Au-delà des escar­mouches de celui dont Kigali ne se cache plus de soutenir, il y a lieu de se référer à cette note datée du 3 novembre 2007, adressée à M. Haile Menkerios, secrétaire général adjoint des Nations unies, lors de son der­nier passage à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu. La lettre est si­gnée par des gens, bien identi­fiées, se réclamant de la Com­munauté rwandophone du Nord­Kivu. Son objet : « Inquiétudes de la communauté face à la persistance de l’insécurité dans la province ».

Cette lettre relève le plan macabre qui est en train d’être mis en œuvre pour le détache­ment de la partie Est du pays du reste du territoire national. L’on ne peut donc plus se voiler la face. Car, dans ce feuilleton, qui sort désormais du domaine de la fiction, c’est l’avenir – bien plus – la souveraineté même du pays qui est en jeu.

Le mémo commence par circonscrire le cadre de sa plaidoirie, c’est-à-dire « exprimer les inquiétudes face à l’insécurité ui prévaut actuellement dans la province, en particulier dans les territoires de Masisi et de Rutshuru ». La note situe première­ment les origines du conflit dans le poids de l’histoire ».

De ce point de vue, elle rappelle que « les frontières héritées de la colonisation ont été tracées à l’insu et parfois contre la volonté des populations concernées dont la quasi-totalité jusque-là homogène se voyait désormais répartir entre deux ou trois pays. La conférence de l’OUA réunie au Caire en septembre 1964 a déclaré intan­gibles ces frontières pour éviter des contestations territoriales éventuelles que pourrait entraîner la révision de ces séparations forcées. La conséquence logique de la délimitation des frontières et de leur intangibilité unanimement acceptée aurait dû être l’incontestabilité de l’apparte­nance des populations concernées au pays à l’intérieur duquel elles allaient désormais demeurer. En ce qui concerne la RDC, nous observons que ce principe a été admis partout ailleurs sur ses frontières, sauf celle avec le Rwanda ».

Elle continue en relevant que « En traçant de nouvel­les frontières et en  mettant ainsi un terme aux guerres de conquête du Rwanda précolonial, la colonisation l’a, par la même occasion, amputé de ses cantons ultravolcaniques du Bwisha, de Goma et de Nyiragongo, mais également de l’île Idjwi et du Groupement Buzi ».

Pire, les signataires du mémo trouvent les raisons du génocide – sans doute celui du Rwanda même si elle ne le mentionne pas – dans ces er­reurs historiques. « Cette perception coloniale a fini par ancrer dans la mentalité des autres ethnies l’idée de origine étrangère et donc de l’il­légitimité de l’ethnie tutsie sur le sol du Rwanda comme du Kivu. D’où, sans doute, le gé­nocide, puis l’épuration ethni­que dont furent victimes les Tutsi dans ces deux entités ter­ritoriales (...). Cela a certes créé des frustrations qui ont des répercussions actuelles, mais ces populations rwandophones sont un patrimoine humain dont la RDC a hérité au moment de l’acces­sion à l’indépendance et elle n’a d’autre choix que de s’en accommoder. Bien plus, elle a l’obligation de les traiter comme ses citoyens à part en­tière ».

Après ce survol historique des faits qui expliquent, à leur avis, l’objet du mémo, les signa­taires se penchent sur l’insécurité juridique. La note précise que : « Depuis 47 ans, pris au piège du contentieux histori­que prérappelé, le législateur congolais, par l’instabilité de ses textes légaux sur la nationalité congolaise, maintient les Congolais rwandophones dans une insécurité juridique caractérisée. Tantôt il les reconnaît comme Congolais, tantôt il les récuse ».

Au regard de ces élé­ments, elle estime que : « Quand bien même il arrive que les tex­tes légaux les reconnaissent clairement en qualité de nationaux congolais, comme le fait la Constitution actuelle, dans la pratique quotidienne, les congolais rwandophones sont victimes de l’intolérance et de l’exclusion. L’exemple le plus patent aujourd’hui est la récu­sation par certains Députés nationaux et certains acteurs de la Société civile de la ci­toyenneté congolaise des réfu­giés Tutsi hébergés dans les camps du HCR au Rwanda ».

D’où, une question dans laquelle se retrouve clairement défini le rôle de Nkunda dans la réalisation de ce vieux rêve. « Comment, dès lors, ne pas partager l’indignation des militaires du CNDP sous les or­dres du général Laurent Nkunda Mihigo, lorsqu’ils s’insurgent contre ceux qui veulent maintenir leurs parents dans un exil définitif leur don­nant du coup le sentiment de servir comme mercenaires sous les drapeaux de leur propre pays ? ».

Il y a enfin, l’insécurité physique. « Depuis 1994 à ce jour ces criminels impénitents (Ndlr : la note se réfère, à ce pro­pos, aux miliciens FDLR/ex-FAR/Interaharnwe) ont pour­suivi leur œuvre de mort en République démocratique du Congo où chaque jour qui passe, ils pillent, violent et massacrent nos compatriotes en toute impunité. Comment peut-on imaginer que, dans ces conditions, la Monuc n’éprouve aucune gêne à se retrouver dans le même camp que des génocidaires, en ve­nant, à l’instar de ces derniers, au secours des Fardc ? ».

Ironie du sort, les signatai­res pensent que c’est dans le ter­ritoire sous contrôle de Laurent Nkunda que leur communauté se sent beaucoup plus en sécurité. « En dépit des délires mé­diatiques de certains de nos compatriotes, professionnels de la manipulation et de intoxication pour la plupart, il est établi que le seul secteur où tous les habitants des territoi­res de Masisi et de Rutshunu sont en sécurité, sans distinction d’ethnie, c’est bien cette chefferie de Bashali où se trouve installé le QG du géné­ral Laurent Nkunda ».

Conclusion de sa plaidoirie : « La communauté congolaise rwandophone voudrait ajouter sa voix à toutes celles qui privilégient la démarche pacifique pour la résolution de la crise en cours au Nord-Kivu parce qu’il y va de la vie de nos communautés dans leur ensemble. Leurs souffrances sont aujourd’hui indicibles et si l’on n’y prend garde nous nous dirigeons tout droit vers une catastrophe humanitaire majeure. C’est pourquoi nous demandons au secrétaire géné­ral adjoint des Nations-Unies, destinataire de la présente, de peser de tout son poids pour que les armes se taisent et cè­dent la place au dialogue et à la concertation ».

Autant dire que les autorités aux commandes doivent parer au plus pressé pour décou­rager ces tentatives de déman­tèlement du pays.

Le Potentiel