisation du Katanga jusqu’au Bandundu avec grande extension en Angola.
Merveilleux cadre de liens non teintés d’agressivité
L’initiative de relance du regroupement est venue du député national Richard Muyej Mangeze Mans qui est aussi président du comité fédéral du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (Pprd) pour la province du Katanga. Ce leader politique animé d’un incontestable idéal de rassembleur a réussi à intéresser au projet beaucoup de cadres tant politiques que des divers milieux socioprofessionnels congolais. Ainsi se sont retrouvés autour de lui des personnalités d’horizons différents et qu’on ne pouvait imaginer pouvoir regrouper autour d’une même table pour cogiter paisiblement sur des questions intéressant à la fois leur association et le devenir même de la patrie commune.
Qui eût cru vraisemblable de réunir, en effet, des acteurs politiques du Katanga, des deux Kasaï et de Bandundu notamment, alors les concernés se sont fait une réputation sempiternelle de polémistes impénitents. Le contexte de leurs tiraillements ravivés encore avec l’affaire Kyungu Wa Kumwanza ne pouvait faire voir des leaders katangais trinquer leurs verres dans la sérénité avec des pairs du Kasaï surtout, pour ne point parler de ceux de Bandundu avec lesquels les liens sont teintées de moindre agressivité. Et pourtant, incroyable, mais vrai : le député Richard Muyej a réussi le tour de main de faire asseoir autour d’une même table les sortes de frères ennemis que semblent se délecter d’afficher les rejetons de l’empire Lunda éparpillés à travers le territoire national.
A la réunion de dimanche 18 novembre, comme à la première du 7 octobre, on a vu se côtoyer des anciens ministres comme l’actuel député national Théophile Mbemba, Mboso Nkodia, Tchikez Diemu, Diur Katond, avec des pairs ou représentants des Kasaï, tout comme se remarquaient des parlementaires de renom tels les Kasaïens Sessanga, le père sénateur et le fils député national, de grandes dames, en l’occurrence la coordinatrice du collège des conseillers socioculturels de la présidence de la République, Mme Chantal Safi attablée avec des consœurs avocates ou autres opératrices dans d’importants services tant public que privé. Il serait fastidieux d’identifier exhaustivement aux retrouvailles du jour tous ces descendants des Tchokwé et Lunda dans l’alliance du célèbre empire Lunda.

En fait les deux rencontres de l’Hôtel Memling autour chaque fois d’un brillant dîner n’ont pas été les seules organisées pour regrouper les associés concernés. Un comité de pilotage provisoire composé d’une vingtaine de membres et présidé par M. Kabwit Muyej avait été monté pour organiser dans une série de réunions préparatoires ( trois au total) la structuration du regroupement. Le travail du comité devait s’effectuer autour des réflexions sur les thèmes suivant :
la nécessité d’intégrer toutes les communautés en préservant et capitalisant les acquis de chacune d’elles. En clair sans les supprimer ; le devoir de faire rayonner la culture dans tout l’espace, par des congrès, publications, création des ballets artistiques et même montage de sites internet ; l’acquisition d’un siège comme premier symbole fort de l’espace.
A la première réunion tenue le 24 octobre il fut convenu d’installer le futur siège dans le district de la Tshangu à Kinshasa, « à cause, a-t-il été indiqué, de la forte concentration des membres » vivant dans ce quartier qualifié de zone rouge de la capitale congolaise, du fait du grand nombre de ses citadins ressortissants de la province de Bandundu particulièrement concernée par l’espace culturel Lunda.
Un espace culturel avec extension hors frontières assurément bénéfique !
La deuxième réunion du 27 octobre avait planché sur la structuration et la désignation des membres du comité de pilotage provisoire. Outre une série d’actions de mobilisation imparties à des animateurs spécifiques, il y fut convenu d’inclure des représentants des communautés extérieurs de l’espace, notamment des délégués de la Zambie, de l’Angola, et même de la diaspora hors continent. La troisième réunion désigna les différents responsables aux différents postes du comité. Il y fut débattue « la question pourtant simple mais combien sensible par le poids de l’histoire, doublé de la vaste étendue de l’espace : la dénomination de l’ensemble devant regrouper les associations existantes ».
Le rapport des rencontres indique qu’à cette troisième réunion, le comité de pilotage avait retenu, après des discussions laborieuses, comme critère de dénomination : 1) de ne pas utiliser une appellation déjà en usage, 2) d’exclure tout nom à connotation péjorative, et 3) d’éliminer toute dénomination exclusive, restreinte des composantes ethniques. Cinq dénominations ont été tour à tour citées et discutées, en l’occurrence : « Espace Lunda », « Espace Lunda-Tchokwe », « Koola », « Tshota » et « Kudiwana ». L’appellation « Kola » l’avait emporté par 12 voix contre 2 à « Lunda-Tchokwe », 2 à « Espace Lunda », 1 voix à « Tshota » et à « Kudiwana ».

Le comité s’était penché aussi sur la question des finances, notamment en ce qui concerne le loyer à payer pour le siège à trouver, à défaut d’acquisition une résidence propre dès le départ. Des contributions des associations et des personnalités ont été requises à cet effet. Quant au fond de l’objectif poursuivi, le comité soulignera la poursuite des efforts de mobilisation pour : 1) le rapprochement de diverses communautés de l’espace, 2) la promotion de la culture, l’entraide et la solidarité, et 3) la promotion également du développement socio-économique.
C’est pour la communication, par le comité de pilotage, du premier travail abattu à l’assemblée des membres que fut convoquée la deuxième rencontre du 18 novembre au Salon Virunga 1 de l’Hôtel Memling ». L’occasion devait servir surtout à faire adopter, sinon à choisir par vote ou par consensus l’appellation de l’espace, l’arrangement pour le siège, et d’autres dispositions organisationnelles, notamment quant à l’action de mobilisation pour concrétiser le regroupement recherché.
Comme pour la première réunion du 7 octobre, celle du 18 novembre fut un grand moment de chaleureuses retrouvailles fraternelles. L’ambiance était baignée d’un climat de solidarité incontestable. Un groupe d’animation venue d’Angola en a rajouté avec le spectacle qu’il a produit avec des airs du folklore Tchokwe accompagnés d’attrayants trémoussements d’épatantes danseuses. Le magnifique buffet froid servi aux convives a bien cimenté ces retrouvailles.
S’agissant de l’objet des échanges du jour, les discussions ont tiré en longueur en achoppant sur la question de l’appellation. Le débat s’est révélé sensible puisque l’assemblée ne parvenait pas à harmoniser les vues sur la question. Les différents intervenants présentaient des préoccupations qui laissaient entrevoir les malentendus et même des oppositions qui caractérisent les méfiances séculaires entre les différentes communautés. Des défenseurs acharnés de différents avis se sont révélés dans une sorte de palabre infinie reconnue du reste à la tradition des communautés africaines. Le rapporteur du comité de pilotage provisoire, Me Matadi Wamba, devait user de persuasion conciliante dans l’effort de parvenir à un consensus. L’initiateur du projet de l’espace, le leader Muyej en personne, intervenait dans le même sens de recherche du consensus.
Les Sessanga, père Sénateur et fils Député national tout feu tout flamme !
Mais l’une des interventions les plus remarquées aura été celle du Sénateur Sessanga qui démontra la vanité de s’attarder sur l’appellation qui s’imposait d’Espace Lunda, après avoir argumenté sur le bien-fondé de cette appréciation en tenant compte d’une précieuse référence à une autorité scientifique qu’a été l’anthropologue Vansina, auteur du célèbre livre « Les Royaumes de la savane » dans lequel l’auteur avait présenté l’Empire Lunda, objet de l’attraction et de la cohésion recherchée de ses rejetons.

L’appréciation du Sénateur Sessanga put clore la discussion, d’autant que les grandes dames présentes à la réunion ont soutenu la même thèse, en indiquant que ceux qui cherchaient une autre appellation spécieuse avaient des agendas cachés au risque de considérer le projet de regroupement comme un simple moyen de positionnement politique. Le vice-ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnelle, M. Modeste Omba Sakaotolo, en viendra à crever l’abcès en indiquant que ce sont les Lunda du Katanga qui posent toujours problème et qui freinent donc la cohésion qui a toujours été recherchée, à cause d’un relent d’ostracisme qui les caractériserait.
La déléguée de l’Angola, Mme Arminda Kavul interviendra par deux fois pour rappeler aux enfants de l’empire Lunda le grand intérêt qu’il y avait à dépasser les courtes vues pour construire l’espace à relancer, ce pour lequel elle félicitera de tout cœur les initiateurs du projet. Elle révèlera qu’en Angola, l’importance de ce même espace est telle que depuis la colonisation, les deux provinces du reste les plus riches en diamant, Lunda Norte et Lunda Sul, ont toujours été l’objet de grande considération.
Une autre grande dame, Mme Aimée Mwadu venue de la diaspora aux Amériques révèlera que dans certains pays de l’Amérique latine, il y avait des descendants d’anciens esclaves qui se remarquent encore de nos jours sous l’identité de l’Empire Lunda d’où s’avèrent être provenus leurs ancêtres assurément anciens esclaves noirs des contrées congolaises. Cette communauté relance même ses échanges internes à travers un site internet spécifique, le WWW.espacelunda.org. Mme Mwadu conviera instamment les membres de l’espace culturel à relancer en Rdc à dépasser ce qui divise pour viser désormais les liens qui unissent parce qu’au bout du compte il y a moyen de réaliser une force à même de favoriser le développement des populations congolaises.
Les pertinentes idées échangées dans la réunion ont amené le député national Mlc Delly Sessanga, membre de l’opposition et président de la Commission Politique, Administrative et Judiciaire (PAJ) à l’Assemble nationale, à confier que l’événement marquait « Un grand moment où les fils et les filles de ce grand espace se retrouvent pour relever le défi de la cohésion nationale. Provenant d’horizons différents, beaucoup d’élites aux diversités de culture se découvrent dans l’élaboration à l’avenir d’une grande cohésion avec d’autres espaces culturels du pays. Le débat qui se déroule dans ce genre de rencontre est à capitaliser absolument pour qu’il puisse se structurer davantage. Il faut se souvenir que c’est ce genre d’espaces qui furent les premiers lieux d’éclosion de culture et même de socle de l’émancipation nationale ».
Le député Sessanga ne pouvait mieux signifier l’opportunité du projet de l’espace culturel qui est en train d’être relancé, surtout, a-t-il indiqué, qu’en son sein la controverse opposition et majorité n’a même plus de raison, bien au contraire, car le regroupement réussit le rassemblement que les démarches politiques truffées d’intérêts cloisonnés ont difficile à aire aboutir pour l’épanouissement de la société.
Pas d’agenda caché dans la vision de Muyej !
L’initiateur de toute la démarche à l’ordre du jour, le député national Richard Muyej Mangeze Mans, s’est contenté pour sa part de souligner la nécessité de la sauvegarde du dialogue entre les communautés. Bien que ce leader Pprd du Katanga étale ses indéniables talents et capacités de rassembleur, il préfère plutôt laisser parler les autres, jusqu’à se contenter au comité de pilotage provisoire du poste de coordonnateur du collège des fondateurs de l’espace dont il a eu l’initiative de lancer. Il fera remarquer à ce propos qu’il s’agit pour lui d’ôter aux uns et aux autres la perception viciée d’agendas cachés que cacherait l’entreprise, et que seule la visée du succès de la cohésion des communautés nationales motivait son action, parce qu’il est profondément convaincu que le dialogue national permanent qui doit s’établir à la faveur de ce genre d’initiatives peut être mieux sauvegardé dans ce cadre culturel que dans celui de la politique.
M. Richard Muyej a profité de l’occasion de la réunion pour annoncer que dans la visée de la promotion de tous les aspects de développement de l’espace culturel en chantier, est promue une œuvre littéraire intitulée « Cri de vie », recueil de poèmes d’un membre en la personne de Dr Mbay Kabway Serge. Des exemplaires de cette œuvre ont été rachetés et distribués gratuitement aux participants à la réunion pour encourager l’auteur. Tous ces faits ont encore ressorti l’édifiante réunion avec annonce d’autres futures retrouvailles pour cimenter les acquis et l’épanouissement recherché par la bénéfique entreprise lancée.
Daniel Nzuzi/MMC
Last edited: 19/11/2007 18:00:36