La fin de la récréation décrétée par le président de la République va-t-elle au moins permettre que les Congolais puissent jouir de leur droit de requérir dans la transparence et sans tracasseries des titres officiels de voyage en bonne et due forme que sont notamment les passeports nationaux ?

La Rdc va-t-elle encore tomber victime d’intrigues maffieuses autour de la fabrication des titres de voyage de ses citoyens, renouvellement desquels titres plus que jamais à l’ordre du jour ? Pourtant se fait urgent le besoin de clarifier pour une bonne fois et la fabrication et l’octroi des passeports congolais jusqu’ici objets de continuelles et scandaleuses plaintes ?
Qui ne se plaint pas du désordre qui s’est installé depuis belle lurette dans ce secteur ? Les Congolais demandeurs de passeports nationaux pour leur servir de titre de voyage comme cela est de coutume dans tous les pays du monde se sentent plutôt comme interdits de ce droit. Des obstacles incroyables sont dressés par les services mêmes qui devaient délivrer lesdits titres. Voyager à l’étranger pour un Congolais est toute une guerre. On n’ira pas jusqu’à dire que c’est la raison de leur continuelle recherche d’évasion jusqu’à leur inclinaison à l’acquisition d’autres nationalités, mais comment ne pas le croire au regard des tracasseries de la simple obtention d’un passeport ?
D’abord la piste conduisant à cette acquisition est tortueuse. Le service habilité à recevoir les dossiers de demande de ces titres de voyage est si mal organisé que d’aucuns préfèrent s’en remettre à des réseaux parallèles au ministère des Affaires étrangères qui ne devait s’en tenir qu’à libérer les passeports suivant les avis du service attitré. Or les tireurs de ficelle des réseaux du ministère organisent eux-mêmes les filons pour fournir les passeports sollicités sans se référer aux avis de la division Population des services spécialisés. Ce n’est pas la seule entorse continuellement dénoncée mais que l’on dirait vaccinée pour s’endurcir de plus belle.
Petite face visible d’une hydre d’iceberg !
Quant au coût même d’achat d’un passeport ordinaire et même ceux spéciaux et diplomatiques délivrés on eût dit sans considération d’aucune norme, bien chanceux sont ceux qui parviennent à les obtenir en déboursant des montants qu’ils ne regardent pas, pourvu qu’ils attrapent le titre vivement recherché. On a souvent évoqué des circuits de faussaires avec des ramifications extérieures et même des spécialistes de contrefaçon notamment pour la transcription des visas, mais la vérité est demeurée impénétrable sur ces incroyables réseaux dont les filières vont jusque dans des services de certaines ambassades des pays étrangers. Il n’y a donc pas que les Congolais qui sont impliqués dans les réseaux mais même des agents des services consulaires étrangers. C’est dire combien le désordre est une gigantesque hydre dont n’est aperçu que la petite face visible de l’iceberg.
S’agissant de l’un des plus corsés problèmes de cette fourniture des titres officiels de voyage, celui de leur fabrication, un autre cycle infernal le caractérise. Sans remonter aux années des régimes passés, il suffit de s’arrêter sur le cas actuel de commande d’une nouvelle série de passeports nationaux pour se rendre compte des pernicieuses habitudes qui se pratiquent.
Depuis qu’avaient été annoncées dernièrement des dispositions de mise en ordre dans la fourniture de dignes titres de voyage, en l’occurrence les passeports nationaux congolais, une bonne partie de l’opinion congolaise avait poussé un ouf de soulagement dans la perspective de voir enfin assainis les services chargés de cette fourniture des titres de voyage pour les Congolais.
Vu la détermination du président de la République Joseph Kabila en personne qui avait résolument décrété la fin de la récréation, bon nombre des Congolais ne doutaient plus que les vautours et autres sapeurs de ces services pouvaient encore récidiver leurs forfaitures qui ont tellement avili le visage de la Rdc en cette matière d’octroi des passeports. La division de la Population au sein de l’Agence nationale de renseignement (Anr) et à la Direction générale des migrations (DGM) en savent quelque chose. On y a beaucoup espéré que leurs incessantes recommandations en vue enfin de l’assainissement des services compétents allaient aboutir.
Pour cet aboutissement heureux des réformes qui s’imposaient dans le dossier, il avait été décidé par les autorités compétentes de confier désormais la fabrication des passeports biométriques représentant comme partout au monde, et suivant les normes définies par l’Organisation de l’aviation civile (OACI), les meilleures garanties de sécurité afin d’endiguer le fléau des incessantes fabrications des faux passeports nationaux congolais par des réseaux de véritables contrebandes court-circuitant les services officiels. Il n’est un secret pour personne que l’Hôtel des Monnaies qui s’acquitte selon ses moyens de l’impression des passeports est régulièrement rattrapée par les réseaux des faussaires, simplement parce que ceux-ci arrivent à contourner les techniques d’impression d’usage à cet Hôtel des Monnaies.
Le problème avait été débattu en haut lieu et on se souvient qu’il fut confié au Conseil des adjudications du gouvernement présidé par le Secrétaire général au Budget, M. André Nzita Muakassa, pour décider du choix du meilleur soumissionnaire à même de fournir des exemplaires de passeports représentant les garanties recommandées par l’OACI. Le conseil des adjudications avait examiné 8 dossiers présentés par 8 entreprises spécialisés, à savoir : RSI-Holding & Indra Sistemas s.a., François Charles Oberthur Fiduciaire, Larrycom Security Printing, Giesecke & Devrient Gmbh, Canadian Bank Note Company Limited, Imprimerie Nationale, Intergraph Security et Hôtel des Monnaies.
Des manœuvres qui sentent le roussi

En date du 25 mai 2007, à la majorité absolue de ses membres, le Conseil des adjudications avait opté pour une firme espagnole cotée en 4ème position en bourse dans son pays, ce qui atteste son sérieux, tout en étant d’ailleurs rangé pratiquement la 100ème puissance financière du monde, de la trempe de la firme américaine Motorola.
La décision n° 043/CA/2007 du conseil d’adjudication avait ainsi sanctionné le contrat engageant la fameuse entreprise espagnole spécialisée dans la fabrication des passeports hautement sécurisée. En remportant le marché de l’impression de ces passeports biométriques et visas, la firme assurait également l’acquisition d’équipements et de matériels adaptés à la haute sécurité en faveur du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.
Outre les meilleures garanties financières, techniques et professionnelles avec sa grande expérience dans le domaine, puisque c’est cette même firme qui réalise également l’impression des passeports biométriques dans plusieurs pays occidentaux et même africains comme l’Angola, elle proposait un prix concurrentiel de 9 dollar la pièce, avec exécution de la commande endéans six mois, de même que la prise en charge d’un stage de formation de six mois pour les techniciens congolais appelés à œuvrer dans le service concerné afin de les familiariser dans la haute technologie, sans compter l’octroi d’une bagatelle de 2.000 passeports avec puce. Il n’y avait en fait pas candidat plus sérieux et plus valable pour arracher le marché. Il ne restait que l’exécution de tout le processus devant aboutir dans les délais convenus. Le dossier suivait ainsi son cours normal.
C’était malheureusement sans compter avec les vieilles pratiques qu’on ne semble pas vouloir révoquer résolument dans les circuits traditionnels, et cela malgré toute la détermination solennellement claironnée par l’autorité suprême annonçant la fin de la recréation. Au fil du temps il a effectivement été observé une agitation suspecte auprès des services attitrés et du ministère du Budget et des Affaires étrangères.
Une autre décision du Conseil des adjudications, sorte de sosie de la première, est sortie le 10 septembre pour attribuer le marché à un soumissionnaire autre que le premier sélectionné. Il s’agit cette fois de François Charles Oberthur Fiduciaire qui a présenté une nouvelle offre avec des conditions anormalement revues à la baisse notamment la proposition de vente à 2,56 dollars par passeport biométrique, alors que dans sa première offre il avait présenté le montant de 12 dollars. La supercherie fait sourire même les moins avisés du domaine, puisque, pour preuve, l’on sait qu’au niveau de l’Hôtel des Monnaies, le plus bas prix qui était toléré est de 6,857 dollars.
Il est inutile de pousser plus loin la recherche des poux sur les têtes, les manœuvres astucieuses ne sont pas absentes dans les opérations qui se mènent. D’autant, par exemple, qu’il est indiqué que le dernier soumissionnaire accepté livrera la commande après quatre ans, alors que le premier affirmait être en mesure de fournir un premier lot dans six mois, avec en sus des garanties de transfert de technologie et de formation de six mois pour les techniciens congolais appelés à assurer la relève.
Pas question de tourner en dérision le clairon présidentiel de la fin de la récréation !
Il y a manifestement anguille sous roche et les spécialistes avisés se fondent à croire que le dossier aurait été traité avec inconsistance en violation des règles de passation des marchés. Bref Il y a lieu d’ouvrir l’œil et le bon dans ces tractations qui sentent à mille lieux les manœuvres de quelques intéressés qui pourraient en tirer des profits souterrains.
La crainte est qu’on se retrouve comme par le passé devant des cas pareils du genre de celui à la base des déboires sinon des sinistres tels le cycle déploré des catastrophes aériens, simplement à cause des traitements superficiels des dossiers requérant tant soit peu un sens de patriotisme et de civisme pour rendre le service utile au pays. Le marché de fabrication des titres officiels de voyage pour les Congolais a tellement entamé la crédibilité des institutions du pays qu’il sied de ne plus tolérer les pratiques honnies.
Trop d’hypocrites agents de l’Etat ont usé de leur parcelle de pouvoir pour tremper dans ces pratiques à honnir une fois pour toutes, pour que le clairon présidentiel de la fin de la récréation ne soit surtout pas tourné en dérision. Et, au-delà de tout, il urge que les Congolais ne soient plus abusés dans l’obtention de titres de voyage auxquels ils ont droit pour au moins se débarrasser des frustrantes tracasseries qu’ils en ont trop longtemps subies.
JP Ilopi condensé par Daniel Nzuzi/MMC
Last edited: 18/10/2007 18:37:58