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Bonjour | 07/10/2008 5:20 | English Make DC Home page | RSS feed

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Les « Mots de la démocratie » sont alors à chercher ailleurs que dans la sphère du politique entendu au sens étroit. Ils sont à chercher chez ces médiateurs des révoltes et aspirations populaires. Le 24 avril 1990, le Zaïre de Mobutu, s’engageait dans un processus de démocratisation et annonçait la tenue d’une « Conférence nationale souveraine», suivie de la mise en place d’institutions transitoires. Pendant l’avancement du processus démocratique, une rébellion-agression armée venue de l’Est du pays, menée par l’AFDL, soutenue par plusieurs armées régulières des pays voisins, dont le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, l’Angola, l’Erythrée, etc., et le pays fut rebaptisé « République démocratique du Congo ». Pendant cette période, le discours politique en vigueur entre 1990 et 1997, témoignait une réelle ouverture, à travers la liberté d’expression marquant la libération de la parole zaïroise si longtemps muselée, à travers la presse.

Le pouvoir mobutiste s’étant remis en selle, le discours s’est aussitôt enrayé côté classe politique. L’ouvrage « Les mots de la démocratie», de l’auteur Wamu Oyatambwe, est un médiateur des revendications populaires et porte-parole de la voix du peuple, qu’ils soient hommes d’Eglise, animateurs de la Société civile, écrivains, journalistes ou artistes, etc.

Dans cet ouvrage, l’analyse du discours constitue une nouvelle approche de la transition zaïroise; et elle ouvre, d’autres perspectives dans l’étude des évolutions politiques africaines. Wamu Oyatambwe, est docteur en sciences politiques. Il réside et travaille en Belgique, à la Fédération francophone et germanophone des ONG de coopération au développement (ACODEV). Il est aussi chercheur au Brussels Centre of African Studies (BCA SIVUB). Avant cet ouvrage, il a déjà publié des livres, notamment « De Mobutu à Kabila, Avatars d’une passation inopinée en 1999 », et beaucoup d’articles sur la démocratisation et sur le développement.

Ce livre est préfacé par Gauthier de Villers, qui est membre de la section d’histoire du temps présent Musée royal de l’Afrique centrale de Tervureen en Belgique. L’ouvrage « Les mots de la démocratie», porte sur la période dite de transition démocratique sous le Maréchal Mobutu, qu’a vécue le Congo-Kinshasa entre 1990 et 1997, une période de 7 ans, qui débouchera, non sur l’établissement de quelque forme de démocratie et d’État de droit, mais sur la guerre et sur la mise en place par Laurent-Désiré Kabila d’un pouvoir autoritaire et brouillon.

La première et plus longue partie de l’ouvrage analyse le discours des acteurs politiques. La seconde explore ce que l’auteur appelle les «discours populaires», en discernant par là d’une part le discours des acteurs de la «Société civile », donc, selon le sens simplificatrice de ce terme qui prévaut aujourd’hui, des organisations non étatiques telles que les ONG et les églises, d’autre part les expressions de 1'« imaginaire populaire» que l’on peut trouver dans la chanson, la littérature, le théâtre, les arts graphiques.

LA PALABRE ENSORCELEE

Les discours qu’analyse Dieudonné Wamu se manifestent dans une compacte langue de bois ou, ils empruntent au registre de la rhétorique chrétienne, dans une onctueuse «langue de velours. On a souvent, rappelle l’auteur, évoqué le modèle de la palabre à propos d’interminables débats, des joutes oratoires et des conciliabules de coulisse, qui ont caractérisé les conférences nationales africaines. Mais, dans le cas congolais, en tout cas, comme l’a souligné l’écrivain Yoka Lye Mudaba ( «La Conférence nationale souveraine au Zaïre: la palabre ensorcelée»).

C’est que le contenu du discours public compte peu. Le véritable jeu politique se déroule en dehors de l’enceinte de la Conférence nationale souveraine, dans des négociations informelles, des arrangements de coulisse, des alliances occultes aux motivations alimentaires. D’autre part, les grands protagonistes comptent sur d’autres ressources que leur force de persuasion: Mobutu sur ses réseaux, son argent, ce qui lui reste de moyens policiers et militaires; Etienne Tshisekedi, que l’on appelle «le Sphinx de Limete », sur une légitimité que son statut de premier opposant de l’intérieur au régime lui assurerait sans qu’il ait besoin de la refonder et d’en obtenir confirmation; Kengo Wa Dondo, sur les soutiens extérieurs qu’il doit à des qualités de gestionnaire que, fort légèrement, beaucoup, en Occident, lui attribuent. Seul Mgr Monsengwo Pasinya, président de la Conférence nationale, tient parfois un langage ayant un certain contenu de vérité.

Dans le duel, le combat de chefs, où s’affrontent Mobutu et Tshisekedi au cours de la première phase de la transition, il cherche à ouvrir une troisième voie, cette troisième voie dont Kengo, grâce à lui, prendra le leadership, et pour cela à s’élever au-dessus de la mêlée en dénonçant, toutes les tendances confondues, des politiciens irresponsables, se complaisant au déballage de turpitudes qui seraient seulement celles des autres, uniquement soucieux de se positionner dans la lutte pour le pouvoir. Par là, le prélat se révèle précurseur : il anticipe ce désaveu général de la classe politique qui sera bientôt le fait d’une population totalement désabusée.

L’ART ORATOIRE DU PRESIDENT MOBUTU

Wamu Oyatambwe, avant d’aborder l’analyse des «Mots de la démocratie », a consacré deux chapitres à la pratique de l’art oratoire par le président Mobutu, telle que celui-ci l’a exercé d’une part dans des discours où il procédait lui-même, tactique habile mais - je crois - assez habituelle dans le chef des despotes, à une impitoyable critique du système qu’il avait lui-même mis en place « discours d’autopsie du système politique zaïrois », d’autre part dans les « discours d’entrée dans la démocratie », c’est-à-dire ces discours de premiers mois de 1990 dans lesquels le chef de l’État, toujours aussi habilement, octroie lui-même à son peuple la démocratie , en faisant comme s’il s’agissait de sa part d’une souveraine décision, donc en dédaignant les forces, les pressions, tant internes qu’externes, qui le contraignent.

DISCOURS DE MOBUTU ET LA DEMOCRATISATION

Un des intérêts de l’ouvrage est de mettre en lumière le constat apparemment paradoxal auquel conduit une comparaison entre ces discours de Mobutu et ceux que la démocratisation, libérera. Parce qu’il est en dernière instance le seul à jouir du droit à la parole, parce que la nature du pouvoir qu’il exerce le convainc de la puissance de son verbe, parce qu’il contrôle, ou du moins croit pouvoir contrôler, les effets que pourra produire son discours, Mobutu peut se permettre de ne pas parler pour ne rien dire! Même quand il se consacre à une exaltation éhontée de son État-Zaïre, Mobutu a soin d’introduire une touche de véridicité afin que la conscience d’une opposition radicale, criante, entre un tel discours et la réalité n’en vienne pas à perturber son auditoire.

Ainsi, dans la péroraison du discours qu’il prononce en décembre 1984 à l’occasion de l’inauguration de son troisième septennat, un morceau de bravoure oratoire qui est dans beaucoup d’oreilles puisqu’il fut, pendant des années, quotidiennement reproduit par la radio et la télévision: glorifiant le Zaïre, fleuve et pays, son parti national, le MPR, ses 30 millions de militantes et militants tous mobilisés derrière un seul homme, etc., il glisse dans cette péroraison un petit membre de phrase énigmatique mais riche en suggestions. Il dit que la fierté du Zaïre est d’avoir apporté à l’humanité le ferment de survie nécessaire. Et de fait, tant pour lui que pour ses auditeurs, l’art de la survie, de la débrouille, de la pratique de 1’article 15 , n’est-il pas devenu le trait distinctif majeur d’un pays ruiné par la gabegie, les prébendes, la corruption, son trait distinctif et aussi un objet de fierté, un titre de gloire, auquel les Zaïrois peuvent encore se fixer.

Les discours analysés dans cet ouvrage offriront au lecteur d’autres exemples de cette manière suprêmement habile avec laquelle Mobutu savait combiner aveu et dénégation de la réalité. Et ils montreront que les grands discours du « guide» pouvaient être efficaces perlocutoires pour reprendre une notion que l’auteur emprunte à Austin, annoncer des changements politiques qui allaient effectivement être opérés, quoique - bien entendu - sous des formes bien moins conséquentes et exaltantes que proclamé! En mettant fin, par son discours du 24 avril1990, au règne du parti-État, Mobutu met également fin au règne de sa parole. Le discours politique, dès lors, formellement, se libère, mais en même temps, du moins quand il s’agit du discours des élites en compétition, il se vide de sens, de substance. La démocratie, l’État de droit, les libertés, et bien sûr encore le développement du pays, constituent désormais les thèmes obligés.

Les «mots de la démocratie» sont alors à chercher ailleurs que dans la sphère du politique entendu au sens étroit. Ils sont à chercher chez ces médiateurs des révoltes et aspirations populaires que sont ou plutôt que peuvent être les animateurs et organisateurs de la «Société civile », les hommes de religion, les écrivains, les artistes ... l’auteur consacre à leurs « discours» la seconde partie de son ouvrage. Moins développée que la première, elle l’est néanmoins suffisamment pour donner au lecteur l’envie d’être mené plus loin, d’être mis en mesure de s’interroger sur les rapports entre ce discours-là de la démocratie et le discours de la rumeur publique qui enrobe les manières de faire, de vivre et de survivre, populaires.

Jeannot Ne Nzau Diop/Le Potentiel (in Congo Info)

Last edited: 08/11/2007 17:12:42

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