Notre public est ingrat. Il ne reconnaît pas celui qui le console, le distrait, l’épargne des soucis. Particulièrement ceux qui disposent des moyens. C’est inacceptable que l’artiste de la trempe de Lutumba puisse jouer avec des instruments vétustes !

Au hasard d’une escapade à Kinkole, nous sommes tombés sur un concert de Bana OK chez Sébastien et l’occasion faisant le larron, nous avions interviewé l’un de ses piliers Pépé Ndombé. L’interview (à lire ici) fut écourtée car Pépé Ndombe devait rejoindre le groupe qui était déjà sur scène et démarrer le concert avec la chanson « Ndaya »… du Seigneur Tabu Ley Rochereau.
Composé de la vieille génération et des jeunes, Bana OK va interpréter merveilleusement des anciens succès de la musique congolaise. Le public a savouré les chansons comme « Ofela », « Hortense », « Pablo », « Muzi », « Kadima » interprétée avec talent notamment par Katy qui a fait revivre Djo Mpoy et autres.
Un répertoire riche composé de chansons de Franco Luambo Makiadi, Tabu Ley, Madilu, Ntesa Nzitani, Josky Kiambukuta, Ndombé Opetum, le poète Simaro… assaisonnées quelques fois de la danse « Linda linda mabina ma Castro », la dernière danse en vogue à Kinshasa créée par Dakumuda.
Parmi les mélomanes comblés et nostalgiques Alpha Botali (à droite, sur la photo, en compagnie de notre collaborateur Paul Kabeya "KAPO") qui ne cessait d’acclamer et d’évoquer moult anecdotes.
Afriqu'Echos Magazine (AEM) : Vous semblez très nostalgique ?
Alpha Botali : Mon frère, je peux enfin dire que je me retrouve. C’est la première fois que je découvre ce cadre. Notre génération n’a plus de référence, il ne nous reste que Bana OK. Après Franco, le retrait de Tabu Ley de la scène musicale, la mort de Madilu, le quasi exil de Zaïko Langa Langa, actuellement il n’ y a qu’un orchestre à travers lequel nous pourrons nous retrouver : C’est Bana OK. Et quand on parle de ce groupe, la référence c’est Pépé Ndombe et le poète Simaro Masiya.
Quels souvenirs évoquent pour vous les anciens succès que vous venez d’écouter ?
Plusieurs souvenirs, ils sont innombrables. Il faut simplement retenir que c’est de la bonne musique. Une musique qui a du contenu, qui t’inspire dans tes réflexions, les idées, les réalités de la vie. Une musique qui égaye et vous apporte de la sérénité. On peut danser sans transpirer. Voilà la rumba, la bonne musique que nous sommes en train de perdre.
Que faudra-t-il faire alors pour protéger cette musique ?
Je jette des fleurs au Poète Lutumba parce qu’il a réussi à former les jeunes de son groupe qui jouent merveilleusement cette musique. Je regrette seulement que les artistes comme Lutumba, Ndombe Opetum soient en quelque sorte marginalisés. Cet orchestre est le seul héritage qui nous reste mais il n’est pas soutenu.
Qu’est-ce qui vous fait dire que Lutumba n’est pas soutenu alors que le parking est plein des véhicules de ses fans, des gens qui roulent carrosse à Kin ?
Je t’apprends que je suis chauffeur de carrière. J’ai eu à conduire la femme du défunt président Kasa Vubu auprès du feu Président Mobutu à N’sele. J’ai aussi conduit le médecin traitant du feu Président rwandais Habyarimana en visite à Kinshasa juste avant sa mort. Pour la petite histoire, un jour j’avais pris en autostop le comédien Ebale Mondial ; Je l’avais conduit près de l’actuel Rond Point Mandela sur l’avenue du 24 novembre. Pendant notre parcours il m’a révélé que c’était depuis plus d’une heure qu’il faisait l’autostop et que personne n’avait daigné s’arrêter. Pourtant, il égayait le public à travers le Théâtre de chez nous et personne ne manquait ce rendez-vous sur la chaîne nationale.
Que voulez-vous dire exactement ?
Notre public est ingrat. Il ne reconnaît pas celui qui le console, le distrait, l’épargne des soucis. Particulièrement ceux qui disposent des moyens. Ils sont nombreux ici et se contentent de savourer la bonne musique et entre temps l’auteur de leur plaisir trime. C’est inacceptable que l’artiste de la trempe de Lutumba puisse jouer avec des instruments vétustes ! Il n’ y a pas longtemps, Tchatcho Mbala a offert de nouveaux instruments à Fally Ipupa et je l’ai appris par la voie des ondes.
Lutumba est de la trempe de Manu Dibango, pouvez-vous m’affirmer qu’ils ont les mêmes possibilités ? Il faut sauvegarder cet héritage. Les Congolais préfèrent regretter que protéger les monuments de notre musique. Bana OK a droit à un soutien substantiel pour préserver notre héritage musical. N’attendons pas la mort de Lutumba, de Ndombe Opetum pour organiser des obsèques illustres. Il est temps de les soutenir.
Paul Kabeya "KAPO"/AEM
Last edited: 30/10/2007 15:08:46