L’accord parfait auquel sont parvenus les présidents Joseph Kabila et George Bush sur la perception de la crise à l’Est de la Rdc a immédiatement déterminé le chef de la Maison Blanche à organiser l’encadrement militaire des Fardc par les techniciens américains.

Qui l’eût cru ? Pourtant les choses sont allées vite. En effet, alors que le Chef de l’Etat américain annonçait vendredi 26 octobre dernier à la Maison-Blanche, au cours du point de presse qu’il co-animait avec son homologue congolais, l’envoi, le même jour, d’un haut fonctionnaire du Département d’Etat à Kinshasa et l’ouverture à Goma d’une antenne de l’ambassade des Etats-Unis en RDC, voilà que le lendemain, soit le samedi 27 octobre, le chargé d’affaires Sam Diock signalait la mise en place d’un programme accéléré de formation des équipes spéciales des Fardc visant la neutralisation des milices, Nkundistes compris.
Dans son journal de 8h00, dimanche, Radio Okapi a recueilli sa déclaration, en commentaire du face-à-face Kabila–Bush.
Selon Sam Diock, « cette visite a marqué une nouvelle étape dans les relations entre les Etats-Unis et la RDC », non seulement parce que c’est la première rencontre entre les deux chefs d’Etat, mais en plus parce que les deux homologues ont trouvé une solution pour enrayer l’insécurité qui prévaut dans la partie orientale du pays.
« Je pense que le fait que le président Bush reçoive le président Kabila à la Maison Blanche après les élections est un signal que les Etats-Unis soutiennent les efforts de M. Kabila d’en finir avec les violences dans cette région. Nous allons aussi contribuer à une réforme dans le secteur de la sécurité », a-t-il renchéri avant de rappeler l’envoi d’un diplomate américain à Goma et, surtout, d’ajouter cette affirmation : « … nous serons là pour aider avec les efforts, par exemple, de former des unités de l’armée congolaise dans la lutte contre des milices, dans la formation d’une force de réaction rapide. Ca pourrait commencer déjà à partir du 1er janvier 2007 ». Juste un lapsus : voulait parler du 1er janvier 2008.
Message d’avertissement
Former des unités Fardc dans la lutte contre les milices, former une force de réaction rapide et reformer les services des renseignements congolais, c’est l’explication qui peut être donnée à deux « phénomènes » observés dans le Nord-Kivu, singulièrement en ce mois d’octobre 2007.
Premier « phénomène » : la nouvelle position de la Monuc. La mission onusienne n’hésite plus d’afficher son soutien aux Fardc. La veille de l’ultimatum du 15 octobre donné notamment aux Nkundistes pour rejoindre les camps de brassage, William L. Swing a confirmé ce soutien au « gouvernement du président Kabila démocratiquement élu et son droit et son devoir de protéger et d’assurer la sécurité de tous les citoyens de ce pays ». Il a enjoint tous les dissidents, indistinctement, de se rendre « aux centres de brassage sans délai, sans préalable et sans condition ».
Saisi de premier énervement, le porte-parole du Cndp de Laurent Nkundabatware a accusé formellement l’Onu, les Fardc et les Fdlr de vouloir massacrer la minorité tutsi. « L’Histoire les jugera », a-t-il lancé.
C’est vrai que dans la foulée des accrochages consécutifs à la déclaration de rupture de cessez-le-feu faite par Laurent Nkundabatware le 8 octobre 2007, la mission onusienne a énergiquement réagi. « Des hélicoptères d’attaque de la Monuc ont survolé cette zone samedi pour faire pression sur les Maï-Maï et les insurgés », a déclaré sa porte-parole pour le Nord-Kivu, Sylvie van den Wildenberg. « La Monuc a également fait survoler la zone (de Bukima) par des hélicoptères d’attaque, en appui des FARDC, pour faire pression sur les insurgés », a-t-elle ajouté !

La Monuc, pour ceux qui ne s’en souviennent pas ou plus, a pour principal bailleur des fonds les Etats-Unis. Elle coûte Usd 200 millions par mois, soit Usd 2,4 milliards par an. Elle est opérationnelle en RDC depuis près de sept ans.
Lors de son point de presse du 18 octobre 2007 avant de quitter Goma pour Lubumbashi, le chef de l’Etat a eu à rassurer l’opinion quant au soutien de la mission onusienne aux Nkundistes. « Certes, dans le monde diplomatique, on n’a pas l’habitude de dire publiquement quand les choses ne vont pas. Mais je vous assure que la collaboration actuelle entre le Gouvernement congolais et la MONUC est bonne, et je ne pense pas que la MONUC soutienne Laurent Nkunda et les dissidents », a-t-il dit non sans reconnaître la possibilité d’existence des petites contradictions ou petits malentendus. « … mais la coopération est bonne », a admis le Président de la République, relevant au passage qu’il n’a pas, à son niveau, « connaissance d’une quelconque position de la communauté internationale qui serait tout à fait opposée à la nôtre ».
Donc, la nouvelle position de la Monuc aura été un message d’avertissement…
Tout pour faire échouer le face-à-face
Second « phénomène » : L’autre « énervement soudain » constaté dans le chef de Laurent Nkundabatware, Azarias Ruberwa et même Paul Kagame.
Effectivement, au cours de ce mois d’octobre, plus l’on s’approchait de la date du 26 prévue pour le face-à-face Kabila–Bush, plus ces trois acteurs sont devenus agressifs.
Et voici comment vont-ils agir et réagir :
- Le 8 octobre, Laurent Nkundabatware annonce la rupture du cessez-le feu ;
- Le 10 octobre, il sollicite un cessez-le-feu ;
- Le 15 octobre, il refuse d’obtempérer à l’ultimatum imparti notamment à ses hommes ; prétextant de ses obligations en vue de sécuriser sa communauté ;
- Le 18 octobre, des Etats-Unis où il tient des conférences sur des campus universitaires, Azarias Ruberwa monte au créneau avec son interview à Rfi pour accuser formellement les populations congolaises non tutsi de l’Est et le Gouvernement de pratiquer la ségrégation sur les Tutsi ;
- Le 24 octobre, une radio périphérique signale que les Tutsi congolais préfèrent camper dans les zones sécurisées par les éléments Cndp ; les Hutu eux, gagnant plutôt les zones sous contrôles Fardc ;
- Le 25 octobre, Séraphin Mirindi, porte-parole de Nkundabatware, fait son numéro sur « Voa » en conditionnant par la résolution des questions des réfugiés tutsi congolais et du désarmement/rapatriement des Fdlr l’envoi de 500 éléments Cndp dans les camps de relais et ;
- Le même 25 octobre, Richard Sezibera fait, lui aussi, son numéro en affirmant le soutien du Gouvernement congolais aux Fdlr !
A quelques heures seulement de ce face-à-face, Sebireza a fait à l’Afp la déclaration fracassante selon laquelle son pays détenait deux preuves. La première en ces termes : « Nous avons désormais des preuves tangibles qui prouvent que les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda bénéficient d’une aide en munitions et autres équipements militaires par l’armée congolaise ». La seconde en ces termes : « Nous avons des preuves que les éléments des FDLR combattent aujourd’hui dans les rangs de l’armée congolaise dans les combats qui se déroulent actuellement à l’Est de ce pays ».
Bref, tout a été comme si Nkunda, ses parrains rwandais et tous ses sbires avaient planifié pour faire échouer la rencontre Kabila–Bush.
Malheureusement pour eux, échec et mât.
Omer Nsongo die Lema/L’Avenir
Last edited: 29/10/2007 17:21:25