Les Sénateurs ont eu une plénière houleuse vendredi pour auditionner le rapport de la mission d’enquête diligentée sur l’insécurité à l’Est du pays. La Chambre haute du Parlement a préconisé à l’issue de ses débats le rapatriement des éléments Fdlr-Interahamwe qui infestent la partie du territoire national insécurisée.

Conduite par le sénateur Léon Engulu Baanga Mpongo Bakokele Lokanga, la mission d’information sénatoriale avait séjourné pendant 23 jours dans les deux provinces Nord-Kivu et Sud-Kivu. Elle a rencontré les autorités locales habitants et a pris langue avec le général Laurent Kundabatware, chef des insurgés. La mission s’est aussi poursuivie à Kinshasa par l’audition de personnalités citées par la population de soutenir à distance. Les « forces négatives » qui écument dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Il s’agit du ministre d’Etat Mbusa Nyamwisi, vice-président honoraire Azarias Ruberwa, du sénateur Moïse Nyarugabo et de l’ancien président du Conseil législatif Anzuluni Bembe.
La mission a soutenu que l’insécurité est réelle et préoccupante dans les provinces du Nord-Kivu. Les populations y souffrent depuis longtemps des exactions, rackets, pillages, viols et de toutes sortes de violences restées impunies, notamment des massacres de vies humaines. A titre exemplatif, le rapport a épinglé le racket subi par le passager d’un camion, en route pour le territoire de Lubero, dont les délégués sénateurs ont été témoins oculaires à l’entrée du Parc national de Virunga.
Les Interahamwe “hyper armés”
Le rapport de la commission sénatoriale a souligné que les FDLR-Interhamwe disposent “des armes ultra-modernes. Celles-ci leur permettent de se comporter en RDC comme dans un territoire conquis. Ils pillent, rackettent, violent et rançonnent. Ils exploitent même les minerais en toute quiétude “.
Ce n’est pas tout. Selon le même rapport sénatorial indique que la délégation a rencontré des éléments de l’ADF-NALU. Ceux-ci sont des insurgés ougandais qui combattent contre le régime du président Yoweri Museveni. Ils occupent plus de la moitié du territoire de Beni, qui leur sert de base arrière. Ils pillent, violent et commettent toutes sortes d’exactions.
Le rapport fait remarquer que la délégation sénatoriale a par ailleurs pris langue avec le général déchu Laurent Nkundabatware. Celui-ci a exprimé ses regrets aux Sénateurs en mission d’enquête, du fait que le gouvernement a refusé de prendre en considération son cahier des charges et de dialoguer avec lui.
A en croire le rapport, Nkunda n’est pas contre les Institutions issue des élections, dont il se satisfait de n’avoir pas mis d’obstacle au bon déroulement. Dans le territoire de Fizi, plus précisément à Minembwe, la délégation sénatoriale a rencontré une poche de rebelles Banyamulenge opposés au pouvoir central. Ils vivent sur le dos de la population, en percevant des taxes fantaisistes. Ils opèrent sous les ordres des commandants Makanika et Bisongo, soutenu par Kigali et Kinshasa. S’agissant des fonctionnaires de l’Etat, ceux-ci se plaignent des arrestations arbitraires et de la multiplicité des taxes et des redevances.
Le sénateur Nyarugabo mis en cause
La délégation sénatoriale a entendu des leaders incriminés par la population, qui sont présents à Kinshasa. Les concernés ont tous nié leur implication dans les actions négatives des milices, dont ils sont cités d’être les commanditaires. Le sénateur Moïse Nyarugabo, lui, est passé à la tribune pour accuser plutôt son collègue Venant Tshipassa, sénateur. Il a révélé que le frère du sénateur Tshipassa dirige une rébellion au Nord-Kivu.
Selon lui, ce seigneur de guerre avait reçu les membres de la délégation sénatoriale dans la ferme du sénateur Venant Tshipassa. Pour Moïse Nyarugabo, “le sénateur Venant Tshipassa serait de près ou de loin impliqué dans cette rébellion “, a-t-il martelé.
A son tour, après avoir nié toute implication dans la rébellion, Venant Tshipassa présent, a rétorqué en accusant à son tour Moïse Nyarugabo d’être ”de mèche avec les rebelles“, arguant que le garde du corps du sénateur Nyarugabo fait partie de la rébellion.
Ces allégations ont été balayées d’un revers de là main par le sénateur Nyarugabo qui a assuré que son garde du corps; aujourd’hui rebelle, est le même qu’il a utilisé durant la rébellion menée par le RDC/Goma, alors mouvement politico-militaire. Aujourd’hui, ce garde du corps n’est plus avec lui. “Il est donc libre de choisir son camp “, a-t-il conclu.
Pas de négociations avec Nkundabatware
La plupart des sénateurs qui se sont succédé à la tribune de la salle des conférences internationales du Palais du peuple, se sont catégoriquement apposés à toute négociation du gouvernement avec le général dissident Laurent Nkundabatware. C’est le cas du sénateur Valentin Senga qui s’est posé la question de savoir si les sénateurs américains peuvent-ils suggérer au président George Bush de négocier avec Oussama Ben Laden qui a humilié le peuple américain par la destruction, le 11 septembre 2001, d’un important centre commercial, en plein cœur de la ville de New York? Ils ont décidé, à l’unanimité, que le gouvernement congolais dispose d’une armée forte et dissuasive “ pour aller à bout du général Nkundabatware “.
Suggestions
A l’issue de sa mission, la délégation sénatoriale a préconisé le rapatriement des éléments des FDRL-lnterahamwe pour mettre un terme à l’insécurité qui prévaut dans les provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu. Elle a également invité le gouvernement à prendre ses responsabilités pour mettre une croix sur le phénomène Nkundabatware.
Le rapport a, en outre, invité le gouvernement à impliquer la communauté internationale dans l’organisation d’un dialogue inter-rwandais, pour le retour des FDLR- Interahamwe, à traduire en justice tous les criminels et à rétablir l’autorité de l’Etat par la bonne gouvernance. Aujourd’hui, lundi, à 10 heures, la délégation sénatoriale va répondre aux préoccupations des sénateurs, avant de procéder à l’examen et l’adoption, article par article de la loi sur le Foret.
Guillaume NsuamiNienga/L’Observateur
Last edited: 22/10/2007 15:52:20