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La réunion ministérielle congolo-rwandaise tenue samedi 10 novembre 2007 à Naïrobi au Kenya, dans le cadre de la Conférence internationale sur paix dans la Région des Grands Lacs, a accouché d’un document signé par les délégués des deux parties en présence des témoins américains désignés à cette fin par George Bush et l’ONU. L’essentiel de ce nouvel accord – le 5ème du genre depuis celui signé à Lusaka en 1999 – est constitué par le renouvellement, par le Gouvernement de Kinshasa, de son engagement pour le désarmement des ex-Forces armées rwandaises et des milices hutus rwandais connus sous l’appellation des Interahamwe, dûment identifiés comme ayant participé au terrifiant génocide perpétré au Rwanda en 1994 à la suite de l’assassinat du Président rwandais Juvénal Habyarimana dont l’avion avait été abattu le 6 avril de cette année-là, selon certaines sources, par les soldats de l’Armée patriotique du Rwanda, dominée par l’aristocratie tutsie. Et, du côté rwandais, l’acceptation de recevoir ses génocidaires sur le territoire national.

A propos de la présence en République démocratique du Congo des génocidaires, il sied de rappeler que aussitôt leurs forfaits accomplis dans leur pays, la plupart des soldats des FAR et des miliciens Interahamwe hutus rwandais avaient pris la poudre d’escampette, en franchissant avec armes et bagages, la frontière séparant le Rwanda et la RDC.

Ceux des génocidaires qui font problème sont ceux qui se sont engouffrés dans les forêts des deux Kivu, en RDC sont à juste titre ceux qui sont à la base de la détérioration du climat de paix, et donc de l’insécurité récurrente aux frontières entre le Rwanda et la RDC. Aussi, il n’est un secret pour personne que les dirigeants présentement au pouvoir à Kigali, tiennent en horreur leurs propres concitoyens qui ont fui à leur tour un éventuel pogrom qui se serait abattu sur eux si d’aventure ils tombaient sous l’emprise  du pouvoir en place à Kigali. On peut donc penser que s’il est un vœu que Paul Kagame caresse en réalité, c’est celui de les voir tous physiquement mis hors d’état de nuire.

Ainsi, il ne paraît nullement exagéré de dire que les dirigeants rwandais ne sont en vérité pas partie prenante d’un plan visant à recevoir sur leur sol, leurs propres concitoyens, même si une pareille perspective s’inscrit dans un plan mis au point sous les auspices de la communauté internationale.

Aussi, la question essentielle la recherche de la solution - la vraie et la plus fondamentale - sur laquelle achoppe le règlement de la question des ex-FAR, des FDLR et des Interahamwe, repose sur la problématique qui sous-tend ce règlement, à savoir, l’ouverture du dialogue politique inter rwandais auquel prendraient part toutes les forces vives du Pays des Mille Collines, en ce compris, les représentants des forces négatives qui écument les deux Kivu et qui sèment mort et désolation.

Des accords qui sont restés lettres mortes !

Avant Naïrobi, Congolais et Rwandais se sont retrouvés successivement à Lusaka, en 1999, pour un accord de cessez-le-feu qui avait défini les modalités pour le désarmement  et le rapatriement de tous les groupes armés étrangers opérant sur le territoire de la RDC, y compris les ex-FAR et les Interahamwe.

Un second accord bilatéral a été signé à Pretoria le 30 juillet 2002 par les gouvernements des deux pays ; et une année plus tard, soit le 25 septembre 2003, trois pays de la Région des Grands Lacs – Rwanda, Burundi et Ouganda s’étaient joints à la RDC pour arrêter les principes de bon voisinage et de coopération, tandis qu’un « Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement  dans la Région des Grands Lacs a été défini et signé le 15 décembre  2006.

Tout dernièrement, de nouveaux engagements ont été pris dans le cadre  de la Tripartite Plus regroupant la RDC, le Rwanda et l’Ouganda tenue à Lubumbashi le 8 juin 2007; et à Kampala le 17 septembre 2007. Les deux réunions à l’instar de toutes les précédentes, n’ont eu qu’un seul objectif : éliminer la menace des groupes armés illégaux par des moyens pacifiques ou militaires.

Toutes ces démarches entreprises pour atteindre cet objectif se sont révélées sans effets positifs, parce qu’elles se sont butées contre la volonté manifeste de la partie rwandaise, et les raisons des réticences du pouvoir en place à Kigali suffisamment expliquées tout au début de cet article.

Au fond, les Rwandais ne veulent rien entendre du retour au pays des ex-FAR et des Interahamwe. Echaudés par le sort qui a été réservé à quelques dizaines de combattants du Front démocratique pour la libération du Rwanda (FDLR) qui avaient accepté d’être rapatriés sous l’égide de l’Onu, il est évident que l’absence de garanties suffisantes quant à leur sécurité ne pousse pas les ex-FAR et autres Interahamwe au retour volontaire au bercail.

C’est donc dire que dans cette histoire, on n’est pas à un accord près et que celui signé à Naïrobi pourrait bien ne pas être le dernier, qui règlerait cette question lancinante qui prive la Région des Grands Lacs des facteurs de paix et de sécurité.

Personne n’ignore que c’est à la faveur de l’insécurité qui se crée dans cette partie du continent, que les pays voisins de la RDC trouvent leur compte, ce qui leur permet de se livrer tranquillement à l’exploitation massive des ressources naturelles qu’ils y puisent, on est tenté de le dire : sous la complicité agissante de la communauté internationale qui se contente jusqu’ici qu’à dénoncer passivement ces pillages.

On peut émettre de sérieuses inquiétudes sur le peu de bonnes dispositions concernant la part d’engagement revenant à la partie rwandaise dans l’accord signé le samedi 10 novembre à Naïrobi. En effet, Kigali ne s’engage en tout et pour tout qu’« à prendre les mesures nécessaires pour sécuriser sa frontière et empêcher l’entrée ou la sortie des membres  de tout groupe armé, en particulier de celui du chef de milice dissident Laurent Nkunda, et d’empêcher que toute forme de soutien – militaire, matériel ou humain – ne soit fourni à aucun groupe armé en RDC ».

Dans cette perspective, minime paraît être la contrepartie attendue de la part de Kigali, au regard de la part énorme de  la tâche qui incombe à la RDC dans le plan  des opérations militaires visant à faire totalement place nette à la rébellion armée hutu rwandaise au Nord et au Sud-Kivu, surtout que  la notion de la durée du temps n’a pas été expressément circonscrite dans l’accord en question. Ce qui pourrait donner à la partie rwandaise, comme elle en a l’habitude,  l’occasion d’accuser Kinshasa de traîner les pieds, tant la tâche de désarmer les Interahamwe et autres soldats des FDLR ne sera nullement une sinécure pour les FARDC.

Mais, par contre si par bonheur, l’implication de la Mission de l’ONU au Congo (Monuc), telle qu’elle est prévue dans l’accord, se réalise aussi bien dans la planification que dans la mise en œuvre du plan que va présenter le gouvernement de Kinshasa d’ici le 1er décembre 2007, si donc cette implication peut s’avérer effective ; et si par ailleurs la communauté internationale peut par la même occasion trouver une parade au problème que pose le recasement de ses génocidaires ailleurs que dans son propre territoire et surtout nulle part en République démocratique du Congo qui doit cesser d’être leur terre d’accueil, pour question évidente de promiscuité, alors on peut s’attendre à ce que Naïrobi 2007 ait réellement accouché d’un accord qui rouvrira l’ère de paix et de prospérité dans la Région des Grands Lacs.

Clément Vidibio/MMC


Last edited: 13/11/2007 16:36:13

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