Les patrons de presse doivent mettre un peu d’eau dans leur vin pour que ce secteur soit organisé grâce à la convention collective.
Responsable des Médias à l’Organisation internationale de la Francophonie, Emmanuel Adjovi a accordé une interview au quotidien Mutations du Cameroun. Deux ans après le lancement des travaux de négociation et d’adoption de la convention collective, celle-ci n’a toujours pas été signée.
Votre expérience dans d’autres pays peut-elle permettre de considérer tout ce temps comme une période nécessaire ?
La période de deux ans n’est pas totalement nécessaire, mais c’est un peu anormal. Il y a eu blocage dans les négociations parce que les patrons ont souhaité que l’Etat fasse des efforts en terme d’application de la convention de Florence et son protocole additionnel de Nairobi. Ils ont également souhaité une augmentation de l’aide de l’Etat à la presse privée. Il y a des préoccupations très claires qui ont été posées par les patrons. Ceux-ci ont constitué des obstacles pour le développement des négociations. Par contre, au Tchad, par exemple, la négociation était bouclée en un an. Au Burkina-Faso, la convention collective est en négociation depuis juillet dernier.
Les patrons burkinabés avaient la même problématique qu’au Cameroun. Ils se demandaient comment l’Etat allait les aider à appliquer la convention collective. Mais ils n’ont pas adopté l’attitude de leurs homologues camerounais, puisqu’ils ont d’abord accepté de se rendre aux négociations. Parallèlement, ils se sont réunis avec les syndicats des travailleurs pour élaborer un livre blanc qui servira d’outil de base afin d’effectuer le plaidoyer en faveur des mesures d’accompagnements de la convention collective. L’exemple burkinabé peut donc inspirer les Camerounais.
Pensez-vous que ces blocages seront levés dans les prochaines semaines ?
Nous le souhaitons vraiment. C’est pour cette raison que nous encourageons tous les acteurs à faire les efforts nécessaires. Les syndicats des journalistes doivent reprendre les concertations et les patrons de presse devraient entrer en contact avec le ministère de la Communication et celui du Travail et de la Sécurité sociale. Si tous ces différents acteurs se concertent, il y a de forte chance que les goulots d’étranglement soient levés.
Par ailleurs, les patrons de presse doivent mettre un peu d’eau dans leur vin pour que ce secteur soit organisé grâce à la convention collective. Sinon, il va perdre toute sa crédibilité et les organes de presse d’aujourd’hui, qui ont besoin d’évoluer vers les entreprises de presse disparaîtront progressivement. Or, la convention collective peut contribuer à l’organisation du secteur.
Quelles observations vous suggèrent les absences des ministres de la Communication et celui du Travail et de la Sécurité sociale lors de l’ouverture du séminaire lundi dernier au Cradat ?
Il faut comprendre que les calendriers des ministres sont parfois compliqués. Ils ont certainement eu de bonnes raisons de n’avoir pas assisté à la cérémonie d’ouverture de cet atelier de formation. Toutefois, ils ont souhaité nous rencontrer, c’est la preuve qu’ils ne se détournent pas du dossier. Il y a donc une volonté qu’il faut encourager et concrétiser. Nous souhaitons qu’ils se décident à sortir le dossier de l’impasse, pour que la presse camerounaise soit vraiment une presse de qualité, exemplaire et qui montre le chemin aux autres pays d’Afrique centrale.
En dehors du Tchad et du Burkina-Faso, y a-t-il d’autres pays africains comparables au Cameroun ?
Le Bénin a récemment adopté sa convention collective. Le Sénégal a déjà la sienne. Idem pour la Côte d’Ivoire. En république démocratique du Congo, les gens ont préféré la mise en place de contrat de travail fixe. Celui-ci reprend pour l’essentiel les dispositions d’une convention collective. Au Mali, les concertations s’effectuent avec le soutien de l’Oif. A notre avis, un grand pays d’Afrique centrale comme le Cameroun ne peut pas se situer en dehors de ce mouvement, pour le sérieux de sa démocratie et des hommes de grande qualité qu’on trouve dans ce pays.
Comment jugez-vous l’implication des journalistes camerounais dans ce mouvement ?
Au niveau des syndicats, on sent une forte mobilisation. Il y a une volonté de faire avancer le dossier. On sent vraiment que les gens en veulent. Je n’ai pas eu l’occasion de mesurer la détermination de tous les journalistes à la base. Mais, chez ceux que j’ai rencontrés, je sens une volonté de voir le secteur se structurer, pour que l’avenir soit plus radieux.
Qu’est-ce que le Cameroun peut attendre de la Francophonie ?
La Francophonie fait déjà beaucoup pour le Cameroun. Pour que nous en venions à cet atelier de formation relatif à la convention collective, la Francophonie a énormément investi en Afrique centrale. Le mouvement a commencé depuis 2004, à travers une série de rencontres organisées dans plusieurs pays de la région et auxquels les Camerounais ont toujours été invités.
En outre, elle soutient cet atelier, en mettant l’expertise à sa disposition. Elle entend donc continuer dans ce mouvement. Après sa signature, il faudra surtout la vulgariser, former des syndicats, aussi bien de patrons de presse que de journalistes pour la mise en œuvre de cette convention collective.
Mutations du Cameroun/Le Potentiel
Last edited: 16/10/2007 10:31:51